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Nationale

Que fait Barkhane dans le désert ?

Que fait Barkhane dans le désert ?

Le dernier accord de cessation immédiate des hostilités, signé à Alger avant-hier par les parties engagées dans le dialogue intermalien, a été unanimement salué. Pourtant, d’aucuns pourraient y voir une sorte de redite ou de recul par rapport aux précédents pourparlers depuis l’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013 et les multiples promesses de cessez-le feu, à chaque fois contrariées par de sanglants événements.

Or, pour les observateurs assidus de la situation dans le nord du Mali, la réaffirmation du silence des armes était inévitable en raison d’un flottement politique relatif au document provisoire de travail, sur lequel les parties ont été invitées à réfléchir pour aboutir à un texte définitif qui devrait consacrer la paix durable dans le septentrion malien.

Les groupes politico-militaires dits radicaux y voyant trop peu d’autonomie dans la gouvernance et les autres, dit unionistes ou pro-Bamako craignant que des brèches dans l’énoncé soient prétextes à une faillite de l’intégrité territoriale du pays. Aussi, la recrudescence des violences dans différentes localités du nord a-t-elle été fortement liée à la crise de confiance survenue pendant les discussions d’Alger et amplifiées par la classe politique bamakoise, comme nous le rapportions dans une précédente édition du Jeune Indépendant.

Cependant, si l’UA et d’autres voix se sont félicitées de ce progrès à un moment incertain, les déclarations relèvent plus d’un soutien diplomatique à la persévérance d’Alger qui, en tant que chef de file de la médiation et pays accueillant les délégations en pourparlers, n’a jamais montré aucun signe de lassitude ou de démobilisation.

Au contraire, c’est justement dans les moments les plus critiques que le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra, ex-commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’UA, a tenu à rappeler l’engagement inébranlable de l’Algérie dans l’accompagnement du peuple malien frère sur la voie de la réconciliation. Malgré les sévères réquisitoires contre le texte d’Alger et les nombreux commentaires de certaines parties maliennes à la limite de l’ingratitude.

La situation a été si déséquilibrée entre les bons offices d’Alger et l’équipe multinationale de la médiation face à l’entêtement des négociateurs, que le Conseil de sécurité de l’ONU a dû intervenir en appelant, par une résolution, les parties à revenir à de meilleurs sentiments et à faire taire les kalachnikov. Une intervention bénéfique que la France a appuyée en appelant aussi les Maliens à plus de concessions.

Mais, aujourd’hui qu’un nouvel accord de cessation des hostilités vient d’être signé à Alger, sa traduction sur le terrain va certainement dépendre de l’engagement de Barkhane, l’opération militaire française de longue durée dans la bande sahélo-saharienne.

Un dispositif d’envergure qui prétend maintenir une pression antiterroriste mise à mal dans les semaines qui ont suivi l’intervention Serval, qui a libéré le nord du Mali de l’emprise des groupes de criminels sans pouvoir éliminer l’activité terroriste. En effet, selon des informations concordantes circulant sur la toile et que des touareg évoluant dans la région d’Anéfis nous ont confirmées, des groupes de terroristes armés venus du sud libyen auraient pu traverser le vaste territoire sous « contrôle » de l’armée française.

Avec des véhicules lourdement équipés de matériel de guerre, ils tenteraient de former des alliances tactiques dans les alentours de Ménaka et d’Ansongo pour organiser des attaques contre les positions de l’armée malienne et celle de la MINUSMA. Comptant sur la division des groupes rebelles autochtones du nord du Mali, les mercenaires arrivés de Libye tenteraient de rééditer le scénario d’avril 2012 pour ouvrir un nouveau front, version DAECH, dans le cercle de Gao, Kidal et Tombouktou. Pour l’instant, aucune confirmation officielle de la pénétration terroriste n’a été rendue publique.

Et les narco-trafiquants

Si les terroristes ont réellement réussi le come back, le dernier accord de cessation des hostilités risque de souffrir de cette nouvelle faille sécuritaire sur une zone d’instabilité devenue chronique.

De plus, il n’est pas sûr que les chefs des groupes politico-militaires signataires de l’accord à Alger puissent contrer l’offensive du front libyen, dont les principaux alliés parmi les groupes armés du septentrion ne s’inscrivent dans aucune démarche politique.

Ce sont les narco-trafiquants qui ont participé activement à l’escalade militaire de Tabankort, dans une bataille rangée visant le contrôle de cette plaque tournante de tous les commerces illicites. Sans autre totem structurant que le trafic et l’argent sale, ces soldats n’obéissent à aucune entité communautaire identifiée et recrutent Arabes, Touareg, Sonrais, Peuhls… On peut craindre que les bandits armés n’hésitent pas à profiter de l’arsenal de leurs renforts libyens pour tenter de desserrer l’étau des forces de stabilisation et d’interposition présentes dans la sous-région.

Les « guerriers » de l’armée tchadienne étant bien affairés contre Boko Haram, il faudra que Barkhane et la MINUSMA sachent contenir l’hémorragie libyenne. Sinon, encore une fois, la paix durable au Mali sera ajournée par le terrorisme international.

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