Mostefa Khiati au Jeune Indépendant : « Il faut endiguer les bandes organisées »  – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Mostefa Khiati au Jeune Indépendant : « Il faut endiguer les bandes organisées » 

Mostefa Khiati au Jeune Indépendant :  « Il faut endiguer les bandes organisées » 

Les événements de ces derniers jours ont de nouveau mis en exergue la violence dans plusieurs quartiers et villes du pays. Ce phénomène prend, en effet, aujourd’hui des proportions alarmantes.
Ce constat est celui relevé par le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et du développement de la recherche, le Pr Mostefa Khiati.

Dans cette interview accordée au Jeune Indépendant, le professeur se montre préoccupé par l’ampleur que prend le nouveau phénomène de bandes organisées, qui pose un réel problème de sécurité. Il plaide pour la mise en place d’une stratégie de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes.  

 Le Jeune Indépendant : Les événements de ces derniers jours ont de nouveau mis en exergue l’ampleur prise par la criminalité, sous toutes ses formes, en Algérie. Qu’est-ce qui explique ce phénomène qui prend des proportions alarmantes ? 

Mostefa Khiati : Le phénomène auquel fait face la société en Algérie peut être considéré comme nouveau car il est le fait de bandes de quartiers. Ces dernières, très connues dans certains pays, ont fait l’objet d’une politique d’endiguement spécifique. Dans notre pays, ces bandes se sont constituées à la faveur des champs sociologiques qui sont intervenus notamment à la mise en place de nouvelles cités. Les gens ne se connaissent pas bien entre eux, la solidarité sociale est moins forte, et c’est là un terrain propice pour le développement de groupes asociaux qui rançonnent les gens et imposent leur diktat. 

 Peut-on dire que l’explosion de la violence et les différents actes criminels sont liés à la consommation de la drogue, qui connaît une fulgurante ascension chez les jeunes ? 

Ces bandes sont généralement menées par un jeune qui a un ascendant sur ses complices. En commençant par de petites agressions, il pousse ses complices à franchir la ligne rouge qui sépare le bien du mal. Une fois dans cette position, la bande, qui a accumulé de l’argent par des vols ou le rançonnement des citoyens, utilise celui-ci pour acheter de l’alcool, du tabac et de la drogue. Il est en effet rare que ces bandes ne consomment pas de drogue. Ce qui explique la montée de la consommation. Mais il faut remarquer que la lutte contre la drogue, qui s’est intensifiée, pousse ces délinquants, en manque, à consommer de plus en plus de psychotropes. 

 La consommation de psychotropes prend de l’ampleur. Les bilans des services chargés de lutter contre ce mal font état d’une explosion en la matière. Quelles sont les causes de ce phénomène qui nourrit la violence sociale ? 

Comme l’ont montré les dernières saisies des services de sécurité, il y a de plus en plus de réseaux qui commercialisent des psychotropes entrés frauduleusement dans le pays. Ces produits hautement toxiques sont malheureusement consommés par des jeunes, leur provoquant une dégradation progressive de leurs facultés intellectuelles.

Les psychotropes entrent en Algérie par le sud du pays. Ils sont très recherchés par les consommateurs de drogue en raison des pénuries qui frappent le marché du haschich du fait de l’intensification des saisies et du démantèlement des réseaux de distribution. Une fois en manque de ces substances, les consommateurs deviennent agressifs et sont prêts à faire n’importe quoi pour obtenir de l’argent qui leur permettrait de se ravitailler en drogue, d’où le recours à la violence pour satisfaire leurs besoins. 

Les psychotropes sont détournés de leur usage initial, ce qui représente un grand danger pour la société. Quels sont leurs effets sur les personnes qui les consomment ? 

Les psychotropes sont des médicaments qui agissent sur le système nerveux. Ils sont utilisés par les médecins pour soigner certaines maladies sous une surveillance stricte. Il en existe plusieurs variétés : les sédatifs ou psycholeptiques (barbituriques) ; les neuroleptiques, tranquillisants mineurs et sédatifs classiques (benzodiazépines) ; les antiépileptiques, les antidépresseurs, les somnifères (ou hypnotiques), les anxiolytiques, etc. Mais il faut aussi savoir que le cannabis, l’héroïne, la cocaïne, le LSD, l’ecstasy, entre autres, ont aussi un effet psychotrope. Pris sans surveillance médicale à de fortes doses et associées à de l’alcool ou à d’autres drogues, ces produits ont un effet dévastateur sur le cerveau. Le consommateur s’amaigrit car il mange peu, voit son immunité décroître et fait des infections répétées. Il perd progressivement ses capacités cérébrales. 

 Comment parer ce mal qui nous menace dans notre quotidien et sauver l’avenir de ces jeunes ?

Il faut mettre en place une stratégie de lutte contre les bandes de quartier en durcissant la lutte contre celles-ci sur le plan de la répression et celui des lois. Ces personnes ne devraient pas bénéficier d’allègement de peines. Le deuxième volet est préventif, c’est la dotation des cités en infrastructures sociales, en terrains de sport, en encadrement adéquat… C’est aussi la prise en charge, par les collectivités locales, du temps libre des jeunes, et c’est enfin l’implication réelle sur le terrain des associations appelées à encadrer les jeunes.

 

Entretien réalisé par Lynda Louifi

 

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