-- -- -- / -- -- --
Op-Ed

Policiers ou super citoyens ?

Etranges sont les revendications des agents des unités républicaines de sécurité (URS) qui battent le pavé dans les principales villes du pays depuis mardi. Certaines, si elles sont satisfaites, feront de nos policiers de « super citoyens » et de vrais intouchables. A la lecture de la liste des 19 exigences « non négociables » portées à la connaissance des décideurs et de l’opinion publique, on est surpris de constater, tout d’abord, que des exigences politiques s’enchevêtrent avec des revendications sociales.
C’est la première fois que des contestataires en bisbille avec leur boss réclament sa tête, tout en désignant eux-mêmes celui qui est censé le remplacer. Ils nomment et dégomment selon leur bon vouloir, comme si cela se passait tel que l’exprime la maxime populaire : « appuie et ça coule ».

Il s’agit-là d’un antécédent qui risque de faire tache d’huile ; les militaires pourraient exiger un nouveau ministre de la Défense et les gendarmes un nouveau général, alors que l’on sait qu’au sein des corps constitués où la discipline est le maître mot, le subalterne ne saurait désigner qui le commande, encore moins réclamer son départ, quelles que soient les circonstances. C’est une règle propre à toutes les polices et armées du monde.
Dès lors, une telle condition constitue une porte ouverte à d’éventuels dérapages au sein de toutes les institutions vitales de l’Etat.
Au-delà de cette « condition sine qua non », les protestataires exigent aussi qu’un agent de l’ordre impliqué dans une affaire qui relève de la justice n’est pas tenu de se présenter devant le juge. Cette revendication est la négation même de l’Etat de droit, voire un camouflet à l’égalité des citoyens devant la loi quel que soit leur rang ou leur statut.

Or, les fondements de l’équité et de la justice sociale font que les citoyens ont les mêmes droits, les mêmes obligations et sont comptables de leurs actes sans distinction devant la loi. Si cette 14e revendication est satisfaite, elle fera des policiers des citoyens intouchables, au-dessus des lois et à l’abri de tout reproche. C’est une autorisation à l’immunité face aux bavures ou toute affaire de droit commun dans laquelle ils pourraient être impliqués.

En plus des logements, des augmentations de salaires, les diverses primes et de le droit à retraite apres 20 ans de service, les agents de l’URS veulent à l’évidence se distinguer des autres corps, voire de toutes les strates de la société. Toutefois, et au-delà des revendications, les policiers se sont illustrés par une action aussi surprenante qu’inimaginable. Aucun algérien ne pouvait douter qu’ une telle action était possible. Leur entrée au siège de la Présidence, après avoir traversé, sous la pluie, la capitale en rangs serrés, avec une discipline de fer, donnait à penser que leur mouvement était minutieusement préparé, ouvrant ainsi la porte à toute sorte de lecture quant aux conséquences immédiates ou à terme de ce mouvement sur le devenir du pays.
 

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email