Pavillon France au FIA: Pour une relance économique apaisée entre Alger et Paris
Après des années d’absence, le Pavillon France opère un retour stratégique à la 57ᵉ édition de la Foire internationale d’Alger (FIA). Portée par un dégel diplomatique et la volonté de rebâtir un partenariat commercial durable, cette vitrine rassemble vingt-six opérateurs majeurs au cœur du pavillon Palestine. De la présence institutionnelle de Michel Bisac, président de la CCIAF, à la visite politique de Ségolène Royal, jusqu’aux témoignages concrets de PME industrielles comme la maison normande Deremaux, cette édition marque un tournant. Il s’agit d’une normalisation en marche, oscillant entre grands groupes bancaires et savoir-faire industriels hyper-spécialisés.
Pour Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, cette présence collective incarne avant tout la normalisation progressive des relations économiques sereine entre les deux nations souhaitée par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron. Dans des déclarations, vendredi, au Jeune Indépendant, il détaille les ambitions de cette dynamique retrouvée, tandis que des chefs d’entreprise présents sur le terrain illustrent la réalité de ce partenariat bilatéral.
Fort d’une expérience de terrain de vingt ans en Algérie, notamment comme président-fondateur de l’entreprise Les Pages Maghreb créée en 2006, Michel Bisac met sa fine connaissance du tissu local au service de la CCIAF, qu’il préside depuis 2018.
Poussée par ce réchauffement diplomatique, la CCIAF a orchestré ce retour en un temps record. Michel Bisac confie que la décision a été actée un mois seulement avant l’ouverture de l’événement, dès que les signaux d’amélioration bilatérale sont devenus clairs. En l’espace de quatre semaines, la chambre de commerce a mobilisé vingt-six structures. La délégation regroupe des leaders historiques du marché algérien tels que Société Générale Algérie, BNP Paribas El Djazaïr, Alstom, Danone, Sanofi Algérie, TotalEnergies Algérie, Renault Motrio, CMA CGM ou encore SIEPAL, complétée par sept entreprises venues directement de l’Hexagone pour saisir cette opportunité de relance.

Michel Bisac président de la CCIAF
Cette forte réactivité fait du Pavillon France la plus importante représentation étrangère de cette édition 2026. En dépit des récentes turbulences politiques, la CCIAF s’est efforcée de sanctuariser les échanges économiques. Le président de la CCIAF rappelle que la priorité de la chambre est restée purement orientée vers le monde des affaires, préservant des liens étroits avec les acteurs locaux, notamment à travers une collaboration continue avec M. Kamel Moula, président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA). L’objectif actuel est de restaurer un climat de confiance durable afin de retrouver, dans les années à venir, de véritables conditions propices à des relations économiques stables, apaisées et pérennes.
Ségolène Royal au FIA : un signal politique fort
Cette dynamique de relance économique a été confortée par la visite surprise et hautement symbolique de Ségolène Royal, récemment nommée à la présidence de l’Association France-Algérie (AFA). Sa présence active, marquée par de nombreux échanges avec les exposants, une rencontre avec le président de la République algérienne Abdelmadjid Tebboune et de longues déambulations dans les allées du Pavillon France, a été perçue par les opérateurs comme un signal politique majeur. Michel Bisac souligne que l’accueil particulièrement chaleureux des visiteurs et les positions constructives de Ségolène Royal confirment l’adhésion du public et des professionnels à ce processus de rapprochement.
Si les grands groupes bancaires et pharmaceutiques occupent une place de choix dans cet espace France animé par la CCIAF, le pavillon est également la vitrine de PME familiales au savoir-faire très pointu. C’est le cas de l’entreprise normande Deremaux, implantée sur le marché algérien depuis près de vingt ans.

Stéphane Deremaux, co-dirigeant de cette société, incarne cette persévérance industrielle loin des fluctuations politiques. Présente en Algérie depuis 2007, l’entreprise s’appuie sur un modèle de coopération original, basé sur un partenariat commercial direct avec des structures locales, excluant le recours à une simple filiale ou à un revendeur classique.
Le succès de cette PME repose sur un marché de niche extrêmement spécifique : le conditionnement des ampoules buvables en verre. Aujourd’hui, Deremaux équipe l’essentiel des entreprises algériennes opérant dans les secteurs de la pharmacie, des compléments alimentaires et de la cosmétique qui utilisent le format d’ampoules à pointe fine. « L’entreprise normande demeure le seul fabricant mondial de machines capables de remplir ce type précis de contenant, ce qui explique sa longévité et sa position historique sur le marché algérien », a- t-il indique au Jeune Indépendant.
Interrogé sur la pertinence de sa participation à la Foire internationale d’Alger, le dirigeant livre une analyse lucide. L’Algérie est un pays en plein développement économique où les opportunités se sont élargies à divers domaines jamais atteints auparavant. « L’Algérie dont le poids économique et politique dans le Maghreb n’est plus à démontrer fait de lui un partenaire indispensable pour la France », a-t-il souligné.
Au-delà de la prospection pure, la présence à Alger répond à un objectif de visibilité institutionnelle et de valorisation de l’expertise industrielle française tout en comptant sur la maitrise et l’appui algériens.