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Op-Ed

Planchiste DZ

C’est un amoureux de la planche. Glissant sur l’eau et exploitant les vagues, il monte et descend sur la mer, parfois comme un ange aux muscles de bronze et d’autres fois comme un manchot égaré.

A l’exemple de l’albatros de Baudelaire, élégant dans les airs mais maladroit et pataud quand il se pose, le planchiste est lourd quand il rejoint le plancher des vaches. Sa planche sous le bras, il a l’air ridicule quand ses chevilles s’enfoncent dans le sable dans un effort vaillant pour avoir une contenance.

Tout son art consiste d’abord à dénicher la planche la plus légère, la plus résistante et la plus fine. Celle qui fendra les flots comme une lame et l’imposera comme Prince des plages.

Il a toujours du pain sur la planche : trouver une plage aux dimensions respectables, longue et sans rochers, une vague profonde et puissante même si la Méditerranée manque de coffre pour en produire. L’essentiel étant d’assurer le spectacle.

Spectacle gratuit, d’ailleurs.

Le véliplanchiste, autre amoureux de la planche mais à voile, file également sur l’eau mais en s’aidant du vent. Debout, accroupi, tendu comme un arc, il s’accroche à sa voile qui ne doit ni démâter ni se déchirer. C’est un sportif accompli.

Le but reste le même : épater la galerie.

Mais j’ai assez planché sur ces histoires de planche pour vous assurer que c’est le sport national en Algérie, nettement devant le football.

Prenez les entraîneurs nationaux : dès que l’équipe nationale perd (et ça arrive souvent), on tire la planche derrière le sélectionneur.

C’est la même technique pirate, héritée de Barberousse, qui consiste à pousser le condamné sur une planche au-dessus de l’eau en le piquant avec une épée. S’il rechigne à avancer, la planche est tirée violemment et il tombe inexorablement.

Au lieu de finir entre quatre planches, il nourrit les poissons.

Toutes les mauvaises leçons sont retenues et on repasse la planche aux nouvelles générations et elle sert finalement de…planche à repasser les plats !

Nous avons donc une imagination débordante en matière de planche : quand on veut tirer des plans sur la comète, on sort la planche à dessin. L’avenir est tracé avec une certitude de voyante et il ne reste plus à l’opposition qu’à plancher sur le meilleur moyen de critiquer un choix irréversible…jusqu’à nouvel ordre.

Quand les faits, têtus, nous disent le contraire, on accélère le mouvement, pied au plancher, pour fuir en avant le plus loin possible. On promet de la sueur et des larmes pour faire comme Churchill…sans l’efficacité et surtout sans raison valable.

Il y a d’autres fonctions cachées de la planche. Moins vous en saurez et mieux vous vous porterez. Il paraît même qu’elle peut nous enrichir et sauver le pays. Le tout est de savoir s’en servir : un coup de planche par-ci, une planche à pain par là et tout le monde mangera à sa faim.
C’est du moins ce qui se dit en théorie mais certains, de vieux loups de mer, prétendent que ce n’est pas seulement de la théorie. Il paraît même qu’on a vu et entendu des planches parler. Un ami à moi les a vues, il sait qu’elles sont là, qu’elles existent et que le cauchemar a déjà commencé.

Elles nous promettent des étagères entières en planches neuves chargées de richesses : de l’or, de l’argent et des bocaux de pétrole !

Donc ne flanchons pas, sourions à l’avenir et faisons la planche.

Après tout, regda wetmangi, c’est un slogan de chez nous !

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