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Périls sur les cours du brut

Périls sur les cours du brut

L’incertitude plane sur les cours du brut. Avec l’échec des tractations au Sommet de Doha dimanche dernier, les observateurs restent sceptiques sur une éventuelle remontée des cours du baril de pétrole. 

Tout le monde savait que les divergences entre l’Arabie Saoudite et l’Iran allaient provoquer le clash et court-circuiter le sommet entre l’OPEP et quatre producteurs non affiliés au cartel (Russie, Oman, Azerbaidjan et Colombie). Pour les Saoudiens, il faut que les Iraniens participent à l’accord sur le gel de la production pour six mois encore, notamment au niveau des quotas de janvier dernier.

Les Iraniens contestent ce point de vue, soulignant leur cas « spécial » d’un pays qui vient juste de sortir d’un embargo et d’une levée des sanctions occidentales. Ils défendent la thèse selon laquelle le pays ne peut souscrire à un accord que s’il retrouve sa production d’avant les sanctions.

Ce débat sans fin a pris des tournures politiques insoupçonnées quand on sait l’extrême rivalité qui oppose les deux puissances régionales et les tensions idéologiques, confessionnelles et géostratégiques, notamment en Syrie, au Yémen, en Irak et au Liban. Avec l’échec de ce Sommet de Doha, les retombées étaient prévisibles.

La surabondance de l’offre va se poursuivre, ainsi que la dégringolade des cours et des marchés énergétiques. Pour les experts, l’activité pétrolière est devenue un gouffre financier pour des pays exportateurs comme le Vénézuela ou l’Algérie.

Ces pays monoexportateurs du pétrole sont touchés de plein fouet, poussant les gouvernements locaux à faire des coupes budgétaires et surtout à augmenter les prix et les taxes fiscales. Des pays qui ont depuis des décennies subventionné les produits de base sans jamais vouloir diversifier leurs économies, assurant des politiques sociales gratuitement, comme la santé, l’éducation ou l’aide aux populations démunies.

C’est carrément le contraire pour les royaumes du Golfe, qui peuvent résister encore des années à la chute des cours, grâce à leurs fonds souverains de plusieurs centaines de milliards de dollars.

Ils vivent des déficits budgétaires comme tous les Etats pétroliers, mais ils ne sont pas dans une situation d’urgence ou de crise majeure. Rapidement après l’annonce de la déroute de Doha, les cours ont chuté dès l’ouverture des bourses. Le Brent a perdu près de 7% de sa valeur par rapport à la clôture de vendredi et stagne encore au-dessus des 40 dollars le baril, en raison d’une grève au Koweit.

Quant au baril WTI, il reste fragilisé dans des fourchettes entre 36 et 38 dollars. Pour les analystes occidentaux, cette rechute des cours aura des impacts plus importants que lors des précédentes phases. Ainsi, on estime que Wall Street et les indices européens vont connaître quelques perturbations.

Il y aura l’effondrement des actions des compagnies pétrolières ou exerçant dans la pétrochimie, la résurgence des spéculations sur des faillites des producteurs de pétrole de schiste américains, ainsi que la fragilisation des grandes banques (JP Morgan, Wells Fargo, Bank of América) qui finançaient ou qui donnaient des lignes de crédit aux explorateurs et extracteurs et finalement la chute des commandes et des services provenant des pays producteurs qui n’auront plus les capacités de répondre aux besoins mondiaux.

Il existe même des risques de cession d’actifs financiers chez les pays producteurs qui n’auront même plus de capitaux pour relancer l’investissement, la recherche et l’exploration des gisements et des champs pétrolifères, d’autant que les perspectives économiques mondiales ne plaident guère pour une croissance durable ou une embellie conséquente.

Des indices montrent déjà la persistance des pressions déflationnistes dans les pays développés et épuisement des possibilités pour les grandes Banques centrales, la baisse de la confiance et l’émergence d’un sentiment de méfiance et de défiance sur le système financier international, qui a subi, ne l’oublions pas, une crise majeure et grave en 2009 et lequel n’a dû son salut que grâce aux politiques interventionnistes des Etats et de leurs Banques centrales.

Aujourd’hui, le risque d’un autre effondrement provient de l’entêtement des Saoudiens à vouloir mettre à genoux les Iraniens en maintenant la surabondance de l’offre, juste pour des considérations politiques régionales et de batailles de suprématie géoéconomiques, comme ils l’ont fait, sans états d’âmes pour pousser à la ruine les Américains producteurs du pétrole de schiste. Une perspective qui met en émoi les spéculateurs, à moins d’une surprise politique ou militaire de taille.

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