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Nationale

Procès des ex-dirigeants politiques et hommes d’affaires

Procès des ex-dirigeants politiques et hommes d’affaires

L’heure de vérité sonnera ce mardi au siège du plus ancien tribunal à l’échelle nationale, à savoir le tribunal de Sidi M’Hamed, où le jeune président du pôle judiciaire, spécialisé dans le traitement des affaires de malversation, prononcera ses décisions dans le procès des ex-commis de l’Etat impliqués dans des affaires de détournement et de dilapidation de deniers publics, et de corruption.

Les yeux seront donc braqués ce mardi sur la salle 5 du tribunal d’Alger, où le président rendra son jugement dans l’affaire des ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal et de 16 autres inculpés, dont d’anciens ministres, des hommes d’affaires, d’ex- PDG et d’ex-DG d’institutions bancaires, tous incarcérés à d’El Harrach.

Le procès, qui a duré quatre jours et s’est achevé tard dans la nuit de dimanche à lundi, a été caractérisé par la convocation inattendue du frère du président de la République déchu, Saïd Bouteflika, qui a refusé de répondre aux questions du tribunal et plus précisément du procureur.

Le représentant du ministère public a confronté Saïd Bouteflika et l’homme d’affaires Ali Haddad, qui a accusé, tout au long de son audition, Saïd Bouteflika d’être l’ordonnateur de la collecte illégale et du transfert illicite de sommes faramineuses.

Ces dernières, estimées à plus de 750 milliards de centimes, ont été transférées du siège de la direction de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika à une adresse où était domiciliée la société privée de Haddad à Dar El Beida.

Le procès a été marqué par le retour des avocats, après qu’ils se soient retirés au début sous prétexte que « les procédures n’ont pas été respectées », allant jusqu’à prendre des « sanctions disciplinaires » contre les avocats qui ne respectent pas le mot d’ordre, celui de boycotter l’audience ! ».

Le procès a été marqué aussi par la plaidoirie de Me Laifa Ouyahia, frère d’Ahmed Ouyahia. L’avocat a tout fait pour sauver la tête de son frère et écarter certains griefs retenus contre lui, arguant que ces derniers ne sont pas « matérialisés par des preuves ».

L’avocat a estimé que l’accusation relative à abus de fonction ne tient pas, déclarant au magistrat, très attentif, que : « le Premier ministre ne demande pas, il ordonne. Comment peut-il abuser de sa fonction ? Le délit de corruption n’existe nulle part dans le dossier. Et si on estime qu’il existe, qui est le corrupteur ? Il n’apparaît pas. On a fait de lui le système à juger. Dans le dossier, il n’y a point de preuves sur cet argent que l’on présente comme blanchi. On fait état d’avoir sur son compte BDL, mais on n’a pas vu de relevés bancaires ni d’attestation. Comment peut-on vérifier s’il y a réellement ces montants et les mouvements dont on parle ? De plus, il faut être vraiment simple d’esprit pour aller placer de l’argent venant de la corruption dans une banque publique. Son épouse a besoin de travailler et son fils, docteur en informatique, exerce à son compte ».

L’avocat a clamé en direction du juge : « Donnez-moi une seule preuve qui implique l’épouse et le fils dans la corruption ou les transferts illicites. ».

Il a tenu à préciser que son frère « Ouyahia occupait des postes de hautes fonctions de l’Etat depuis le début des années 1990. Il a été ministre en 1993, trois fois chef de gouvernement et même ministre de la Justice, et vous dites que c’est un voleur ? » déclare Me Laifa Ouyahia, avant de réclamer la relaxe pour son frère Ahmed.

La plupart des avocats qui se sont succédé ont vivement dénoncé la retransmission du procès par les chaînes de télévision privées. « Les prévenus n’ont pas eu droit à un procès équitable et juste. Ils sont jetés en pâture à des chaînes de télévision qui diffusent leurs images, violant leur droit à ne pas être filmés. Nous ne sommes pas dans un cirque. Il y va des libertés des gens », lance l’avocat de Mohamed Bairi, qui conteste les inculpations retenues contre son mandant.

Pour lui, « le dossier est vide. Ni rapport de l’IGF, ni des douanes, ni des banques pour prouver qu’il y a eu blanchiment ou indus avantages. Le terrain obtenu par Baïri lui a été affecté de manière légale et avec tous les documents ».

Le procureur de la République a estimé, lors de son réquisitoire, que toutes les preuves légales et matérielles sont réunies, notamment en ce qui concerne la dilapidation de deniers publics et les pots-de-vin.

Au terme de l’intervention du procureur de la République sur les plaidoiries de la défense, le juge a donné la parole aux prévenus pour faire des déclarations. Abdelmalek Sellal a affirmé “son amour pour sa

patrie, son dévouement et son abnégation dans l’accomplissement des missions qui lui ont été confiées dans son parcours professionnel”. Il dit s’être retiré de la direction de la campagne de l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika, ayant relevé des dépassements.

Pour leur part, les anciens ministres de l’Industrie Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda, l’ancien ministre des Transports et des Travaux publics Abdelghani Zaalane, et l’ex-wali de Boumerdes Yamina Zerhouni, ont déclaré “avoir servi la patrie avec dévouement et abnégation”, se disant confiants en la justice nationale, plaidant leur acquittement et leur innocence de toutes les accusations.

A l’instar de Farès Sellal (fils de l’ancien Premier ministre), Senaï Karim, Senaï Sofiane, ainsi que des fonctionnaires du ministère de l’Industrie et des Mines, les hommes d’affaires poursuivis Ali Haddad, Ahmed Ferrat, Saïd Hadj Malek, Mohamed Baïri, Maazouz Mohamed, Achour Abboud, Hassan Larbaoui et Nemroud Abdelkader ont demandé leur acquittement, plaidant leur innocence.

Le procureur a requis, rappelons-le, des peines de huit à vingt ans de prison ferme en plus de lourdes amendes.Il est à noter que le préjudice matériel causé au foncier est de l’ordre de 2 344 milliards de centimes, alors que celui occasionné par les privilèges est de l’ordre de 12 800 milliards de centimes.

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