Première extraction au premier trimestre 2026 : Le méga-projet de Gara Djebilet passe à la vitesse supérieure
Le lancement effectif de l’exploitation du gisement de Gara Djebilet est fixé au premier trimestre 2026, une échéance qualifiée d’«événement national» par le président de la République. À cette date, la première unité de traitement du minerai entrera en service et injectera sur le marché national près de 4 millions de tonnes de fer, marquant le début concret d’un projet considéré comme l’un des plus stratégiques du pays.
Selon le chef de cabinet de la secrétaire d’État chargée des mines auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines, Djamel Eddine Choutri, ce lancement s’inscrit dans une stratégie globale visant à réduire la dépendance du pays aux importations de minerai de fer, estimées aujourd’hui à près de 10 millions de tonnes. Cette première production permettra de substituer progressivement les volumes importés destinés aux complexes sidérurgiques nationaux, comme Tosyali, El Hadjar ou Bellara. L’usine Tosyali sera d’ailleurs le premier utilisateur du fer traité à Béchar.
Le gisement de Gara Djebilet, dont les réserves atteignent 3 milliards de tonnes, n’est plus seulement considéré comme une ressource minière dormant dans le sous-sol algérien. Il constitue désormais un projet industriel intégré, couvrant les wilayas de Tindouf, Béchar et Naâma. Pour M. Choutri, ce projet s’inscrit pleinement dans la vision du président de la République visant à diversifier l’économie nationale hors hydrocarbures. Il ne s’agit pas de remplacer le pétrole ou le gaz, précise-t-il, mais d’instaurer une complémentarité stratégique entre les différents secteurs, a-t-il affirmé, ce mardi, sur les ondes de la Radio nationale.
À Tindouf, la première unité de traitement de 4 millions de tonnes entrera en service début 2026, tandis qu’une seconde unité similaire est prévue dans la première phase du projet (2024-2032). À Béchar, une usine de traitement a été lancée en partenariat avec Tosyali et Feral (groupe Sonaram). Elle produira d’abord 4 millions de tonnes de concentré, puis 6 millions de tonnes de pellets pour atteindre une capacité totale de 10 millions de tonnes. Naâma, pour sa part, sera destinée à des produits à plus forte valeur ajoutée, directement exploitables par l’industrie sidérurgique ou exportables. Les financements seront recherchés après l’approbation finale du Conseil des ministres.
L’un des principaux obstacles historiques du projet, concernant le transport du minerai, a été levé avec la finalisation de la ligne ferroviaire Gara Djebilet – Béchar, qui entrera en service début 2026. Ce résultat représente un tournant majeur, car le transport avait longtemps constitué « le défi numéro un », rappelle M. Choutri.
Le deuxième défi majeur concernait la teneur en phosphore du minerai, trop élevée (0,8 %). Les technologies retenues pour Tindouf et Béchar permettront de la réduire à 0,2 % ou moins, tandis que Naâma adoptera des techniques spécifiques adaptées à sa production. Ces solutions ont été sélectionnées après des essais menés en laboratoire, en semi-industriel et en industriel, notamment avec des partenaires chinois.
Selon le chef de cabinet, les retombées économiques attendues sont significatives, à savoir le renforcement de la souveraineté industrielle, la réduction de la facture d’importation, la création de 250 emplois directs à Tindouf pour la première unité, de 800 à Béchar et la dynamisation des économies locales à travers le logement, le transport, les services et la sous-traitance.
Choutri souligne que l’exploitation du gisement reste entièrement algérienne, les partenaires étrangers n’interviennent que dans la construction des unités de traitement.
La part du secteur minier dans le PIB national, actuellement proche de 1 %, augmentera progressivement grâce à la montée en puissance de la production locale et à la transformation sur place des minerais. Outre Gara Djebilet, d’autres projets contribueront à cette dynamique : le projet intégré du phosphate dans trois wilayas, le projet plomb-zinc de Béjaïa, ainsi que plusieurs usines de traitement de minerais industriels.
Les investissements engagés sont conséquents, il s’agit d’environ 135 millions de dollars pour le projet de Tindouf (gisement et unité), et environ 800 millions de dollars pour celui de Béchar. Tous ont été validés après des études de rentabilité approfondies. L’État accompagne ces projets en mettant à disposition les infrastructures nécessaires (eau, gaz, électricité) et en adoptant un cadre réglementaire incitatif.
Le nouveau Code minier a simplifié les procédures, encouragé la prospection et renforcé les garanties accordées aux investisseurs. Il comprend également des incitations fiscales et financières appréciées par plusieurs partenaires étrangers intéressés par l’or, le manganèse, le phosphate ou encore d’autres minerais industriels. Le nouveau Code de l’investissement a facilité le lancement de ces projets et amélioré leur rentabilité. Les textes d’application du Code minier seront finalisés avant la fin de l’année, conformément aux engagements pris devant le Président.
A ce propos, M. Choutri a affirmé que tous les secteurs concernés (mines, travaux publics, transports) travaillent de manière coordonnée pour respecter l’échéance du premier trimestre 2026, inscrivant le projet de Gara Djebilet au cœur de la stratégie nationale de souveraineté économique et de diversification hors hydrocarbures.