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Procès Khalifa : Des dépôts en milliards partis en fumée !

Procès Khalifa : Des dépôts en milliards partis en fumée !

Les audiences dans l’affaire de la caisse principale de Khalifa Bank se suivent et se ressemblent pour le 10e jour au tribunal criminel de Blida.

Les auditions des mis en cause impliqués dans des natures délictuelles ont été caractérisées, hier, par les « récusations » des accusations portées à leur encontre par le juge d’instruction ayant mené l’enquête judiciaire et la chambre d’accusation de la cour de Blida, qui a confirmé tous les chefs d’inculpation.

Les inculpés qui se sont succédé à la barre ont nié les incriminations relatives au trafic d’influence, à l’utilisation de la profession à des fins personnelles, à lacorruption, et d’avoir bénéficié d’avantages à titre de complaisance.

La journée d’hier a été consacrée aux auditions de hauts cadres ayant occupé des postes de responsabilité au sein de caisses nationales et de sociétés étatiques, à l’instar de l’ex-directeur des finances et de la comptabilité de l’OPGI d’Oran, de l’ex-directeur du conseil d’administration de la Caisse nationale des retraites, du secrétaire national de l’UGTA et de celui de la Caisse nationale du chômage.

Les mis en cause qui ont défilé devant le président chargé du dossier ont, soit purgé les premières peines prononcées en 2007, soit été purement et simplement acquittés ou condamnés avec sursis.

Pour rappel le représentant du parquet général de la cour de Blida a introduit des pourvois en cassation à la chambre criminelle de la Cour suprême. Il a sollicité la révision des décisions relatives aux acquittements des prévenus qui ont comparu, faut-il le souligner, en qualité de non détenus.

Le premier accusé appelé à la barre pour répondre des chefs d’inculpation retenus contre lui notamment par la chambre d’accusation est l’ex-directeur de l’usine de boissons gazeuses et alcoolisées implantée dans la wilaya d’Oran.

D’emblée, le prévenu a nié avoir bénéficié de commissions financières auprès de l’agence d’Oran de la caisse principale de Khalifa Bank, mais il a par contre reconnu avoir déposé en 2000 pas moins de 90 millions de dinars de fonds à l’agence de la caisse principale de Khalifa Bank, située en plein cœur de la capitale de l’Ouest, après les avoir retirés de la Banque de développement local à Oran.

Il a tenu à préciser au président Antar Menouar que la décision du dépôt de ces sommes faramineuses était liée au taux d’intérêt que proposait Khalifa Bank qui était de 10%, alors que celui de la BDL était de 8%.

Le prévenu a par ailleurs affirmé que l’opération des dépôts de fonds s’est faite de manière légale concernant toutes les transactions commerciales. Ces dernières ont été acceptées par tous les membres du conseil d’administration.

A la question de savoir quels étaient les avantages qui lui avaient été attribués par Khalifa Bank, et qui sont évalués selon des documents comptables à 300 000 dinars et 1,5 million de dinars, en 2003, l’accusé a nié. Le mis en cause a en outre rejeté le « fait » que Khalifa Bank était en faillite ; il a déclaré que la situation de la banque ne l’indiquait pas.

Il a par ailleurs nié avoir bénéficié de deux billets gratuits de Khalifa Airways et avoir pris part à la réunion relative à la création d’une société mixte algéro-française pour l’exportation du vin.

Le deuxième inculpé auditionné est l’ancien directeur des finances et de la comptabilité de l’OPGI d’Oran, poursuivi pour trafic d’influence, utilisation de la profession à des fins personnelles, d’avoir bénéficié d’avantages à titre de complaisances et corruption.

L’accusé Noureddine Boucenna, a expliqué au juge d’audience que « les dépôts de fonds au sein de Khalifa Bank ont été décidé par l’ancien directeur général Kheireddine Walid, décédé. Ce dernier avait accepté de transférer les fonds suite aux taux d’intérêts qui lui ont été proposés par Khalifa Bank ».

Dans le même contexte, le prévenu a tenu à préciser au juge que « le taux d’intérêt proposé par Khalifa Bank soit 12%, était plus intéressant que celui de la BDL qui ne dépassait pas 06,5% ».

Il a par ailleurs tenu à souligner que « le premier dépôt du 26/02/2001 était de 400 milliards de centimes, puis il y eut d’autres dépôts de 182 millions de DA et 200 millions de DA ».
Boucenna a affirmé que « sur les 100 000 milliards de centimes, l’OPGI d’Oran n’a récupéré que 10 000 milliards de centimes ! »
A la question de savoir quelle a été la réponse de Khalifa Bank lorsque l’OPGI d’Oran a demandé la récupération de toutes les sommes déposées à l’agence d’Oran, le prévenu a déclaré : « Les responsables de l’agence nous ont répondu qu’il n’y avait plus d’argent ! ».

« Peut-on connaître les noms de ceux qui vous ont proposé de déposer les fonds de votre entreprise au sein de Khalifa Bank ? » coupe le procureur général Zerg El Ras.
« L’ancien directeur Kechad Belaid, de l’agence de Bouira et Ighil Meziane, l’ex-sélectionneur national, monsieur le procureur ! ».

Le troisième accusé auditionné par le tribunal est Meziani Abdelali, l’ancien directeur de la Caisse nationale des retraites (CNR), qui était rappelons-le poursuivi en matière délictuelle pour les mêmes chefs d’inculpation que ceux qui l’ont devancé à la barre. Celui-ci, qui a bénéficié lors de l’instruction judiciaire de la liberté provisoire, a tout d’abord indiqué que « La décision du dépôt des fonds remonte au 16/02/2001 et a été prise à l’unanimité par les membres du conseil d’administration ».

Dans le même contexte, le mis en cause a déclaré que « l’argent retiré du Trésor public a été déposé à la caisse principale de Khalifa Bank sur proposition de Kerrar Slimane, directeur des finances ».

A propos de la somme exacte déposée au sein de Khalifa Bank, le prévenu a déclaré  : « Sur les 12 000 milliards de dinars de fonds déposés, Kerrar n’a retiré que 8 000 milliards de DA et a laissé 4 000 milliards de DA ! Tout le monde d’ailleurs ignore où est passé cette somme ! »

S’agissant des avantages dont il a bénéficié, le mis en cause était catégorique : « J’ai bénéficié de cinq billets d’avion de Khalifa Airways, trois sur les lignes de l’intérieur « Constantine » et deux autres à Marseille (France) que j’ai remboursés au dernier centime ! ».

Pour ce qui est de l’avantage dont son fils a bénéficié à Khalifa Airways, le prévenu a déclaré : « Mon fils a passé un concours au sein de cette compagnie aérienne. Il l’a eu et a suivi un stage et personne n’est intervenu pour lui ! ».

Meziani Abdelali a par ailleurs affirmé que c’est l’actuel SG de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Said qui a donné son accord pour le dépôt des fonds à la caisse principale de Khalifa Bank, qui étaient de l’ordre de 8,5 millions de centimes ».

Le quatrième accusé interrogé est Aït Belkacem, impliqué lui aussi pour notamment trafic d’influence et perception de concessions, et corruption ; il a nié tous les faits.

Ce dernier, qui occupait le poste de directeur général de la Caisse nationale de chômage devait déclarer en direction du juge d’audience que « les fonds déposés dans des banques étatiques étaient de 64 milliards de centimes et que ces sommes ont été transférées vers la caisse principale de Khalifa Bank car cette dernière accordait un taux d’intérêt très élevé par rapport à celui proposé par les banques étatiques : « On s’est retrouvé avec un intérêt passant de 5% à 24% ! ».

Dans le même volet, il a expliqué que les bénéfices de l’institution qu’il « représentait dépassaient les 500 millions de centimes par jour ! ».

Le cinquième accusé appelé à la barre, Rabah Réda ex-PDG de l’Entreprise nationale de Géophysique a déclaré « qu’il a déposé pas moins de 10 millions de dollars au niveau de la caisse principale de Khalifa Bank et qu’il n’a jamais récupéré plus d’un million trois cent mille dinars ! ».

Amarouchene Ammar, cadre supérieur dans une filiale de la Sonatrach, et qui est le sixième accusé à comparaître devant le tribunal criminel, a déclaré à l’attention du président : « Je n’ai bénéficié d’aucun avantage. J’ai voyagé dans le cadre d’une mission et je me suis rendu à Tizi Ouzou le matin et je suis rentré tard dans la soirée à Alger ! Je suis innocent des faits qui me sont reprochés ! Je ne me suis jamais rendu à Dubaï !. »

Le septième accusé auditionné est Assila Ali qui occupait le poste de PDG de l’INFOR, spécialisé dans les forages. Il a avoué avoir déposé pas moins de 218 millions de dinars dans la caisse principale de Khalifa Bank : « Je ne connais aucun des mis en cause ! ».

A la question de savoir qui a donné l’ordre de déposer ces fonds au sein de la caisse principale appartenant à Rafik Abdelmoumene, il a répondu : « C’est le ministère de l’Energie et des Mines ! ».
Il fera savoir au juge que les pertes de l’INFOR étaient considérables ; 58 milliards de centimes ! « .

Le fait marquant de l’audience d’hier est que la plupart des mis en cause auditionnés ont pointé du doigt d’anciens cadres et fonctionnaires ayant occupé des postes clés dans les différentes institutions, décédés depuis quelque temps à l’instar de Khiereddine Walid.

Les auditions des accusés poursuivis en matière délictuelle et correctionnelle se poursuivront aujourd’hui devant le tribunal criminel de Blida avec le passage à la barre d’autres prévenus.
Juste après les auditions des mis en cause, le président Antar Menouar écoutera les témoins liés directement ou indirectement à cette affaire qui continue de faire couler beaucoup d’encre à travers les journaux et de faire parler d’elle à travers les chaînes de télévision.
 

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