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Nationale

Pillage du corail …Une mafia bien organisée

Pillage du corail …Une mafia bien organisée

Durant ces deux dernières années (2016 et 2017) ainsi que durant le semestre en cours, les gardes-côtes et les services de la Gendarmerie nationale ont fait avorter plusieurs opérations de pillage du corail, et ce avec des saisies de plusieurs kilogrammes.
La pêche du corail a été interdite depuis 2001 par décret présidentiel, et ce dans le but de permettre à ce trésor des mers de se régénérer. En dépit de la surveillance accrue des gardes-côtes, le braconnage s’est multiplié, notamment du côté de la zone maritime d’El-Kala.
Cette dernière est le lieu de prédilection de la mafia du corail, son plateau continental étant de très faible profondeur et très riche en corail d’une haute qualité. Le contrôle de la façade maritime porte notamment au large de Cap Roux, frontière maritime avec la Tunisie, un endroit où le pillage bat son plein. La dernière opération de lutte contre le braconnage effectuée par les vigiles de la mer remonte au mois d’avril de l’année en cours, où quelque 300 kg de corail ont été saisis.
Selon un responsable de la circonscription maritime d’Annaba, qui regroupe les stations du chef-lieu de la wilaya d’Annaba, El-Kala, Skikda, Jijel, Collo et Béjaïa, le pillage du corail est opéré à 90 % par les pêcheurs de poissons au niveau de la zone d’El-Kala. Effectivement, une flotte de quelque 300 bateaux de pêche, sur lesquels activent plus de 1 500 pêcheurs, patrouillent dans cette zone, d’où la difficulté de pouvoir surveiller les contrebandiers et les contrôler régulièrement, notamment avec l’apparition du phénomène de l’immigration clandestine, qui puise dans les forces et la vigilance des gardes-côtes. Le seul moyen de lutte demeure le renseignement et les contrôles inopinés des embarcations se trouvant en pleine mer.
D’ailleurs, c’est ce qui a permis de faire des saisies dans plusieurs embarcations, aussi bien algériennes que tunisiennes, ainsi que celles des croix de Saint André et plusieurs quantités de corail braconné. Le pillage du corail est tout simplement l’œuvre de véritables réseaux organisés, qui portent atteinte aux richesses du pays en utilisant des moyens certes archaïques mais efficaces. Ils parviennent, la plupart du temps, à déjouer la vigilance des gardes-côtes, notamment avec la stratégie des croix de Saint André, qui sont difficilement détectables, surtout en haute mer.

La croix de Saint André
Le métier de plongeur corailleur est incontestablement le seul et unique métier dangereux qu’exercent les gens de la mer. Cette profession nécessite une condition physique robuste, une technicité parfaite, une expérience à rude épreuve, une formation théorique et pratique de longue haleine ainsi qu’un équipement spécifique fonctionnel.

Croix de Saint André

N’étant pas suffisamment équipé en la matière, les pilleurs ont inventé un stratagème qu’est la croix de Saint André. Un système qui ne permet la récupération que de 20 % du corail arraché des tripes de la mer. La croix de Saint André est tout simplement une machine sous forme de croix, dont la longueur varie de 80 cm à 3 mètres. Elle est dotée d’une partie transversale qui comporte des anneaux, auxquels sont accrochés plusieurs filets de pêche ordinaire. Cette croix est véhiculée par un cordon long d’environ 200 mètres. Les pêcheurs accrochent ce dispositif de braconnage à bord de leurs embarcations censées pêcher du poisson. Une fois au large du plateau continental d’El-Kala, les contrebandiers lâchent leurs croix de Saint André, lesquelles, emportées par leur poids, peuvent descendre jusqu’à plus de 100 mètres de profondeur. Les filets attachés à une sorte de râteau permettent d’arracher de grandes quantités de corail dont 80 % sont abandonnés dans les profondeurs et donc endommagés. Cette forme de pillage porte un grand préjudice à la régénération du corail. Par ailleurs, en ce qui concerne ces croix de Saint André, bien que les gardes-côtes en aient saisi un grand nombre, le fait qu’elles soient de fabrication artisanale, elles pullulent à travers la rade d’El-Kala car elles sont aisément fabriquées dès le lendemain.

Vide juridique ou défaut de réglementation ?
La pêche dans les eaux algériennes renseigne sur la qualité du corail. En effet, il est l’un des meilleurs au monde du fait de son manque de porosité et de sa couleur rouge vif. Il est essentiellement utilisé pour la fabrication des bijoux.
Cette richesse sous-marine est très prisée dans les pays à vocation touristique comme l’Espagne, la Grèce, l’Italie, le Maroc et la Tunisie.

Le corail est très convoité par les braconniers de tous bords. Malheureusement, en l’absence d’une réglementation répressive, cette richesse est délaissée à la portée des réseaux mafieux qui en ont fait un commerce lucratif et s’en sortent à très bon compte, et ce au détriment de l’économie nationale. La plupart des pilleurs de corail appréhendés par les gardes-côtes ne sont pas sévèrement punis et s’en sortent souvent avec une peine de trois mois avec sursis, assorties d’une amende. Ce qui, évidemment, ne dissuade, pas les braconniers, lesquels récidivent.
Cette situation rend difficile la tâche des garde-côtes qui jouent continuellement au chat et à la souris avec les braconniers, en majorité des marins pêcheurs, détenteurs de fascicules en bonne et due forme qui leur permettent ainsi de sillonner en toute liberté le plateau continental d’El-Kala sous prétexte qu’ils sont en train de pêcher. Pour l’heure, le braconnage continue en l’absence de textes de loi plus répressifs contre ce pillage destructeur. 
 

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