-- -- -- / -- -- --
Nationale

Pour un rééquilibrage des intérêts économiques

Pour un rééquilibrage des intérêts économiques

Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, et la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, coprésideront aujourd’hui la 10e session du conseil d’association Algérie – UE pour entériner le document final portant sur les conclusions de l’évaluation conjointe de sa mise en œuvre.

Une évaluation qui permettra aux deux parties de centrer leurs relations durant les prochaines années sur un « rééquilibrage des intérêts » économiques, notamment sur la diversification de l’économie algérienne.

L’accord d’association avec l’Union européenne aura à partir d’aujourd’hui une tout autre signification. Signé en avril 2002 et mis en application à partir de 2005, l’accord, qui prévoyait une période transitoire de 12 ans, arrivera à échéance cette année.

Rendez-vous est donc pris aujourd’hui à Bruxelles par les partenaires pour finaliser le document, en marge de la 10e session de l’instance suprême de l’association, le Conseil d’association en l’occurrence qui sera coprésidé, annonce-t-on dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, par le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra et la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Mme Federica Mogherini.

Cette rencontre revêt donc un caractère particulier en ce sens qu’elle est appelée à entériner le document final portant sur les conclusions de l’évaluation conjointe de la mise en œuvre de l’Accord d’association Algérie-UE. L’évaluation de cet accord va permettre aux deux partenaires de « centrer leurs relations », durant les prochaines années, sur un « rééquilibrage des intérêts » économiques, notamment sur la diversification de l’économie algérienne, avait précisé le mois passé Ali Morani, directeur de la coopération avec l’UE auprès du ministère des Affaires étrangères.

La diversification de l’économie reste un enjeu pour l’Algérie et pour les relations bilatérales, d’autant que le gouvernement est « pleinement engagé », dans le cadre du nouveau modèle de croissance, à sortir de la dépendance aux hydrocarbures.

Hormis que l’objectif fixé après finalisation de l’accord est d’arriver à une libéralisation des échanges commerciaux entre les deux parties, il n’en demeure pas moins que la balance du flux commercial reste dix années après nettement en défaveur de l’Algérie, qui peine encore à trouver la meilleure voie pour se débarrasser du piège rentier du sous-sol du Sud.

Les multiples appels et concessions faits par le gouvernement afin d’amener les opérateurs des pays membres de l’Union, parallèlement aux profits qu’ils pourraient tirer du marché algérien, à opter pour de réels investissements, n’ont pas eu l’effet souhaité.

L’accord d’association avait pourtant comme principal objectif, en sus de promouvoir les exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’Europe, de développer les investissements européens en Algérie.
Les Européens restent attachés –et c’est de bonne guerre- au développement in situ, autrement dit dans les pays membres, de leurs tissus économique, industriel et agricole notamment.

La finalité reste donc pour nombre d’entreprises du vieux continent à trouver une destination « sûre » pour leurs produits. Face à l’état embryonnaire du tissu industriel algérien, la partie n’est tout de même pas équitable.

Même si une clause de l’accord incite la communauté à s’engager à accorder aux produits algériens importés sur son territoire –dont le nombre et la quantité restent présentement insignifiants- un traitement « non moins favorable » que celui accordé aux pays membres.

Les produits algériens notamment ceux dits finis qui pourraient s’imposer sur le sol européen, restent en effet peu nombreux malgré qu’il ait été dit dans le document que tous les produits algériens admis dans la Communauté sont exempts de droits de douane et taxes d’effet équivalent.

Mis à part la récente reprise par le patron de Cevital de l’usine Brandt dont l’ambition reste louable, ou encore quelques produits agricoles à l’image de la pomme de terre qui a réussi à se frayer un petit chemin ces deux dernières années, ou encore les produits du minerai, ce sera faire preuve de crédulité que de croire que l’exportation de produits algériens vers l’Europe auront un avenir à court terme.

Une économie diversifiée grâce aux PME

Une évaluation de l’impact de cet Accord d’association, depuis son entrée en vigueur en 2005 jusqu’à 2015, montre en tout cas que le cumul des exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’UE n’a même pas atteint 14 milliards de dollars sur les dix années, alors que les importations auprès de l’UE se sont chiffrées à 220 milliards de dollars durant la même période, soit une moyenne de 22 milliards de dollars/an.

Les exportations algériennes hors hydrocarbures vers les pays de l’UE sont passées de 597 millions de dollars en 2005 à seulement 2,3 milliards de dollars en 2014, avant de baisser à 1,6 milliard en 2015.

Une ouverture tous azimuts des frontières commerciales avec l’Union européenne risque par contre à en croire les experts, de tuer dans l’œuf l’élan de diversification de l’économie, laquelle n’a d’autre choix que de s’appuyer sur les PME dont des milliers restent en phase d’amorçage.

Une telle décision risque donc d’inonder le marché local de produits finis européens qui, de surcroît exonérés de taxe douanière, s’adjugeront une bonne part du marché.

Même s’il paraît évident que l’Algérie est loin de satisfaire à toutes les recommandations énoncées dans le document final, en raison bien évidemment d’inattendus revirements dans la stratégie économique du pays liée essentiellement à la chute des prix des énergies fossiles, Lamamra devra faire preuve de beaucoup de dextérité pour tenter d’arracher des concessions.

Il est donc nécessaire que le gouvernement use de prérogatives que lui confère l’accord d’association en question, notamment en matière de taxe douanière.

Le texte de l’Accord donne en effet à l’Algérie, malgré le calendrier fixé et qui arrive à échéance, le droit de prendre des mesures exceptionnelles (droit de douane majoré ou rétabli) pour une durée limitée à trois années pour sauvegarder les industries naissantes ou encore pour tenter de sauver les secteurs en difficulté et qui pourraient « entraîner de graves problème sociaux ».

La diversification de l’économie algérienne dans différents domaines sera, à ne pas douter, mise à rude épreuve face à la force de production des pays européens qui, faut-il le préciser, devant leur éternels concurrents les Etats-Unis ou encore la montée en puissance des économies asiatiques sont obligés de trouver d’autres destinées aux fruits de leur labeur.

La récente montée au créneau d’un élu d’une région française en est révélatrice, notent certains observateurs. Convaincu du droit des producteurs de son pays à user comme bon leur semble du marché algérien, le président de la région de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, également maire adjoint de la ville de Nice, Christian Estrosi en l’occurrence, s’est permis au début du mois passé de publier un communiqué dans lequel il avait interpellé le Premier ministre français Bernard Cazeneuve afin que ce dernier intervienne auprès des autorités algériennes pour sauver la filière de la pomme des Alpes de la faillite. 40% de la production de pommes de cette région sont écoulés sur les marchés algériens. 

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email