Accords énergétiques avec Mascate et New Delhi: Des leviers industriels
L’Algérie ne veut plus se contenter d’accords de coopération pétrolière classiques. À travers des discussions approfondies avec les opérateurs omanais et indiens, Sonatrach s’oriente vers la valorisation locale des ressources — notamment via les engrais et la pétrochimie — et jette les bases d’une expansion conjointe vers le marché africain, portée par une législation attractive et décarbonée.
Un point sur l’état de la coopération et les perspectives de la hisser à des niveaux supérieurs a été au menu des rencontres qui ont réuni, avant-hier, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, avec les représentants de ces grands groupes internationaux.
Avec le président du Conseil d’administration du groupe omanais Suhail Bahwan Holding, Cheikh Saad Suhail Bahwan, le ministre a examiné les relations de coopération entre Sonatrach et le groupe omanais, ainsi que les perspectives de leur développement, notamment dans les projets de production d’engrais, en particulier l’ammoniac et l’urée, a indiqué le ministère dans un communiqué.
Lors de cette rencontre, tenue en présence de l’ambassadeur du Sultanat d’Oman en Algérie, Saif Rashid Al-Badaai, et de cadres du ministère, les deux parties ont également abordé les opportunités d’élargissement des investissements du groupe omanais en Algérie dans ce domaine. Elles ont souligné l’importance d’intensifier les concertations et les échanges techniques et commerciaux entre Sonatrach et le partenaire omanais afin de concrétiser des projets conjoints.
La volonté du groupe omanais de renforcer sa présence en Algérie avait déjà été exprimée lors d’une visite effectuée en janvier dernier par une délégation de haut niveau du groupe.
Les entretiens entre Mohamed Arkab et l’ambassadeur omanais ont par ailleurs porté sur le niveau de coopération entre Sonatrach et la société Abraj Energy Services, particulièrement dans le cadre du protocole d’entente relatif à l’étude des opportunités de coopération dans les domaines du forage, de la maintenance des puits et des services pétroliers spécialisés. Il a été également question des services liés aux projets intégrés, de l’échange d’expertises et d’expériences techniques, ainsi que de la formation spécialisée dans les différentes activités du secteur des hydrocarbures.
Les deux parties ont ainsi réitéré leur volonté commune de renforcer la coopération économique et les investissements entre l’Algérie et le Sultanat d’Oman, et d’œuvrer à l’élargissement du partenariat entre Sonatrach et les entreprises omanaises, au service des intérêts mutuels des deux pays.
La focalisation des discussions sur l’ammoniac, l’urée et les services de forage avec les entités omanaises comme Suhail Bahwan Holding et Abraj Energy Services illustre la volonté de l’Algérie de dépasser le statut de simple exportateur de brut ou de gaz naturel liquéfié (GNL). En intégrant la chaîne de valeur des engrais et de la maintenance spécialisée, Sonatrach renforce la sécurité industrielle du pays et soutient le secteur agricole régional. Cette synergie technique permet à l’Algérie de maximiser la rente gazière par une transformation locale à haute valeur ajoutée, tout en diversifiant ses partenaires au sein du monde arabe.
L’indien SEEPCO veut renforcer sa présence en Algérie
Le partenariat est aussi appelé à se renforcer avec l’Inde dans les segments de l’exploration et de la production des hydrocarbures. Cette perspective a été à l’ordre du jour d’une rencontre qui a réuni le ministre des Hydrocarbures et Mohit Barot, directeur exécutif de la société indienne Sterling Oil Exploration & Energy Production Co (SEEPCO), l’une des principales compagnies opérant dans l’exploration et la production en Afrique.
Cette rencontre a été consacrée à l’examen des perspectives de partenariat entre Sonatrach et la société indienne dans les domaines de la recherche, de l’exploration, du développement et de la production de pétrole et de gaz, ainsi qu’à l’étude des opportunités d’investissement conjoint en Algérie et à l’extérieur, notamment à l’échelle continentale.
Selon le département des Hydrocarbures, les entretiens ont porté sur les moyens d’élargir la coopération sur toute la chaîne de valeur de l’industrie pétrolière et gazière, à travers le développement de nouveaux projets et l’échange d’expertises techniques dans le développement des gisements, le raffinage, la pétrochimie et l’innovation technologique. Les deux responsables ont également abordé les questions liées à la protection de l’environnement, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à l’atténuation de l’empreinte carbone du secteur.
M. Arkab a présenté à cette occasion un exposé sur la stratégie nationale de développement du secteur des hydrocarbures, mettant en avant les importantes opportunités d’investissement qu’offre l’Algérie dans l’amont pétrolier et gazier. Il a particulièrement insisté sur les avantages et incitations prévus par la loi sur les hydrocarbures au profit des investisseurs étrangers, un texte qui renforce l’attractivité du marché algérien et garantit un climat d’investissement fondé sur la transparence et la compétitivité.
Contexte : L’attractivité de la loi sur les hydrocarbures et la réduction des émissions
La loi 19-13 sur les hydrocarbures s’impose désormais comme l’argument clé de l’attractivité algérienne. En offrant des régimes fiscaux simplifiés, de la flexibilité contractuelle (notamment via les contrats de partage de production) et des garanties juridiques accrues, elle permet de séduire des géants asiatiques comme SEEPCO. De plus, l’introduction systématique des clauses de réduction de l’empreinte carbone et de valorisation des gaz associés répond aux exigences environnementales mondiales actuelles, positionnant l’Algérie comme un fournisseur d’énergie responsable.
De son côté, le directeur exécutif de SEEPCO a indiqué que l’entreprise souhaitait intensifier sa présence en Algérie et développer ses partenariats avec Sonatrach. Il a souligné que son groupe était prêt à mettre à disposition les technologies les plus avancées du secteur, notamment dans les domaines de la valorisation du gaz, de l’optimisation de l’exploitation des ressources et de la réduction des émissions.
Le responsable indien a en outre salué la place de premier plan qu’occupe l’Algérie sur le marché mondial de l’énergie, ainsi que l’expertise avérée dont dispose le groupe Sonatrach dans les différents segments de l’industrie pétrolière et gazière.
L’ouverture des discussions sur des investissements conjoints « à l’extérieur de l’Algérie, notamment en Afrique » marque une évolution majeure dans la doctrine extérieure de Sonatrach. Forte de son expertise de long terme dans les bassins sahariens, la compagnie nationale algérienne s’associe à la force de frappe technologique et financière de SEEPCO pour se projeter en tant qu’acteur énergétique continental. Ce codéveloppement en Afrique subsaharienne renforce le leadership géopolitique et économique d’Alger sur le continent.