Pour plus d’équité et de proximité : L’amazigh prend place au sein de la justice
La justice qui s’adresse au citoyen dans sa langue est une justice plus proche et plus équitable, et l’administration qui prend en compte la diversité linguistique est une administration plus harmonieuse et adaptée à sa réalité sociale et culturelle. C’est ce qu’a affirmé, ce samedi, le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemâa, lors de l’ouverture de la journée d’étude consacrée à l’intégration de la langue amazighe dans le système judiciaire national.
C’est précisément à l’occasion de la cérémonie d’ouverture d’une journée d’étude consacrée au thème « La langue amazighe dans le système judiciaire national : vers la consécration de l’amazigh dans la pratique judiciaire et professionnelle », organisée à l’Ecole supérieure de la magistrature (ESM) de Koléa, aux côtés du secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), que le ministre a tenu ces propos.
Dans son allocution d’ouverture, le ministre a braqué les projecteurs sur la diversité linguistique du pays, qu’il a présentée comme un pilier fondamental de la richesse civilisationnelle et culturelle de l’Algérie. En cette circonstance particulière, M. Boudjemâa n’a pas manqué de citer la Déclaration du préambule de la Constitution de 2020, selon laquelle « le peuple algérien est un peuple libre, décidé à le demeurer », soulignant que l’intégration de la langue amazighe dans le système judiciaire, consacrée par les Constitutions de 2016 et 2020, contribue à la mise en œuvre effective des dispositions constitutionnelles.
Le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemâa, a mis en avant le rôle central du Haut-Commissariat à l’amazighité dans la promotion et la valorisation de la langue amazighe. Il a expliqué que cet organisme constitue un partenaire stratégique du ministère pour assurer l’intégration effective de l’amazigh dans le système judiciaire, en accompagnant les initiatives de formation, la normalisation terminologique et la diffusion de bonnes pratiques dans toutes les institutions publiques.
Dans le même registre, le ministre a tenu à souligner l’importance de l’administration judiciaire dans l’intégration linguistique : « La justice qui s’adresse au citoyen dans sa langue est une justice plus proche et plus équitable, et l’administration qui prend en compte la diversité linguistique est une administration plus harmonieuse et adaptée à sa réalité sociale et culturelle. »
Parmi les axes majeurs de cette journée, le ministre a notamment souligné la nécessité de concevoir « un dictionnaire juridique » complet en langue amazighe, couvrant toutes ses variantes linguistiques nationales. Selon ses déclarations, un tel outil aurait plusieurs objectifs, parmi lesquels encadrer la compréhension des termes juridiques et judiciaires, favoriser l’enseignement et la formation des praticiens du droit, consolider l’usage de la langue amazighe dans les pratiques professionnelles et judiciaires, et renforcer la confiance des citoyens dans les institutions judiciaires.
« L’objectif ultime est de rendre les services judiciaires véritablement au service des usagers, d’instaurer un climat de confiance parmi les citoyens et de consolider la confiance dans les institutions de l’Etat », a précisé M. Boudjemâa. Le ministre a insisté sur le fait que cette démarche n’est pas ponctuelle : « Nous ne construisons pas une politique linguistique judiciaire pour un présent éphémère, mais pour une vision nationale intégrée, visant à instaurer une langue judiciaire qui s’adresse à tous. »
M. Boudjemâa a conclu son intervention en exprimant sa conviction que « les travaux de cette journée d’étude déboucheront sur des recommandations concrètes, consolidant la place de la langue amazighe dans le domaine judiciaire et professionnel, et en déclarant officiellement ouverte la rencontre ».
La journée d’étude a principalement porté sur plusieurs axes majeurs, notamment le cadre constitutionnel et juridique de la justice linguistique, le rôle de la traduction judiciaire comme mécanisme garantissant les conditions d’un procès équitable, ainsi que la présentation des expériences de terrain et des défis pratiques liés à l’usage de la traduction lors des audiences.
Elle a également vu la participation d’une élite composée d’universitaires, d’enseignants spécialistes, de magistrats, d’experts, de traducteurs et de cadres des deux secteurs, qui sont intervenus tout au long de la journée pour enrichir le débat et favoriser l’échange d’expériences.