Peaux de moutons : Objectif de 50 % de cuir valorisé en 2026
Longtemps jetées ou sous-exploitées, les peaux des sacrifices de l’Aïd sont désormais au cœur d’un pari industriel. Dr Mokdad Aggoun, directeur de la veille stratégique au ministère de l’Industrie, a annoncé, ce lundi, l’objectif d’atteindre 45 à 50 % de cuir valorisé en 2026, misant sur une meilleure collecte, la modernisation de la filière et la création de davantage de valeur ajoutée locale.
La campagne de collecte des peaux de moutons dépasse désormais le simple cadre d’une opération de récupération. Elle s’inscrit dans une stratégie industrielle visant à transformer une matière souvent négligée en source de richesse et de valeur ajoutée. Selon Dr Mokdad Aggoun, cette démarche s’insère dans la vision de souveraineté industrielle portée par l’État, avec « un objectif de renforcer la production locale et réduire progressivement la facture des importations grâce au développement des industries de transformation », a-t-il affirmé sur les ondes de la radio algérienne.
Les chiffres avancés par le responsable traduisent une évolution notable. En 2018, seulement 16 % des peaux collectées étaient exploitables dans les circuits industriels. Ce taux a progressé pour atteindre 36 % en 2025. Pour la campagne 2026, l’objectif fixé est encore plus ambitieux, avec une proportion de peaux valorisables oscillant entre 45 et 50 %, soit près d’une peau sur deux destinées à intégrer les chaînes de production.
Pour l’intervenant, cette progression résulte autant d’une meilleure organisation que d’un effort soutenu de sensibilisation autour des techniques d’écorchage et de conservation. Car, insiste-t-il, l’enjeu ne consiste plus uniquement à récupérer les peaux, mais surtout à préserver leur qualité afin de les rendre exploitables industriellement.
Le potentiel économique de cette filière apparaît d’autant plus important que l’Algérie dispose déjà d’atouts non négligeables : un important cheptel, une demande du marché et des infrastructures industrielles existantes cherchant à retrouver leur pleine dynamique.
À ce titre, Dr Aggoun a indiqué que le groupe public Getex dispose d’une capacité de stockage estimée à 1,2 million de peaux, avec des équipements appelés à être modernisés afin de répondre aux standards actuels de transformation.
La relance du secteur ne se limite cependant pas à la collecte, elle repose aussi sur une restructuration plus profonde, axée sur la modernisation des outils de production, l’amélioration des méthodes de gestion et le développement des compétences spécialisées. Des formations dédiées aux métiers du cuir, du tannage et de la confection sont d’ailleurs envisagées afin d’accompagner cette mutation industrielle.
Autre axe mis en avant par l’interlocuteur, la valorisation intégrale de la ressource, même les peaux détériorées ou impropres au tannage classique pourraient trouver une seconde utilité. À ce propos, Dr Mokdad Aggoun a révélé que 17 projets et idées d’investissement sont actuellement à l’étude afin d’exploiter les sous-produits liés à cette filière, notamment la laine, encore insuffisamment valorisée.
Cette dynamique commence déjà à se traduire sur le terrain. À M’sila, un projet consacré au lavage et au traitement de la laine est en cours de réflexion, première étape vers une exploitation industrielle plus poussée.
Le responsable a également souligné que la réussite de cette campagne repose sur une large mobilisation intersectorielle. Plusieurs départements ministériels, à l’instar de l’Intérieur, l’Agriculture, les Affaires religieuses, l’Environnement et la Santé sont associés au dispositif, aux côtés des collectivités locales, des associations et des Scouts musulmans algériens.
Le numérique fait désormais partie intégrante du dispositif. Des applications permettent aux citoyens de localiser les points de collecte les plus proches, tandis que des microentreprises participent à la récupération et au transport des peaux vers les centres de traitement.
Derrière cette organisation se dessine une ambition plus large, celle de mettre fin au schéma consistant à exporter une matière semi-transformée pour ensuite importer des produits finis à forte valeur ajoutée. Le secteur entend désormais produire davantage localement, renforcer ses capacités d’exportation et s’appuyer sur des partenariats technologiques internationaux pour accélérer sa modernisation.