-- -- -- / -- -- --
Nationale

Pierre Daum a-t-il jeté un pavé dans la mare ?

Pierre Daum a-t-il jeté un pavé dans la mare ?

Le livre que vient de publier en France, l’écrivain Pierre Daum « Le dernier tabou » dans lequel il affirme que 93% des harkis en Algérie sont restés au pays au lendemain de l’indépendance et que seule une minorité a choisi le rapatriement vers la France, a suscité avant-hier une première réaction officielle par la voix du ministre des Moudjahidine, Mohamed Zitouni. Et un questionnement légitime. A quand la remise définitive des archives algériennes par la France ?

Un fait particulier vient rappeler à quel point l’Algérie est devenue très vulnérable par rapport à son histoire post indépendance. Déjà que les livres relatant la guerre d’Algérie ont été majoritairement écrits par les Français, et ceci en l’absence de toute écriture algérienne, l’ex-pays colonisateur qui détient encore les archives de souveraineté algériennes, plus de cinquante ans après l’indépendance, continue de surfer sur une prétendue disposition de loi qui interdit la remise des archives algériennes. Plus de cinquante ans après, la mémoire et l’écriture de l’histoire de la guerre d’Algérie sont fragmentées.

Le refus opposé par la France pour la remise des archives ne peut être expliqué que par la volonté de l’administration française de ne pas permettre aux Algériens d’accéder à leur passé. La France évoque une disposition de loi imposée après la colonisation : l’Algérie est une terre française et donc l’administration ou encore les employés étaient français. Pour ce pays, tout ce qui a été récupéré entre dans le cadre de la propriété et non pas de l’appropriation.

A cela s’ajoutent les textes de loi française qui classent les archives, notamment de l’état civil transféré d’Algérie, et définissent le temps imparti pour qu’elles soient versées dans le domaine public à 100 ans. Ainsi, l’Algérie ne pourra pas, avant cette date, connaître, à titre d’exemple, le nombre exact de personnes.

Que cache ce refus de la France de restituer aux Algériens leur « mémoire » ? La réponse semble couler de source : un passé peu honorable de la France coloniale et ses crimes contre l’humanité. Pour l’instant, le geste tardif de la France est loin de satisfaire l’attente algérienne : récupérer la totalité de ses archives pour reconstruire la mémoire du peuple, écrire l’histoire de l’Algérie contemporaine. En somme, l’Algérie doit se réapproprier légitimement ses archives pour mieux analyser son passé.

Selon Pierre Daum, la plupart des harkis n’ont pas été tués, et vivent en Algérie depuis un demi-siècle : « Si on considère tous les Algériens qui se trouvaient aux côtés de la France pendant la guerre, cela faisait au moins 450.000 hommes (250.000 supplétifs, 120.000 appelés, 50.000 engagés et 30.000 notables pro-français).

Sur ces 450.000 hommes, seuls 30.000 au maximum sont partis en France. Il en est donc resté 420.000. Le nombre de tués reste encore inconnu. Mais il est clair que les chiffres avancés en France (on parle souvent d’un « massacre » de 150.000 harkis) sont totalement exagérés.

Ces révélations vont mettre mal à l’aise l’Etat algérien du fait de la continuité historique et institutionnel. Du fait de l’absence d’une étude fiable et crédible sur le nombre de harkis qui ont intégré l’armée française ou morts, les historiens actuels avancent un ordre de grandeur de plusieurs milliers, voire quelques dizaines de milliers et enfin ceux qui sont restés après l’indépendance.

Dans les années 1990 certaines archives militaires de la guerre d’Algérie ont été ouvertes à tout le monde, d’autres sont, aujourd’hui encore non communicables et ouvertes en 2022. Les délais pour pouvoir consulter des archives publiques sont trop longs : la loi française de 1979 fixe à trente ans le « délai ordinaire » mais double cette durée pour les documents « mettant en cause la vie privée ou intéressant la sûreté de l’Etat ».

Selon le législateur français qui a établi cette règle, Il est essentiel que la vie privée des acteurs, petits et grands, soit protégée, et la loi y veille. Mais, dès lors qu’il s’agit de comportements publics, le respect de la vie privée ne saurait être invoqué.

Le ministre des Moudjahidine a balayé de la main ces affirmations s’appuyant en cela sur « le manque de documents appropriés ». Ce qui laisse, selon lui, « libre cours aux écrivains outre-Méditerranée, notamment les Français, de spéculer sur tout ce qui a trait à cette époque ».

Le ministre ajoute que « certains écrivains, particulièrement français, ont mis à profit cette opportunité pour donner des chiffres complètement faux notamment sur la situation des harkis », car pour lui, en l’absence de travaux algériens « ce sont les étrangers qui vont s’acquitter de cette mission », mais les conséquences seront graves car les informations, les déclarations et les témoignages seront faussés.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email