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Op-Ed

Patrons et patrons de presse

L’affaire El Khabar, qui oppose le groupe CEVITAL aux pouvoirs publics, a peut-être trop vite fait d’exiger de nous la défense de l’une des parties quand la principale victime, en l’occurrence la profession, est réduite au statut de témoin alors que c’est de sa survie qu’il s’agit.

Parce que le bras de fer sur la légalité d’une transaction commerciale ne concerne pas la vente d’une ligne de production de machines à laver, mais celle d’un groupe de presse -dont une chaîne de télévision- avec tout ce que cela représente comme vecteurs de pouvoir ou de contre-pouvoir.

Il y a certes bien eu cette réaction du collectif d’El Khabar qui est intervenu pour légitimer le rachat, ce communiqué du SNJ pour dénoncer un zèle tardif du ministère de tutelle s’appuyant sur un texte de loi aux mille vides juridiques, ou cette mise au point du ministère de la Communication visant à balayer toute suspicion quant à un règlement de compte politique.

Pourtant, quelques jours après le déclenchement de la polémique et au lendemain de l’audience judiciaire qui devait émettre une décision au sujet du référé introduit par le ministère de la Communication, personne n’a daigné soulever la question essentielle portant sur les causes du litige politique qui entoure le rachat d’El Khabar.

Si les pouvoirs publics tiennent tant à l’indépendance de la presse vis-à-vis des milieux d’affaires, que n’ont-il pas soutenu davantage et d’une manière plus efficace ces journaux assez sérieux et manifestement crédibles puisqu’ils ont su trouver un repreneur investissant de gros sous ? Il y en aura pour rétorquer que la manne publicitaire fort généreuse de l’Etat contredit le questionnement mais les professionnels savent que ce soutien n’a jamais été ni rationnel ni équitable.

Ainsi, Le Jeune Indépendant, connu pour la rigueur de sa gestion, le respect de la réglementation du travail et autres obligations vis-à-vis des institutions en plus d’une ligne éditoriale patriotique objective accordant une juste place à sa mission de service public, a été privé, par le passé, de publicité pendant quatre longues années, en plus d’insertions publicitaires toujours impayées.

C’était à l’époque où un capo du DRS décidait de la pluie et du beau temps en instruisant l’ANEP selon son humeur. Le journal a formé des contingents de journalistes qui, aujourd’hui, sont éparpillés partout y compris au ministère de la Communication et au sein du groupe Cevital.

Par ailleurs, la récente attribution massive d’agréments aux aventuriers qui n’ont eu ni les moyens ni le savoir-faire pour gérer leurs journaux, a davantage participé au naufrage de la presse écrite qu’à son renforcement. 

Trop d’organes à prétention nationale se contentant de reprendre en vrac des dépêches de tous bords et qui ont cependant bénéficié des largesses en imprimant leurs feuilles de choux à perte !

Du coup, les patrons de presse ont dû trouver des financements pour continuer « l’aventure intellectuelle ». Des opérateurs économiques privés ont injecté de gros fonds en négociant habilement la contrepartie supra publicitaire jusqu’à ce que la crise, notamment dans le secteur de l’automobile, réduise le nombre des annonceurs et le volume de leurs commandes.

Trésorerie déficitaire et charges énormes menacent la grande majorité des journaux. Il ne reste alors qu’une solution sur le plan financier pour ne pas déposer le bilan. Vendre les actions ou le titre à des hommes d’argent.

A ceux qui s’en offusquent en criant au loup, on pourra répondre que les patrons de presse actuels ne sont pas non-plus des anges tombés du ciel. Mais, reconnaissons qu’ ils sont assez patriotes et respectueux du métier pour ne pas porter atteinte à notre conscience de journalistes qui, elle, n’a jamais été à mise en vente, Dieu merci !

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