Prise en charge psychologique des sinistrés : L’urgence des blessures invisibles
Alors que les interventions se concentrent d’abord sur l’urgence et la mise en sécurité des sinistrés, les conséquences psychologiques des incendies peuvent se prolonger bien après la disparition des flammes. Dans un guide pratique consacré à l’intervention psychologique en situation de catastrophe, le Syndicat national algérien des psychologues cliniciens (SNAPSY) appelle à une prise en charge progressive et durable des victimes, depuis les premiers secours psychologiques jusqu’au suivi à long terme.
Pour le syndicat, l’intervention du psychologue clinicien ne consiste pas simplement à écouter les victimes ou à leur faire raconter ce qu’elles ont vécu. Elle doit d’abord permettre de rétablir un sentiment de sécurité et de stabilité, avant d’évaluer la situation et d’orienter, si nécessaire, vers une prise en charge spécialisée. « Sécurité, stabilisation, contenance, évaluation, orientation, suivi et traitement si nécessaire » constituent ainsi les principales étapes préconisées par les psychologues.
Dans les premières heures qui suivent un incendie, les victimes peuvent être désorientées, silencieuses, en état de choc, en pleurs, agressives ou incapables de prendre des décisions simples. Certaines peuvent également donner l’impression d’être détachées de la réalité ou répéter les mêmes questions.
Pour le SNAPSY, ces réactions ne doivent pas être automatiquement assimilées à un trouble psychologique. A ce stade, la priorité est ailleurs. Il s’agit d’assurer la sécurité de la personne, de l’apaiser, de répondre à ses besoins essentiels, de lui fournir des informations fiables et, lorsque cela est possible, de la remettre en contact avec ses proches.
Le syndicat met également en garde contre une pratique consistant à pousser les victimes à raconter immédiatement et en détail les scènes traumatisantes. « L’intervention précoce n’est pas une séance de traitement du traumatisme », rappelle en substance le guide, soulignant que l’objectif initial est la stabilisation et non la récupération forcée des souvenirs.
Dans ce contexte, les premiers secours psychologiques occupent une place centrale. Le psychologue doit d’abord identifier les dangers et les personnes les plus vulnérables, écouter sans contraindre et mettre les victimes en relation avec leur famille ainsi qu’avec les services de santé, d’hébergement, d’aide sociale et les autres dispositifs disponibles.
Le SNAPSY recommande également de privilégier des paroles simples et rassurantes, sans minimiser la souffrance. Dire à une victime qu’elle doit « être forte », qu’elle doit « oublier » ou que « tout ira bien » peut, selon le syndicat, avoir pour effet de banaliser ce qu’elle ressent et de freiner son expression émotionnelle.
Une vigilance particulière pour les enfants
Les enfants constituent l’une des catégories nécessitant une attention particulière. Contrairement aux adultes, ils n’expriment pas toujours leur traumatisme verbalement. Celui-ci peut se manifester par des cauchemars, l’énurésie, une peur de dormir, une forte dépendance aux parents, de l’agressivité, des troubles de concentration ou encore une peur persistante du feu et de la fumée.
Le SNAPSY recommande de ne pas les interroger comme des adultes et surtout de ne pas les obliger à raconter les scènes qu’ils ont vécues. Le jeu et le dessin peuvent être privilégiés selon l’âge, tout en maintenant auprès de l’enfant la présence d’un adulte sécurisant.
La prise en charge psychologique doit également, selon le syndicat, accorder une attention particulière aux familles ayant perdu un proche. Les pleurs, la colère, le silence, l’incrédulité ou encore l’effondrement émotionnel peuvent faire partie du processus normal de deuil. « Une vigilance s’impose toutefois lorsque la culpabilité devient persistante, que la personne estime que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue ou présente des idées suicidaires ou une forte incapacité à reprendre ses activités quotidiennes », insiste le SNAPSY.
Le syndicat met également en garde contre la culpabilité du survivant, qui peut toucher les personnes ayant échappé à l’incendie alors que d’autres y ont perdu la vie, leur logement ou leurs biens. Des cauchemars, des troubles du sommeil, des souvenirs intrusifs, une hypervigilance ou une peur intense peuvent apparaître dans les jours ou les semaines qui suivent.
Pour le SNAPSY, la fin du danger ne signifie pas la fin de la prise en charge. Une fois l’incendie maîtrisé et le retour au quotidien amorcé, certaines manifestations peuvent apparaître ou s’intensifier, notamment l’insomnie, l’anxiété, la colère, la perte d’appétit, les cauchemars, les images intrusives ou encore la peur de retourner chez soi.
Une réaction de panique à l’odeur de fumée ou à la vue du feu peut également survenir plusieurs jours après l’événement. Le syndicat recommande donc d’informer les victimes sur ces réactions possibles, sans pour autant les enfermer dans un diagnostic. L’objectif est de leur permettre de reconnaître les signes et d’en suivre l’évolution.