Quatre ans de conflit russo-ukrainien: Des drames et un espoir de paix
Quatre ans est l’âge de la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine, appuyée par l’Otan, avec son lot de désolation et de tragédie alors qu’à l’horizon se profile, devant les belligérants, l’espoir d’une paix négociée, certes difficile mais de plus en plus réclamée pour la sécurité dans le monde.
En ce 22 février à la résidence de l’ambassadeur de Pologne, l’occasion était de revenir sur le bilan de cette guerre du point de vue ukrainien. Il n’était pas question de battre le rappel de sa genèse mais de planter le décor par les chiffres en fondant l’espoir que le processus diplomatique en cours en Turquie baliserait la voie à un dénouement salutaire pour la Russie et l’Ukraine. Car en arrière-plan de ce souhait ardent, pour les uns et les autres, l’Europe est plus que jamais échaudée par les coûts de cette crise sur tous les plans, la rendant, au demeurant, soumise au spectre d’une récidive encore plus dévastatrice.
C’est d’ailleurs l’avis partagé par l’ambassadeur de Pologne en Algérie, Krzysztof Kopytko, qui mettra en lumière, à l’ouverture de cette rencontre-débat, sur les conséquences découlant de cette guerre notamment sur le plan humain, économique et sécuritaire tout en évoquant le soutien apporté par son pays à l’Ukraine. « De par sa frontière avec l’Ukraine, la Pologne, membre de l’Otan, a été le premier pays à accueillir les réfugiés ukrainiens », a-t-il dit, tout en soulignant que l’objectif de l’Ukraine à l’heure actuel est d’intégrer l’Union Européenne.
Son collègue, l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, a mis l’accent sur la nécessité de dépasser les retombées de cette guerre qui se font ressentir du sud de l’Espagne jusqu’aux confins de la mer baltique, exprimant, par conséquent, l’espoir que la paix reprenne son droit en 2026. « La réalité est déplorable mais la voie diplomatique doit l’emporter pour que la question de la sécurité en Europe ne se pose plus de manière brutale », a-t-il fait observer, soulignant les relents de militarisation à outrance qui se font entendre depuis les derniers mois en Europe.
L’ambassadeur d’Ukraine Oloksandr Voronin a quant à lui livré un exposé sur les conséquences dramatiques de la guerre en Ukraine affirmant, en citant le Haut-Commissariat de l’ONU (UNHCR) pour les réfugiés que 5,86 millions de réfugiés ukrainiens sont répartis dans le monde dont 5,3 millions en Europe.
Selon lui, des estimations font état de quelque 8 millions d’ukrainiens ayant fui le pays depuis février 2022.
« À cela s’ajoutent les 3,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays », a-t-il dit précisant que la plus grande concentration des réfugiés Ukrainiens en Europe se trouve en République tchèque, en Pologne, en Chypre et en Slovaquie.
Dans sa présentation, le diplomate a battu le rappel des données d’Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, basé à Luxembourg, qui relève dans son bilan de 2025 que 98,8% des ukrainiens déplacés bénéficient d’une protection temporaire en Europe. Parmi les 26 Etats membres de l’Union européenne, 22 ont connu une augmentation du nombre des réfugiés ukrainiens sous protection temporaire.
La hausse la plus significative est enregistrée en Allemagne (9620 personnes) en Espagne (2235) et en Roumanie (2160). Par contre, il a été constaté une diminution des refugiés sous protection en France (- 1250) et en Estonie (- 470).
Toutefois, la présence des réfugiés ukrainiens en Pologne a contribué à l’augmentation du PIB du pays soit de 2,7% en 2024. Le rendement collectif des activités économiques et autres des réfugiés Ukrainiens en Pologne a atteint 1,19 milliards d’euros en recettes fiscales en 2024 tandis que 3,02 milliards d’euros ont été générés à travers les polices d’assurances.
Par ailleurs l’ambassadeur a évoqué la baisse du taux de natalité depuis 2022 dans son pays, faisant observer que la moyenne de procréation par femme qui s’établissait à 2,1 enfants en 2022 a chuté à 1 enfant.
Evoquant la scolarité, le diplomate a fait savoir que 4,6 millions d’écoliers étudient dans des conditions précaires tandis que plus d’un million sont contraints à une scolarité online.
Cette réalité n’a pas laissé le diplomate indiffèrent aux commentaires des intervenants sur le besoin pour l’Ukraine à consentir à une paix négociée avec la Russie. Durant la séance des débats, à laquelle a participé Arslane Chikhaoui, l’expert spécialisé en géopolitique et géoéconomie, la question de l’option diplomatique était posée avec insistance.
Aux yeux de M. Chikhaoui, la solution politique doit primer désormais car les retombées néfastes de cette guerre ont été ressenties partout dans le monde notamment dans les pays vulnérables en Afrique, mettant en garde contre les influences exogènes qui pèsent sur le conflit.