Prévention routière : Un rappel à l’ordre pendant Ramadan
À chaque mois de Ramadan, les villes changent de rythme. Les rues se vident en matinée, s’animent timidement l’après-midi, puis s’embrasent à l’approche de l’iftar. À mesure que l’heure de la rupture du jeûne approche, la circulation se densifie, les klaxons s’impatientent, les moteurs grondent. Dans cette course contre la montre, quelques minutes deviennent parfois une obsession. Et c’est précisément à cet instant que le danger surgit.
Consciente de cette réalité récurrente, la Délégation nationale à la sécurité routière a lancé une campagne nationale de sensibilisation placée sous le slogan fort : « Ramadan nous rassemble… Non aux accidents de la route qui nous séparent ». Un message simple, mais chargé de sens, qui rappelle que la route ne doit jamais devenir le théâtre de drames évitables.
Le Ramadan est un temps de piété, de retenue et de patience. Pourtant, paradoxalement, il s’accompagne souvent d’une montée des comportements à risque sur les routes. L’approche de l’iftar constitue un moment critique : conducteurs pressés de rejoindre leurs familles, employés quittant tardivement leur travail, parents tentant de faire les dernières courses, taxis et bus multipliant les trajets.
L’empressement pousse certains automobilistes à adopter une conduite dangereuse entre excès de vitesse, dépassements périlleux, franchissement imprudent des feux, non-respect des priorités. La fatigue accumulée au fil de la journée, la déshydratation et parfois une baisse de concentration aggravent la situation. Les réflexes sont moins vifs, l’attention se relâche, l’irritabilité augmente. Quelques minutes gagnées peuvent alors coûter bien plus qu’un simple retard.
Face à cette réalité, les services de la Délégation ont mobilisé leurs représentations locales dans l’ensemble des wilayas. Des sorties de proximité ont été organisées sur les grands axes routiers, dans les centres urbains, aux abords des gares routières et des stations-service.
En coordination avec les services de sécurité et les partenaires associatifs, des dépliants de sensibilisation ont été distribués aux conducteurs. Les équipes sur le terrain rappellent les principes fondamentaux de la conduite sécurisée en période de jeûne : réduire la vitesse, respecter la distance de sécurité, éviter les manœuvres brusques, anticiper les ralentissements, s’arrêter et se reposer en cas de fatigue excessive. Le message central est clair : la prudence doit primer sur la précipitation.
En Algérie, la route reflète parfois une culture de l’urgence. L’idée d’arriver « juste à temps » avant l’appel à la prière de l’iftar devient un défi personnel. Mais cette tension collective transforme les axes routiers en zones à haut risque.
Les spécialistes de la sécurité routière rappellent que le jeûne n’est pas en cause en soi. Ce sont les comportements adoptés qui créent le danger. La spiritualité du mois sacré appelle à la maîtrise de soi, à la patience et à la solidarité. Sur la route, ces valeurs devraient se traduire par davantage de courtoisie et de respect mutuel.
Un conducteur qui ralentit, qui laisse passer un piéton ou qui renonce à un dépassement risqué participe à cette solidarité invisible qui protège des vies.
Or les campagnes et des slogans, la sécurité routière demeure une responsabilité partagée. Les autorités peuvent sensibiliser, contrôler et sanctionner, mais la décision finale appartient toujours au conducteur.
Le Ramadan est un mois de rassemblement familial. Chaque soir, les foyers s’illuminent autour de la table de l’iftar. Derrière chaque volant se trouve un parent attendu, un enfant espéré, un proche indispensable.
La Délégation nationale à la sécurité routière rappelle ainsi que préserver des vies, c’est aussi préserver des familles. Car si Ramadan est le mois du pardon et de la générosité, il ne doit jamais devenir celui des sirènes d’ambulance et des drames routiers. Sur la route comme dans la vie, la patience reste la meilleure destination.