Protéger la création africaine : les États-Unis misent sur la coopération transfrontalière
Dans l’optique d’assurer la prospérité des artistes africains face à l’essor du streaming numérique et des collaborations internationales, l’adoption de cadres juridiques rigoureux et le renforcement de la coopération policière transfrontalière constituent les clés de voûte indispensables. Telle est la position affirmée lors du briefing de presse numérique organisé le 19 août 2026 depuis le Centre médiatique régional pour l’Afrique du Département d’État américain, basé à Johannesburg, en réponse aux interrogations du quotidien Le Jeune Indépendant.
Interrogée par le journaliste Kamel Mansari sur les leviers juridiques nécessaires pour garantir une juste rémunération aux artistes au sein d’un marché mondialisé, Mme Katherine Hiner, attachée à la propriété intellectuelle pour l’Afrique subsaharienne au Bureau américain des brevets et des marques (USPTO), a insisté en premier lieu sur la nécessité absolue d’adopter les « Traités Internet » de l’OMPI.
À ses yeux, la ratification du Traité sur le droit d’auteur et de celui sur les interprétations et exécutions fournit le socle technique incontournable pour sécuriser les métadonnées de gestion des droits et monétiser efficacement les flux de lecture en ligne.
Dans un second temps, l’experte américaine a mis en lumière l’importance capitale des opérations de répression ciblées menées de concert avec des agences spécialisées, à l’instar de l’unité des enquêtes de la sécurité intérieure américaine (HSI). En évoquant la fermeture récente de plus de 1 000 sites pirates lors de la Coupe du Monde, elle a rappelé avec force que le piratage ne relève pas d’une infraction mineure, mais constitue une véritable activité criminelle qui pille directement les créateurs tout en renforçant les réseaux du grand banditisme.
Ce rendez-vous médiatique, initié par le directeur du centre Phillip Assis, s’inscrivait dans le cadre du lancement de l’initiative « IP for Growth » (Propriété intellectuelle pour la croissance). Ce programme d’une durée d’un an ambitionne de démontrer concrètement comment des législations modernes sur le droit d’auteur peuvent transformer le potentiel artistique du continent en un véritable moteur d’industrialisation et de création d’emplois durables.
Plusieurs journalistes africains ont par la suite enrichi les échanges en soulevant les défis structurels propres au secteur. Maya Plentz, représentant The Brief, a questionné la diplomate sur les réformes concrètes soutenues par Washington, offrant à Mme Hiner l’opportunité de souligner le rôle primordial des organismes de gestion collective (CMO) pour assurer une collecte et une redistribution transparentes des redevances.
De leur côté, les journalistes ougandais Isabel Martha Nakirya (Feature Story News) et Michael Kintu Baleke ont interrogé l’intervenante sur l’attractivité des investissements et l’ampleur des manques à gagner à l’international. Cette interrogation a permis de révéler un chiffre alarmant : à eux seuls, le Nigeria et le Kenya laissent s’évaporer chaque année 286 millions de dollars de revenus musicaux non perçus, grevés par des défaillances administratives et l’ampleur du piratage.
Enfin, interpellée par Ross Moyo, du média zimbabwéen TechnoMag, au sujet de la prolifération de la contrefaçon sur des plateformes telles que TikTok, YouTube et Spotify, Mme Hiner a rappelé que l’USPTO joue un rôle de facilitateur pour doter les organismes de contrôle et les forces de l’ordre d’outils performants sur le terrain. Elle a également mis en avant des dispositifs de brevet accéléré, illustrés par l’accord inédit conclu récemment avec le Ghana, tout en abordant les complexités induites par l’intelligence artificielle, domaine où le droit américain privilégie la doctrine de l’usage équitable (fair use) afin de concilier la protection des auteurs et l’impulsion de l’innovation technologique.
Pour illustrer la portée de cette vision économique, l’intervenante a rappelé qu’en 2024, les industries de la propriété intellectuelle aux États-Unis ont pesé 11 400 milliards de dollars, représentant ainsi 44 % du PIB du secteur privé. L’ensemble des recommandations formulées lors de ces discussions continentales sera présenté en décembre prochain à Genève, à l’occasion du Comité permanent du droit d’auteur de l’OMPI.