-- -- -- / -- -- --


MENASahel

Présidentielle en Libye: Seïf El-Islam Kadhafi, un retour attendu

Présidentielle en Libye: Seïf El-Islam Kadhafi, un retour attendu
Un retour et des interrogations

« Mes geôliers sont désormais mes amis », cette phrase de Seïf El-Islam Kadhafi, prononcé il y a quelques semaines et publiée par le très sérieux New York Times, le 30 juillet dernier, en dit long sur l’état d’esprit du fils et héritier présomptif du Guide de la Révolution libyenne, Mouammar Kadhafi, assassiné en octobre 2011.

Celui qui a été capturé par les milices Zintan affirme être un « homme libre» et affiche ses ambitions. A quelques mois de la présidentielle du 24 décembre prochain, Seïf El-Islam Kadhafi est confiant. «Désenchantés par la révolution», les rebelles qui l’ont capturé ont «finalement réalisé qu’il pouvait être un puissant allié», a-t-il affirmé à Robert F. Worth, le premier journaliste à l’avoir interviewé depuis la chute de la Jamahiriya et son incarcération.

Son programme politique ? Le retour à la grandeur de la Libye avec la mise sur pied d’une formation politique, le «Mouvement Vert». L’allusion à l’héritage du Guide est claire, et Seïf entend jouer sur le mythe de la Jamahiriya et sur ce qu’elle renvoie dans l’imaginaire des Libyens.

Pour lui, l’équation est simple : «Ils ont violé et humilié notre pays. Nous n’avons pas d’argent, pas de sécurité, pas de vie. Si vous allez à la station-service, vous ne trouverez pas de carburant. Nous exportons du pétrole et du gaz vers l’Italie – nous éclairons la moitié de l’Italie et nous souffrons de pannes d’électricité. Ce qui se passe est au-delà de l’échec. C’est une farce», a-t-il déclaré au New York Time.

Et le discours de Seïf El-Islam Kadhafi passe bien chez les Libyens. La preuve ? Une majorité écrasante est désabusée par la gouvernance des Frères musulmans et des milices affiliées. Ceux qui ont mis en avant la religion semblent être les plus corrompus dans la gestion des affaires du pays ! Pis, les «Frères» ont détourné le fonds issu de la vente du pétrole et ont opéré une main basse sur l’argent de la banque centrale libyenne.

Les sondages d’opinion sont éloquents. Robert F. Worth du New York Time l’affirme dans son reportage en Libye : «Lors d’un iftar un jour de Ramadan, j’ai demandé à quatre Libyens d’une vingtaine d’années qui ils choisiraient pour la présidence de la Libye, et trois d’entre eux ont mentionné le nom de Seïf al-Islam. Une avocate libyenne m’a également dit que son travail informel d’évaluation de l’opinion indique que huit ou neuf Libyens sur dix voteront pour Seïf al-Islam».

Alors Seïf El-Islam consensuel ? Du côté de Tripoli, la nouvelle architecture de la gouvernance de sortie de crise peut aboutir à une voie royale pour le retour triomphal de Kadhafi fils lors des élections présidentielles de décembre prochain. D’ailleurs, les puissances agissantes sur la scène libyenne voient d’un bon œil une candidature de Seïf. Que ce soit la Russie et l’Egypte, qui, à un moment donné, avaient misé sur le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, ont compris que ce dernier se comportait plus en chef de guerre qu’en leader. Exit donc la carte Haftar !

Un homme de consensus ?
Pour les observateurs, Seïf El-Islam Kadhafi est l’une des rares sinon la seule personnalité libyenne qui peut reconstruire le tissu social du pays, caractérisé par une extrême fragmentation tribale et une polarisation politico-idéologique sous-tendue par des intérêts étrangers antagoniques.

Ainsi, l’Algérie qui, en 2011, a été parmi les derniers pays à reconnaitre la chute de la Jamahiriya, et qui a aidé la famille Kadhafi qui y a trouvé refuge, notamment Aïcha Kadhafi, sa mère et un de ses frères, verrait positivement l’installation de Seïf à la tête de son pays. Outre son caractère fédérateur, c’est le modernisme et la rationalité du personnage qui sont des atouts non négligeable du point de vue d’Alger. De plus, mieux vaut avoir une Libye tenue par un Kadhafi, avec qui des canaux peuvent être ouverts et entretenus, qu’un pays devenu un véritable trou noir qui attire tous les mouvements terroristes de la région, et où des puissances étrangères s’entretuent par milices libyennes interposées.

Seif Al islam

« Mes geôliers sont mes amis »

Rome aussi serait favorable au retour d’un Kadhafi à Tripoli. L’ancienne puissance coloniale de la Libye avait fait solde de tout compte avec le Guide en présentant des excuses et en finançant des méga projets en guise de compensation de la colonisation italienne de la Libye (1911-1947). Même Macron serait d’accord pour que Seïf présente sa candidature.

Dans la logique du président français, la résurgence d’un Kadhafi à Tripoli équivaut à l’ouverture de la boite de Pandore nommé financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Et l’héritier du Guide aurait en sa possession des documents compromettant l’ancien président français. Du pain béni pour un Macron en période pré-électorale en vue des présidentielles de 2022.

Et si la Turquie et le Qatar, par calcul idéologique, elles sont très proches des Frères musulmans, mieux elles financent les partis et les mouvements politiques qui se réclament de cette mouvance, ne verraient pas d’un bon œil l’arrivée au pouvoir d’un Kadhafi avec tout le ressentiment qu’il peut avoir contre Erdogan et l’émir du Qatar, principaux sponsors politico-militaro-médiatiques de la nébuleuse islamiste qui a exécuté Mouammar Kadhafi. De plus, ces deux pays verraient leurs intérêts menacés par le nouveau chef de l’Etat libyen en représailles à l’hostilité d’Ankara et de Doha envers la Jamahiriya, son Guide et son peuple.

Quid de la position américaine ? Prenant acte du retrait de l‘ancienne administration Trump du théâtre libyen, le président Biden entend revenir via une approche soft qui ne mettrait pas en avant une stratégie frontale. C’est donc une approche défendue par le chef adjoint de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye pour les affaires politiques, la diplomate américaine Stephanie Williams, qui préconise une personnalité indépendante, non partisane et libérée des interférences étrangères, sauf américaine bien sûr ! Car qui dit personnalité indépendante dit personnalité sans encrage et sans réseaux partisans, soit une personnalité malléable et très peu réfractaire à désobéir aux désidératas américains.

L’atout maitre de Washington serait la promesse d’aides financières conséquentes aux autorités de transition qui sortiront des urnes le 24 décembre prochain. Et ce schéma américain ne cadre pas avec la personnalité de Seïf El-Islam.

Pour ce dernier, sa profession de foi est son appartenance à son pays et à son peuple. «Nous sommes comme des poissons, et le peuple libyen est comme une mer pour nous», a-t-il martelé. «Sans lui, nous mourons. C’est là que nous recevons du soutien. Nous nous cachons ici. Nous nous battons ici. Le peuple libyen est notre océan». En quelques mots, son programme est dit !



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email