Prise en charge des femmes victimes de violence : Plaidoyer pour la mise en place d’un «guichet unique»  – Le Jeune Indépendant
-- -- -- / -- -- --
Nationale

Prise en charge des femmes victimes de violence : Plaidoyer pour la mise en place d’un «guichet unique» 

Prise en charge des femmes victimes de violence : Plaidoyer pour la mise en place d’un «guichet unique» 
Un mémorandum remis à la présidence de la République.

L’urgence de la création d’un guichet unique permettant de coordonner les efforts existants pour la prise en charge des femmes et des filles victimes de violence, tel est le plaidoyer d’un collectif d’une quinzaine d’associations remis dans un mémorandum à la présidence de la République et aux différentes institutions de l’Etat. 

A l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre les violences faites aux femmes, célébrée le 25 novembre de chaque année, le collectif souligne, dans un communiqué, que « le phénomène tend à s’exacerber d’année en année et le dispositif existant n’est plus à même d’y faire face dans son fonctionnement actuel ».

L’argument principal de la nécessité de la mise en place de ce guichet unique est que « l’écart entre le nombre de femmes violentées et celles qui parviennent au bout du parcours judiciaire reste énorme ». Ce guichet unique s’inscrit dans le cadre juridique institutionnel existant et sa vocation est de mettre en synergie les dispositifs et moyens disponibles tant au niveau institutionnel qu’au niveau associatif, son but étant de rationaliser et d’optimiser l’efficience de la prise en charge des femmes victimes de violence, est-il indiqué.

Le mémorandum a été remis aux différentes parties prenantes, dont la présidence de la République, le ministère de la Justice, le ministère de la Solidarité, le ministère de la Santé, le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Sécurité sociale, le CNDH, la DGSN et l’Observatoire de la société civile. « Ceci afin de recueillir leur soutien, leur adhésion et leur appropriation d’une action qui s’inscrit dans le processus de réparation d’une violation extrême d’un droit fondamental », précise le collectif. Parmi les signataires de ce mémorandum, citons notamment les associations SOS femmes en détresse, Femmes en communication, l’Association nationale des élues locales, la Fédération algérienne des personnes handicapées (FAPH) et la Fondation mère-enfant.

Dans le mémorandum, dont le Jeune Indépendant a obtenu une copie, le collectif explique que même s’il n’existe pas de données nationales unifiées et d’indicateurs pertinents récents à même de rendre compte du phénomène de la violence faite aux femmes et aux filles, « on sait qu’en 2006, en Algérie, une femme sur dix a subi des violences physiques et deux sur dix des violences verbales répétées, suite à l’enquête de prévalence des violences faites aux femmes réalisée par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) pour le compte du ministère délégué à la Condition féminine ».

En 2022, les résultats d’un autre sondage ont montré que 2,6 % des femmes interrogées disent qu’elles ont été frappées au moins une fois, au point d’avoir mal, au cours des 12 mois qui ont précédé l’enquête, « ce qui correspond à près de 900 000 femmes violentées en une année ». Il est également précisé que la même année, les services de police ont enregistré 57 923 plaintes de femmes victimes de sévices. 33 809 plaintes pour violences physiques, 3 pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, 27 homicides, 3 tentatives d’homicide, 47 violences sexuelles incestueuses, 31 harcèlements sexuels, 936 mauvais traitements, 1 exploitation économique et 11 enlèvements.

Fort de ces chiffres, le collectif estime que « l’écart est énorme entre le nombre de femmes violentées et celles qui déposent plainte », ajoutant que « l’on sait que de nombreuses femmes qui ont déposé une main-courante pour sévices ne confirment pas la plainte ». En outre, selon les nombreux témoignages recueillis, de nombreuses femmes ne déposent pas plainte facilement. Lorsqu’elles le peuvent ou le font, elles se rendent chez le médecin légiste, soit directement soit sur réquisition du procureur, pour faire constater les violences subies.

Par conséquent, « la prise en charge exige un protocole, qui va du signalement à la réparation judiciaire et implique plusieurs intervenants », soulignent les signataires du mémorandum. « C’est pourquoi ce plaidoyer est proposé pour alléger les démarches de la victime. L’objectif final est de créer un guichet unique pour la prise en charge des femmes et des filles victimes de violence. Il s’agit d’un lieu physique qui regrouperait l’ensemble des services et des ressources utilisés pour accueillir, déposer et traiter des plaintes en toute confidentialité jusqu’à la réinsertion de la victime.

Tous les interlocuteurs seraient dans un même lieu pour accueillir les victimes, les informer, les accompagner et leur faciliter les démarches. Ce guichet devrait coordonner l’intervention des acteurs (police, gendarmerie, médecins légistes, procureur, associations, ministère de la Solidarité (DASS) dans des délais courts. Il est également proposé que le chef de file puisse être le commissariat ou l’unité de médecine légale au niveau de chaque wilaya et commune. Le projet présenté permettra de compléter et surtout de coordonner les mesures déjà prises pour la protection des femmes et des filles victimes de violences selon les cadres juridiques, constitutionnels et institutionnels déjà existants.

Dans son plaidoyer, le collectif a tenu à rappeler les efforts déployés par l’Algérie pour une meilleure prise en charge des femmes victimes de violence. Ainsi, « la volonté politique s’est exprimée par la mise en place d’une stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, d’un numéro vert, de l’ouverture de deux centres d’accueil à Mostaganem et Annaba, de la formation des policiers à la prise en charge des victimes et de l’accueil humanisé des services de médecine légale ». Il est également rappelé que depuis 2020, la Constitution affirme la protection par l’Etat des femmes contre toutes formes de violence dans son article 40 : « L’Etat protège la femme contre toutes formes de violence en tous lieux et en toute circonstance dans l’espace public, dans la sphère professionnelle et dans la sphère privée. La loi garantit l’accès des victimes à des structures d’accueil, à des dispositifs de prise en charge et à une assistance judiciaire. »

 

Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile ?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email