Quand le septième art raconte les luttes des peuples
Plusieurs conférences tenues à l’occasion dans le cadre des travaux du forum international « Cinéma et Mémoire » ont permis de mettre en lumière le rôle du septième art pour démontrer la capacité des peuples à résister contre l’oppression coloniale et à défendre les principes de liberté, d’identité et de justice.
Ces rencontres scientifiques auxquelles ont participé des spécialistes et des chercheurs dans le domaine du cinéma ont exposé les débuts de la production cinématographique en Algérie et le rôle de l’image dans la préservation de la Mémoire nationale.
C’est le cas du critique de cinéma, Ahmed Bedjaoui, qui a affirmé que des artistes, écrivains et créateurs algériens, engagés pour la cause nationale, « ont atteint l’excellence », en transmettant la véritable image des Algériens et leurs souffrances sous le joug du colonialisme français.
Il a cité, entre autre, « le rôle joué par Mahmoud Guenez dans la création du premier noyau de cameramen en 1957 », durant la guerre de libération, lorsque des soldats algériens ont été sélectionnés pour suivre une formation sur l’utilisation de la caméra afin d’enregistrer les différents combats et batailles, entre autres, pour les diffuser.
M. Bedjaoui a fait savoir que l’image constituait « l’arme douce » utilisée par le Front de libération nationale (FLN), pour « contrer la machine de propagande française qui empêchait la diffusion de toute image qui mettait à nu la réalité de ses crimes en Algérie ».
Il a également évoqué, le rôle des amis de la Révolution algérienne étrangers, qui se sont engagés dans le mouvement révolutionnaire et se sont mis à filmer ses étapes, car convaincus de la justesse de la cause algérienne, à l’instar de René Vautier, Stevan Labudovic, Pierre Clément, et Jacques Charby.
Pour sa part, l’enseignant universitaire Aïssa Ras El Ma, a estimé que le cinéma en Algérie avait traversé « plusieurs étapes », à commencer par la phase « d’avant la révolution », qu’il a qualifiée de « cinéma colonial », suivie de la phase « pendant la révolution », caractérisée par la proclamation de la résistance à travers l’image aux côtés de la lutte armée, et axée sur la mobilisation et l’appel à rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale, puis la phase « post-indépendance » caractérisée par des productions pour accompagner la stratégie de construction et de développement et soutenir les choix de l’Etat dans différents domaines.
« Le cinéma, un moyen pour préserver la mémoire »
De son côté, le réalisateur cubain Milton Alberto Diaz Canter a souligné l’importance de consacrer des rencontres cinématographiques abordant la question du cinéma en tant que « moyen pour préserver la mémoire » et « son rôle dans la défense de l’identité des peuples », mettant en avant « les relations historiques solides qui unissent les deux pays, l’Algérie et Cuba, depuis la révolution de libération ».
Quant au critique cinématographique français Olivier Hadouchi, il a évoqué les films qui ont traité de la Révolution algérienne, réussissant à transmettre le message de la libération aux peuples et influençant positivement de nombreux cinéastes.
Les plateformes de streaming modernes mettent à la disposition du spectateur une multitude de films sur la Révolution algérienne et sur les mouvements de libération, de même qu’elles constituent une opportunité pour examiner leurs dimensions car il s’agit de productions « réalisées dans des conditions difficiles pour faire face à la propagande et, ainsi, ne sont pas simplement des œuvres de divertissement, mais plutôt un document d’archives à exploiter dans le présent, a-t-il précisé.
Le cinéma palestinien a aussi été présent lors de ces conférences, à travers l’intervention de l’universitaire égyptien, Sayed Ali Ismail lors de laquelle il a mis en lumière les formes de résistance cinématographique en Palestine avant la Nakba, en présentant des « preuves concrètes » comme d’anciens journaux démontrant l’existence d’une vie socioculturelle en Palestine.
Organisé par le Centre algérien de développement du cinéma (CADC), sous la supervision du ministère de la Culture et des Arts et sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, le Forum international « Cinéma et Mémoire », prévu du 9 au 11 décembre, s’inscrit dans le cadre de la commémoration du 70e anniversaire du déclenchement de la Glorieuse Révolution de libération.
A l’ouverture de ce rendez-vous international le ministre de la Culture et des Arts, Zouhir Ballalou, a affirmé, lundi à Alger, que « l’Etat algérien, sous les orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, accorde une importance majeure au secteur cinématographique », en vue de promouvoir ce domaine vital.
Le ministre a affirmé que « le président de la République a instruit d’encourager tous les talents et compétences du cinéma en Algérie et ceux issus de la communauté nationale établie à l’étranger, et de financer les œuvres cinématographiques sous forme de crédits bancaires allant jusqu’à 70% ».
« Le président de la République a aussi instruit de soutenir les spécialistes dans le domaine pour mettre en place des studios de tournage et créer des villes cinématographiques », a-t-il dit, ajoutant que cet engagement doit être concrétisé pour rattraper le retard enregistré par ce secteur afin de retrouver son lustre d’antan. Par ailleurs, le ministre a évoqué la poursuite de la création d’établissements de production cinématographique, le renforcement du cadre légal en matière d’audiovisuel et la restauration des nombreuse œuvres produites afin de préserver le cinéma en tant que mémoire collective de la nation.
« L’Algérie, pionnière en matière de résistance et de révolution »
Par ailleurs, le ministre de la Culture a rappelé l’importance du « cinéma de résistance » dans la construction et la préservation de la mémoire nationale, soulignant qu’il constitue « un capital documentaire au service de la patrie et de la société », évoquant, dans ce contexte, le rôle des pionniers du cinéma révolutionnaire dans le soutien aux causes justes à travers le monde, notamment celles des peuples palestinien et sahraoui.
En ce qui concerne ce forum international, organisé dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire du déclenchement de la Glorieuse Révolution de libération, M. Ballalou a salué l’intérêt personnel du président de la République pour cet évènement, reflétant son engagement envers le secteur du cinéma et sa volonté de promouvoir une véritable renaissance culturelle.
« L’Algérie, pionnière en matière de résistance et de révolution, demeure un modèle à suivre dans la lutte contre le colonialisme et l’occupation, ayant inspiré les réalisateurs algériens et étrangers, amis de notre révolution, à immortaliser les épopées du peuple algérien », a-t-il dit, citant les figures du cinéma algérien telles que Mohammed Lakhdar-Hamina, Djamel Chanderli, Ahmed Rachedi et Mustapha Badie, ainsi que des cinéastes étrangers comme le Yougoslave Stevan Labudovic et le Français René Vautier qui ont documenté les victoires de l’Armée de libération nationale et les souffrances des Algériens ».
Le ministre a souligné que « la préservation de la Mémoire et la sensibilisation à son importance nécessitent l’exploitation de tous les moyens disponibles, surtout à l’ère de l’intelligence artificielle ». Il a dénoncé les récits cinématographiques sionistes cherchant à manipuler l’opinion publique en faveur de l’occupation de la Palestine, tout en occultant les massacres perpétrés contre le peuple palestinien.
Organisé sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, le Forum international « Cinéma et Mémoire » (9 au 11 décembre) rassemble des experts et chercheurs algériens et étrangers spécialisés dans le cinéma révolutionnaire et l’histoire, dans le cadre de la commémoration du 70e anniversaire du déclenchement de la Glorieuse Révolution de libération.