Algérie-Tchad : L’heure du grand bond économique
Passage à la vitesse supérieure entre Alger et N’Djamena. En clôturant, ce mardi, la 4e session de la Commission mixte, les deux pays ont scellé une alliance pragmatique. Entre accélération de l’intégration économique et riposte sécuritaire coordonnée au Sahel, ce partenariat renouvelé s’affirme comme un levier de stabilité régionale, porté par des projets concrets et une vision souveraine de l’avenir africain
Réunis à Alger, à l’occasion de la 4e session de leur commission mixte, l’Algérie et le Tchad ont affiché une volonté commune de donner un nouveau souffle à leur coopération bilatérale, en posant les jalons d’un partenariat structuré, tourné vers l’intégration économique, la connectivité régionale et la réponse aux défis sécuritaires du Sahel.
Les travaux de la 4e session de la Commission gouvernementale mixte algéro-tchadienne se sont ouverts, hier à Alger, sous la coprésidence du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, et du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger de la République du Tchad, Abdallah Saber Fadl.
Cette rencontre intervient dans un contexte de relance du partenariat bilatéral, porté par une volonté politique commune de renforcer la coopération dans un environnement sahélo-saharien marqué par de fortes tensions sécuritaires et des enjeux économiques majeurs.
Dans son discours d’ouverture, le ministre d’Etat, Ahmed Attaf, a replacé la relation algéro-tchadienne dans sa profondeur historique et politique. « Les relations algéro-tchadiennes tirent leurs racines du combat commun de nos deux peuples contre la même puissance coloniale », a-t-il rappelé, soulignant un héritage partagé fait de solidarité et de sacrifices et consolidées par une convergence de vues sur les grands enjeux africains. Toutefois, le chef de la diplomatie a tenu à souligner l’importance de traduire cette proximité politique en réalisations économiques concrètes.
Attaf a affirmé que cette dynamique est aujourd’hui portée au plus haut niveau de l’Etat par les orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et de son homologue tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, expliquant que cette nouvelle phase ambitionne de structurer un partenariat fondé sur trois priorités, en l’occurrence « renforcer la concertation politique, exploiter pleinement le potentiel économique commun et coordonner les réponses face aux défis sécuritaires dans l’espace sahélo-saharien ».
Dans cette perspective, le ministre a mis en avant des leviers concrets, notamment l’intensification des échanges commerciaux, l’encouragement des investissements et le développement des infrastructures de connectivité, à l’image de la liaison aérienne Alger–N’Djamena. Il a souligné que « notre ambition est d’élever les relations économiques au niveau d’excellence déjà atteint dans le domaine politique ».
L’Algérie mise sur les grands chantiers
Il a également évoqué les perspectives offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ainsi que les projets structurants en cours, notamment la route transsaharienne et la dorsale de fibre optique, appelées à devenir de véritables corridors d’intégration régionale.
En outre, le chef de la diplomatie a fait valoir la diversité des domaines de coopération appelés à se renforcer, indiquant que « les perspectives sont désormais claires dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les mines, l’agriculture, l’industrie et les infrastructures ». Il a également assuré de l’importance de la dimension humaine du partenariat, soutenant que « nous devons continuer à renforcer notre coopération dans la santé, l’enseignement supérieur, la formation et les affaires religieuses ». Dans ce cadre, il a rappelé que l’Algérie a accueilli depuis l’indépendance près de 9 000 étudiants tchadiens, confirmant ainsi son rôle de pôle de formation africain.
Prenant la parole à son tour, le ministre tchadien a adopté un ton résolument direct, rompant avec les discours convenus. Pour Abdallah Saber Fadl, la relance de la Commission mixte constitue « un acte politique » traduisant une volonté claire de rompre avec les inerties passées. Il a également souligné que cette session intervient dans un moment charnière pour l’Afrique, confrontée à des déséquilibres internationaux persistants et à une instabilité croissante dans l’espace sahélo-saharien.
Le ministre tchadien a surtout tenu à poser un diagnostic sans détour sur les limites des coopérations africaines traditionnelles. « L’Afrique a trop souvent été un espace de promesses non tenues, de mécanismes formels sans impact réel et de coopérations déclaratives sans effets concrets », a-t-il déploré.
Il a ainsi appelé à une transformation profonde de la coopération bilatérale, soutenant que « ce qui compte désormais, ce ne sont pas les intentions, ce sont les résultats », soulignant l’importance d’adopter une approche axée sur la création de valeur, l’intégration des chaînes économiques et la réalisation effective des projets structurants. Sur le plan géopolitique, il a également replacé cette coopération dans un contexte plus large, marqué par la montée des menaces sécuritaires et la recomposition des rapports de force internationaux.
Dans ce cadre, il a plaidé pour un espace saharo-sahélien connecté, stable et économiquement intégré, où les infrastructures constituent un levier stratégique essentiel.
Des résultats institutionnels et opérationnels concrets
Au terme des travaux, les deux parties ont acté une série de résultats concrets, traduisant un changement d’échelle dans la coopération bilatérale.
Sur le plan institutionnel, il a été convenu de réactiver durablement la Commission mixte et de mettre en place un mécanisme de consultations politiques régulières, en phase avec les exigences d’un environnement régional instable.
Sur le plan juridique, pas moins de 27 accords ont été finalisés, venant enrichir un corpus déjà dense d’instruments bilatéraux. Cette densification du cadre légal témoigne de la volonté d’encadrer, de manière plus efficace, les différents volets de la coopération.
Mais c’est surtout au niveau opérationnel que les avancées apparaissent les plus structurantes. Trois axes prioritaires ont été définis : le développement des secteurs stratégiques, tels que les hydrocarbures, les énergies renouvelables et les mines, le renforcement de la connectivité à travers les grands projets d’infrastructures, dont la route transsaharienne et les réseaux de fibre optique, et enfin la consolidation du capital humain via la coopération dans l’enseignement supérieur, la formation et la santé.
Dans cette perspective, l’Algérie a réitéré son engagement à accompagner le Tchad à travers le partage d’expertise et la formation, notamment en accueillant des milliers d’étudiants tchadiens dans ses universités, consolidant ainsi un levier stratégique d’influence et de coopération.
Au-delà du cadre bilatéral, Alger et N’Djamena partagent une vision commune de leur environnement régional. Les deux pays entendent contribuer activement à la stabilité du Sahel, à la lutte contre le terrorisme et à la promotion de solutions africaines aux crises africaines. Ils ont également réaffirmé leur attachement au multilatéralisme et au rôle central du droit international dans la régulation des relations internationales.
En clôturant les travaux, Ahmed Attaf a salué « des résultats concrets et encourageants », estimant que cette session ouvre « une nouvelle étape dans les relations entre l’Algérie et le Tchad ». Une étape qui consacre le passage d’une relation historique de solidarité à un partenariat stratégique structuré, orienté vers l’intégration économique, la connectivité régionale et la stabilité du Continent africain.