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Nationale

Pierre Bourdieu le «kabyle» revisité

Pierre Bourdieu le «kabyle» revisité

« Pierre Bourdieu et la société kabyle », tel est le thème du colloque international de deux jours dont le coup d’envoi des travaux a été donné, avant-hier, au niveau de l’hémicycle Rabah-Aïssat de Tizi-Ouzou.

Ce rendez-vous scientifique, convoqué par l’APW de Tizi Ouzou en collaboration avec le laboratoire des langues et cultures étrangères de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou et l’association scientifique « le Défi » d’Irdjen (Larbaâ-Nath-Irathen), a réuni des universitaires, des chercheurs et des intellectuels très au fait du profil scientifique et intellectuel de ce Français qui a tant aimé l’Algérie et qui déclara un jour avec solennité : « L’Algérie est mon deuxième pays ! ».

Au cours de la matinée d’avant-hier, trois communications ont été assurées sous la modération de Zineb Ali Benali, professeur émérite à l’université Paris 8.

Ces interventions ont été faites respectivement par Nadia Gada, maître de conférence au département d’anglais de l’université Mouloud-Mammeri, Omar Belkhir, professeur au département de psychologie de la même université et enfin Belkacem Mostefaoui, professeur à l’Ecole de journalisme d’Alger. Dans sa communication sur le thème

« Comprendre la pensée de Pierre Bourdieu à travers le texte de Feraoun », Nadia Gada fera effectivement le parallèle entre les pensées sociologique et politique de Pierre Bourdieu et Mouloud Feraoun sur la société kabyle de cette période coloniale.

La conférencière mettra cependant la différence des pensées entre les deux hommes puisque l’un a mis en avant dans ses études et recherches les outils sociologiques et le second la dynamique romanesque.

En fait, Nadia Gada s’est basée sur le roman « La terre et le sang » pour mettre en avant la grande et intime symbiose entre les pensées des deux hommes et surtout les points leur ayant servi d’indicateurs d’études de la société kabyle.

Il va sans dire cependant que l’œuvre romanesque de Mouloud Feraoun « La terre et le sang » mérite davantage d’étude et de réflexion. Bien des exégètes de cet écrivain relèvent que le livre portait au moins trois principaux messages.

Le premier adressé à la société kabyle et qui signifiait qu’elle devait impérativement reconnaître ses faiblesses et ses défauts et, par conséquent, un appel pour des correctifs. Le deuxième était destiné à l’ordre colonial et qui signifiait que les Algériens ne pouvaient en aucun cas leur laisser leur pays.

Et le troisième à la communauté internationale et qui signifiait que le peuple algérien était semblable aux autres et, par conséquent, il méritait de jouir pleinement de son indépendance.

Dans « La terre et le sang » effectivement, on pouvait relever l’hypocrisie, les coups bas, la lâcheté des villageois et en même temps leur grande solidarité les uns envers les autres, le respect et l’ordre et enfin cette incessante volonté et ténacité exponentielle à atteindre l’objectif, et ce, quel que soit le prix à payer.

D’ailleurs, ce sont ces idées dégagées à travers son œuvre qui ont valu à Mouloud Feraoun la méfiance des laboratoires de pensées de la France coloniale. En tout cas, en ce qui la concerne, la conférencière mettra en avant une multitude de points constituant la similitude ou le rapprochement des thèses de Bourdieu et de Feraoun.

Pour sa part, le professeur Omar Belkhir assurera une communication autour du thème « L’école et la domination culturelle vues par Pierre Bourdieu ». La communication sera faite en langue arabe.

Le conférencier mettra en avant le principe affirmé par Bourdieu selon lequel l’école est un espace où la culture du dominant se fait surtout la plus agressive, c’est-à-dire que le dominé ressent le plus sa frustration.

Quant à Belkacem Mostefaoui, qui développera sa communication autour du thème « Revisiter l’œuvre de Pierre Bourdieu sur les questions du journalisme et de la Kabylie », il apportera beaucoup d’éclaircissement sur la personnalité de cet anthropologue, ethnologue et sociologue français.

Avant d’entrer dans le vif de son sujet, Belkacem Mostefaoui, lui-même à considérer comme « un universitaire et un intellectuel rebelle », fera le tour d’horizon sur certains faits relatifs à Pierre Bourdieu.

Celui-ci, selon le conférencier, n’était pas aimé des universités de la France métropolitaine. La méfiance à son endroit et son « rejet » ont été tels qu’il fit sa thèse de doctorat à l’université d’Alger. C’est pour les besoins de sa thèse qu’il a commencé à parcourir la Kabylie qu’il ne cessera jamais de chérir.

De cet amour pour la Kabylie et de cette grande honnêteté scientifique et intellectuelle, Pierre Bourdieu pénétra profondément la société kabyle, celle-là même qui lui procurera le mortier de ses principes sociologiques, lesquels sont devenus des références universelles.

Belkacem Mostefaoui a indiqué que Pierre Bourdieu, dans sa quête de vérité, a côtoyé tous les pans et toutes les couches de la société kabyle. Le conférencier a précisé que Pierre Bourdieu venait très souvent à Djemaâ N’Sarridj (Mekla).

Concernant sa relation avec les médias, notamment occidentaux, Pierre Bourdieu, selon le conférencier, était intraitable. La vérité à étaler sur la table coûte que coûte est souvent cette vérité qui n’arrange pas les intérêts du dominant qui préfère les idéologies populistes, car c’est de celles-ci qu’il maintient sa position de dominant.

Pierre Bourdieu, loin des courants factices, pourtant bien rémunérateurs, a toujours mis en rempart les thèses scientifiques pour défendre cette vérité.

Belkacem Mostefaoui indiquera également qu’au cours de la décennie noire, Pierre Bourdieu a défendu les intellectuels algériens lesquels étaient menacés dans leur intégrité physique et morale par l’hydre terroriste. Belkacem Mostefaoui se montrera parfait connaisseur de la personnalité de Pierre Bourdieu et de son parcours scientifique et intellectuel.

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