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Culture

Khouna Merzak n’est plus là !

Khouna Merzak n’est plus là !

Le comble d’un journaliste, c’est d’être à l’article de la mort, disait Jules Renard.
Merzak Meneceur, mon grand confrère fraternel de l’agence nationale de presse APS et du quotidien La Tribune dont il était le correspondant permanent à Paris de 1995 à 2017, est parti pour l’ailleurs éternel, il y a trois ans. Son départ me fait penser en fait à Sénèque qui a dit que “toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort. ”

Jacques Prevert, l’alchimiste des mots respirant l’amour du temps terrestre, disait que” la vie est une cerise, la mort, un noyau et l’amour un cerisier”. Alors Merzak, féru de la magie de Prevert, est désormais dans l’ailleurs des mots imprimés et des mots en ligne. Il ne signera plus de papiers puisque la faucheuse l’a rattrapé à Paris, à l’âge de 71 ans. ge où beaucoup de journalistes de par le monde pianotent encore sur leurs claviers, avec, chevillée au cœur, la passion toujours intacte et, au bout des doigts, la rage de faire crépiter encore le clavier d’ordinateur !

Digne fils de la Casbah d’Alger où il est né le 16 août 1947, au numéro 8 de la 2ème Impasse Bologhine, Merzak Meneceur, est décédé des suites d’une “longue maladie”, un mal pernicieux que l’on désigne souvent par des formules pudiques, allusives, suggestives, voire ésotériques, comme si on voulait conjurer le mauvais sort pour l’Autre déjà affaibli, ou s’en prémunir soi-même.

Et c’est ainsi que l’on s’exprime le plus souvent quand il s’agit du satané crabe, ce mal du siècle qui se décline avec mille et une faces et de mille et une manières ! Khouna Merzak Meneceur est finalement mort d’une tumeur maligne au cerveau qui était à son stade quatre, l’ultime, le plus pernicieux, le plus dangereux, celui qui lui fut finalement fatal.

Pourtant, à l’hôpital parisien Gustave Rousset où il a été initialement admis, comme à l’hôpital Jeanne Garnier où il est mort, Merzak se plaisait à me répéter cette citation d’Hèracles qui dit que “si tu n’espères pas l’inespéré, tu ne parviendras pas à le trouver”. Pendant d’interminables minutes, de longues heures, de lents jours, de laborieuses semaines et d’interminables mois, Merzak Meneceur faisait vaillamment des bras d’honneur au cancer et à la mort. Avec une puissante volonté de survivre, une admirable rage de vivre et une extraordinaire capacité de résilience, il avait espéré l’inespéré qui tardait à venir, mais auquel il croyait encore jusqu’au moment où, à bout de force, il est entré dans l’antichambre de l’ailleurs, avant d’y être pour toujours.

Footballeur de talent à l’USMA d’Alger où il a joué un temps chez les seniors, et où sa carrière de jeune prodige fut brisée, pour d’obscures raisons, par un certain coach nommé Maouche, Merzak aimait le football des artistes, les arts de la table gourmande, la magie de la bonne treille et la sape façon Brummel. Il a donc vécu dans l’élégance, celle de la mise soignée qui fut une bonne partie de sa vie durant le reflet de sa belle âme d’Algérois de bonne famille.

Diplômé de l’Ecole de Journalisme et de Sciences politiques d’Alger, et élève assidu de l’EPHE-Sorbonne, l’Ecole pratique des hautes études de Paris, journaliste de l’APS, de l’hebdomadaire Révolution Africaine et La Tribune, gérant d’entreprise de communication et d’édition à Alger et éditeur de livres à Paris, Il aimait dire de lui-même, à la suite de Gérard de Nerval : “je suis un fainéant, bohème, journaliste qui dîne d’un bon mot étalé sur son pain”. Un pain blanc qu’il a mangé sa vie durant, et qu’il consommera éternellement au paradis des “ouled él houma, des ouled familiya et des journalistes intègres.

A bientôt, kho. Je te dis ça en pensant à l’écrivain canadien Jacques Poulin qui a dit : ” la mort, c’est la dernière étape de la douceur, la mort, c’est la douceur absolue. C’est le calme, le repos. c’est l’absence de mouvement et la paix.” En pensant aussi qu’elle est une fin en soi et qu’elle ne consulte aucun calendrier.

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