Prison avec sursis pour un imam algérien en France
Un hadith du prophète de l’islam utilisé dans un prêche et cela se termine par une condamnation. C’est ce que vient de connaître un imam algérien installé en France depuis une trentaine d’années. Il y était arrivé au sein du contingent envoyé par l’Algérie pour une mission à durée déterminée. Il s’y est maintenu quand il fut rappelé, prêchant dans mosquées indépendantes.
La cour d’appel de Toulouse a condamné, hier, l’imam Mohamed Tataïat, 59 ans, à quatre mois d’emprisonnement avec sursis pour incitation « à la violence ou à la haine raciale », après un prêche de 2017 diffusé sur les réseaux sociaux. Au cours de l’audience, du 30 mai 2022, le procureur général avait requis six mois de prison avec sursis contre le mis en cause.
La plainte a été déposée contre lui par des associations juives de France notamment le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), SOS racisme ou l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (Agrif, proche des catholiques intégristes). La cour d’appel a aussi condamné M. Tataiat à verser près de 20.000 euros de dommages et intérêts à ces associations.
Suite à ce verdict, l’avocat de l’imam Jean Iglesis a aussitôt annoncé son intention de se pourvoir en cassation. Pour lui, la décision de la cour risque d’être « la porte ouverte à une police de la religion ».
« C’est une décision totalement punitive, dictée par des considérations qui dépassent le droit », a affirmé William Bourdon, l’autre avocat de Mohamed Tataiat.
En revanche, l’avocat de l’une des parties civiles, l’association israélite Ben Gourion, Jacques Samuel, a fait part de sa « satisfaction » et de son « soulagement », considérant que la cour avait bien « saisi la duplicité des propos » de l’Imam.
De son côté, l’avocat du Crif, Simon Cohen, a tenu à rappeler le caractère « dangereux » de ces propos.
Lors de l’audience, les débats s’étaient concentrés sur un hadith du prophète Mohamed (QSSL) inclus par Mohamed Tataiat, dans son prêche du 15 décembre 2017 à la mosquée du quartier populaire d’Empalot, à Toulouse.
Selon le texte du prêche traduit lors de l’enquête, l’imam cite un hadith proclamant : « le jour du jugement ne parviendra que quand les musulmans combattront les juifs, le juif se cachera derrière l’arbre et la pierre, et l’arbre et la pierre diront : +Oh musulman, oh serviteur de Dieu, il y a un juif derrière moi, viens et tue-le, sauf Algharqada, qui est l’un des arbres des juifs+ ».
Ce prêche avait été prononcé dans un contexte de tensions entre Palestiniens et Israéliens, après l’annonce par l’ancien président américain Donald Trump de son intention de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à El Qods occupée.
S’exprimant en arabe par l’intermédiaire d’un interprète, l’imam algérien, qui vit en France depuis 1985, avait assuré qu’il « n’invitait pas les musulmans à combattre les juifs ou les Israéliens » mais, bien au contraire, à « ne pas participer au mouvement qui amène à cette fin tragique ».
Selon lui, le monde musulman était en ébullition, suite à l’annonce de cette décision par la Maison Blanche. « Ma mission à moi est de prendre les textes sensibles et de les expliquer de manière modérée afin qu’ils ne soient pas détournés par les extrémistes », a-t-il expliqué.
« Quand je dis leurs prophéties, ce sont celles de tous les gens du livre. Or aussi bien dans ces prophéties que dans nos convictions de Musulmans la fin du monde est un fait inéluctable », a-t-il dit. « Le Hadith que je commentais décrit les signes avant-coureurs de cette fin du monde afin que les croyants ne tombent pas dans l’erreur qui la précipiterait », a-t-il poursuivi.