Pedro Sánchez : « Pas d’impunité pour Israël en dépit du cessez-le-feu »
De retour d’Égypte, où il a participé au sommet de la paix de Sharm el-Sheikh, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a réaffirmé, lors d’une interview accordée à la Cadena SER, diffusée mardi, que l’Espagne ne renoncerait pas, avec d’autres pays, à poursuivre les crimes du gouvernement de Benyamin Netanyahou dans ce qu’il qualifie ouvertement de « génocide à Gaza » — un terme que peu de dirigeants européens osent employer.
« La paix ne peut pas signifier l’oubli, il ne peut pas y avoir d’impunité. Des procédures sont ouvertes à la Cour pénale internationale. Les principaux acteurs du génocide devront répondre devant la justice », a déclaré Sánchez. Il a rappelé avoir vécu, dans sa jeunesse, la guerre de Bosnie : « Il y a eu la paix, mais aussi des procès à la CPI. »
Sánchez estime que l’Espagne et l’Europe doivent désormais « peser dans la reconstruction et la solution des deux États ». Il a évoqué la possibilité d’envoyer des troupes espagnoles dans le cadre d’une mission de paix à Gaza, bien qu’aucun détail concret ne soit encore fixé. « L’Espagne veut être présente, jouer un rôle actif dans la reconstruction et la paix », a-t-il insisté.
Le chef du gouvernement a assuré que l’embargo sur les armes à destination d’Israël resterait en vigueur.
Bien que la participation de l’Espagne au sommet de Sharm el-Sheikh — organisé sous l’égide de Donald Trump — ait été secondaire, Sánchez a tenu à rappeler sa décision de reconnaître l’État de Palestine il y a un an et demi, avant tout autre dirigeant européen. « Il était important que l’Autorité nationale palestinienne soit présente au sommet. Miser sur la solution à deux États est essentiel. L’Espagne a joué un rôle reconnu par l’ONU, les pays arabes et même les États-Unis. Avec la Norvège et l’Irlande, nous avons ouvert la voie à une reconnaissance aujourd’hui quasi unanime de la Palestine dans la communauté internationale », a-t-il affirmé.
Le 28 mai 2024, le gouvernement de Pedro Sánchez a officiellement reconnu l’État de Palestine, aux côtés de l’Irlande et de la Norvège. Le Premier ministre espagnol est un critique véhément de la guerre à Gaza. Outre l’option des deux Etats, Sanchez a déclaré que son pays soutiendrait des projets de résolution aux Nations unies visant à faciliter l’accès de l’aide humanitaire à Gaza.
La municipalité de Barcelone a décidé la rupture de ses relations institutionnelles avec le gouvernement israélien ainsi que la suspension de son accord de jumelage avec la ville de Tel-Aviv, en vigueur depuis le 24 septembre 1998. Cette décision s’inscrit dans une volonté politique de dénoncer le génocide perpétré par l’armée sioniste des populations palestiniennes dans la bande de Gaza.
La municipalité a donné des instructions au port de Barcelone de refuser l’accès aux navires soupçonnés de transporter des armes à destination d’Israël, même si cette mesure dépasse son champ de compétences directes.
Sur un autre registre, Pedro Sánchez a également tenu à défendre une approche positive de l’immigration, dénonçant le discours de la droite et de l’extrême droite. « Nous avons réduit de 40 % l’immigration irrégulière. En sept ans, deux millions de personnes sont venues contribuer à la croissance, à combler les postes vacants dans l’hôtellerie, l’agriculture et la construction. Dans le même temps, nous avons réduit le chômage et la criminalité », a-t-il rappelé.
Selon lui, « l’Espagne connaît un hiver démographique » et seule « une politique de natalité combinée à une migration régulière » permettra de financer les retraites et la santé publique. « Ceux qui stigmatisent l’immigration dessinent un avenir de pauvreté », a-t-il conclu.
«L’Espagne doit choisir : être un pays ouvert et prospère ou un pays fermé et appauvri », avait mis en garde récemment Pedro Sánchez laissant entendre que le recours à la main d’œuvre étrangère est une question de survie.
Il a souligné que la migration ne relève pas uniquement d’une question d’humanité, mais qu’elle constitue le seul moyen réaliste de stimuler la croissance économique et de pérenniser l’État-providence dans un pays où le taux de natalité figure parmi les plus bas de l’Union européenne. f