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Nationale

Poids du cartable  : Le calvaire des écoliers

Poids du cartable  : Le calvaire des écoliers

A une semaine de la rentrée des classes, les élèves et leurs parents doivent prendre leur mal en patience pour affronter, une fois encore, le calvaire du poids du cartable. Dix livres, onze cahiers et une trousse, tous ʺlogésʺ dans un sac à dos pesant près de 7 kilos. Un poids énorme pour des enfants au primaire. Ces enfants, en pleine croissance, font face à un problème de taille. Les affaires entassées dans leurs sacs à dos pour les besoins d’un seul après-midi représentent un fardeau pour les enfants.

Chétive pour ses 34 kg, Yasmine, âgée de 12 ans, en a plein le dos. La plupart du temps, quand ce n’est pas sa maman qui la soulage sur le chemin de l’école, elle porte péniblement son cartable sur un parcours qui se trouve à plus d’un kilomètre du domicile familial.

Même lorsque c’est sa maman qui porte son cartable, la fillette est obligée de le porter pendant le salut du drapeau, avant de regagner sa classe qui se trouve au premier étage de son établissement scolaire. Après une journée d’école, Yasmine rentre à la maison épuisée, avec un mal de dos terrible.

En montrant le cartable de sa fille, Mounia, la maman de Yasmine, a affirmé au Jeune Indépendant qu’il est inconcevable qu’une enfant puisse porter un cartable aussi pesant qu’encombrant, d’autant plus qu’elle étudie seulement un après-midi par jour. Heureusement, a-t-elle noté, que les cours ne durent pas toute la journée. « Si les cours duraient toute la journée, ce serait encore plus difficile », a-t-elle ajouté.

Pour cette maman, les choses sont devenues très difficiles car elle a été opérée à la suite d’une triple fracture à la cheville, l’obligeant ainsi à rester au lit durant 4 longs mois, sans pouvoir aider sa fille à porter son cartable. Tout en réclamant « une oreille attentive pour régler ce problème », elle s’est interrogée, dépitée : « Qu’allons-nous faire alors ?»

Selon M. Amoura, il est impératif de régler le problème du poids du cartable à partir de la racine, c’est-à-dire arrêter de faire des déclarations et proposer des mesures qui ne servent à rien. « Le poids du cartable est un problème récurrent qui dure depuis 30 ans déjà. Pour endiguer ce phénomène, notre syndicat a appelé à la refonte radicale du système éducatif, la révision des méthodologies et le programme scolaire ». En plus de la révision des matières, le SG du SATEF a insisté sur la nécessité de réintroduire la 6e année, indiquant que cela permettra d’élargir le programme. Par conséquent, les livres seront légers et les cartables également. « Même si les élèves laissent leurs livres en classe, cela ne règle en rien le problème des 13 cahiers que l’enfant doit trimballer dans son cartable. En plus, avec la nouvelle matière d’anglais introduite au primaire, ce sont deux cahiers et deux livres supplémentaires à mettre dans le cartable », a-t-il souligné.     

S’exprimant sur les casiers, le syndicaliste a fait savoir que la majorité des écoles n’ont pas reçu ces derniers. Concernant les livres numériques, le SATEF n’est pas contre. « Nous sommes pour l’école numérique de qualité, mais il faut mettre les moyens à disposition et allouer un budget pour l’acquisition des tablettes pour tous les élèves de toutes les wilayas du pays », a-t-il précisé.

Amoura est allé plus loin pour étaler la réalité amère de l’école algérienne en indiquant que dans la ville de Hamla, située à une dizaine de kilomètres à l’ouest du centre-ville de Batna, les élèves ne trouvent même pas où s’inscrire.

 

Les professionnels de la santé s’expriment

Salim Arbaoui, professeur en médecine physique et de réadaptation au CHU de Blida, a affirmé que les enfants qui portent des cartables lourds souffrent du dos. « C’est une réalité. Du point de vue scientifique, dire que les cartables lourds provoquent des troubles de la croissance et génèrent des scolioses, c’est faux. Il n’y a aucune preuve qui atteste cette théorie », a-t-il ajouté. Le professeur a fait savoir que des études étrangères, notamment en Australie, ont prouvé que les cartables lourds peuvent engendrer des hypercyphoses dorsales, des troubles dans le statique rachidien sur le profil, et ce sans qu’il y ait une scoliose réelle.

« Les enfants ont des dos tordus et penchés, soit trop en avant, soit trop en arrière, surtout chez ceux qui sont en pleine croissance, ce qui cause des douleurs », a-t-il expliqué. Abondant dans le même sens, M. Arbaoui a établi que le poids du cartable est un réel problème, écartant toutefois toute possibilité que celui-ci puisse nuire à la croissance de l’enfant. « Ce qui est prouvé, c’est que les cartables lourds donnent des troubles sur le profil du rachis. Ce dernier, on le voit de face et de profil, alors que la scoliose est une déformation qui touche trois plans, c’est-à-dire de face, de profil et même sur le plan horizontal. Le cartable lourd est incapable de générer ceci », a-t-il noté.

Selon lui, « si le cartable lourd est porté très haut, l’enfant penche vers l’avant, ce qui engendre chez lui de l’hypercyphose. Si le cartable est porté très bas, l’enfant est tiré vers l’arrière, par conséquent, son dos devient tordu. Ces deux situations donnent des douleurs ».

Le spécialiste a estimé que les enfants qui pratiquent des activités sportives ne sont pas prédisposés à avoir ce genre de problème, et même si c’est le cas, les conséquences seront minimes parce que le sport contribue au renforcement de la musculature du rachis.

« Même si l’enfant est atteint de troubles sur le profil du rachis, il doit être pris en charge puisque son cas peut devenir inquiétant. Quand la courbure du rachis est assez importante chez l’enfant, cela est traité par un traitement médical, de la kinésithérapie ou encore le port d’un corset », a-t-il signalé.

Il a par ailleurs insisté sur le fait que ce ne sont pas tous les enfants qui portent des cartables lourds qui doivent mettre des corsets. Le Pr Arbaoui a mis en relief les efforts de l’Etat dans ce sens, citant la révision des programmes scolaires et l’allégement des matières par le ministère de l’Education nationale. Mais, selon lui, cela reste insuffisant, étant donné que le problème persiste.

S’exprimant sur les casiers, qui semblent être une solution adéquate, il a déclaré avec regret : « Nos écoles n’ont pas été construites avec des casiers. On n’a pas la culture des casiers. Avant, nous laissions nos livres en classe, dans nos casiers. Aujourd’hui, les enfants sont contraints de prendre leurs affaires à la maison puisqu’ils ont des devoirs à faire. C’est pour cette raison que leurs cartables sont très lourds. »

En guise de conclusion, M. Arbaoui a estimé que tout le système éducatif doit être revu pour trouver une solution définitive à ce problème récurrent.

 

Déformations et troubles de la croissance chez l’enfant

Pour sa part, le Dr Dareb, chirurgien orthopédiste et traumatologue, chirurgien de la main et du membre supérieur et microchirurgie, diplômé de la faculté de médecine de Paris VII, a indiqué que les cartables lourds causent la déformation du rachis. « Avec le temps, il va créer ce qu’on appelle les déformations scolioses ou cyphoses ou cyphoses scolioses », a-t-il expliqué. S’agissant du poids idéal du cartable, le Dr Dareb a indiqué que le cartable ne doit pas dépasser 10% du poids de l’enfant. Abondant dans le même sens, il a cité l’exemple d’un enfant qui pèse 25 kg et qui, selon lui, doit porter un cartable qui ne dépasse pas 2,5 kg.

Le Dr Dareb va plus loin dans ses explications : « Le poids du cartable génère des déformations et des troubles de la croissance chez l’enfant car il ne grandit pas beaucoup, et ce même si ses parents sont grands, étant donné que le cartable exerce sur lui une pression vers le bas. »

Dans le même contexte, il a évoqué le problème des ceintures de cartable mal équilibrées.  Selon lui, le dos sera, à terme, va pencher automatiquement. En réponse à une question autour des cas qu’il a consultés et dont le motif est la surcharge des cartables, le Dr Dareb a souligné : « En moyenne, sept à huit enfants par mois viennent consulter, accompagnés de leurs parents. »

« Il s’avère que tous souffrent de déformation du rachis. Cette dernière peut être minime comme elle peut être grave. Généralement avant 12 ans, la déviation du dos est minime. Malheureusement, il n’y a pas d’enfants dont le poids du cartable est dans les normes », a-t-il déclaré.

S’exprimant sur les risques encourus par l’enfant à court et à long terme, le chirurgien a expliqué que « la déformation minime n’a aucune conséquence, mais à partir d’un certain moment, elle peut devenir grave, comme le cas de la cyphose scoliose qui peut générer par la suite des conséquences très graves sur l’appareil cardio-respiratoire ». Il est impératif de trouver une solution rapide au problème du poids du cartable, qui devient un cauchemar pour les élèves et leurs parents.

 

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