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Nationale

Panique autour d’une audience

Panique autour d’une audience

Il y a eu vraiment un malaise dans le sérail après la lettre de 19 personnalités. Et on vit l’atmosphère d’un après-cyclone politique qui n’augure rien de bon. Car, les auteurs de cette initiative ont levé la barre très haut, ont mis des accusations à peine voilées et formulé des doutes sur la gestion du pays et des affaires de l’Etat.

Zohra Bitat-Drif, moudjahida, sénatrice du tiers présidentiel et vice-président du Sénat, ne cache plus ses inquiétudes en mettant en exergue des menaces sur la souveraineté du pays, voire « l’abandon caractérisé de l’indépendance ».

Le plus grave dans cette démarche est de voir dans la liste des signataires des personnalités connues pour leurs accointances avec la mouvance présidentielle, leur soutien indéfectible au régime depuis au moins trois mandats, sinon plus, et surtout une proximité qui dépasse le cadre politique et idéologique.

Autant dire que certains signataires évoquaient, timidement certes, l’amitié ancienne avec le président Bouteflika. En tous cas, il est clair que cette démarche, en plus de vouloir conforter indirectement les options et les convictions de l’opposition, a mis mal à l’aise les cercles du pouvoir et ses soutiens traditionnels.

Cela était devenu évident quand les partisans de Bouteflika ont vivement réagi, soit par des déclarations intempestives, soit par des communiqués, comme s’il s’agissait, à travers cette lettre ou demande d’audience, d’un délit grave ou d’une menace de troubles.

Et les contre-attaques ont fusé de partout, ciblant surtout deux personnages parmi les 19, la patronne du PT, Louisa Hanoune et l’ex-ministre de la Culture, Khalida Toumi. Mais, ce qui semble interpeller les milieux médiatiques et notamment les observateurs étrangers, c’est cette réaction en chaîne, alors qu’une telle demande pourrait facilement être satisfaite sans tintamarre et à moindre coût. Des réactions qu’on qualifie de démesurées et qui sonnent faux.

Pour beaucoup, il est clair que cette demande ne sera pas satisfaite à court terme, d’autant que le contenu de la démarche des 19 comporte des accusations sur un changement fondamental dans les choix économiques du pays et contenu dans l’avant-projet de la loi de Finances 2016, notamment des dispositifs concernant l’investissement étranger et les règles de l’IDE dans le pays, ainsi que la circulation des capitaux et « la délocalisation à la Renault », ou l’abandon du droit de préemption de l’Etat sur des entreprises économiques étrangères.

Ce sont ces nouvelles options plutôt économiques et qui tranchent, sans doute, avec les jugements et les visions du chef de l’Etat, qui posent problème chez ces personnalités rebelles. Pour beaucoup, cela ne correspond pas aux convictions du chef de l’Etat, comme il l’a montré déjà avec la loi sur les hydrocarbures, dont des dispositifs plus libéraux ont été amendés rapidement dès que Bouteflika eu la preuve que cette loi est permissive, voire ultra-libérale dans l’exploitation et l’exploration de nos gisements de pétrole et de gaz.

C’était il y a dix ans. Qu’en est-il maintenant ? A-t-on voulu y poser les mêmes questions ? D’ailleurs, le Premier ministre Sellal, lors de sa visite hier dans la wilaya de Blida, est allé encore dans le sens de ses alliés Saâdani et Ouyahia.

Il déclara que c’est « en application des orientations (du Président) que nous avons, par exemple, maintenu le droit de préemption de l’État sans lequel nous n’aurions pas pu récupérer plusieurs entreprises » ajoutant que « les lois débattues actuellement consacrent ce droit et le garantissent » en allusion aux projets de loi de finances et sur le code de l’investissement que compte présenter le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb.

Pour Abdelmalek Sellal, Bouteflika est la « seule garantie constitutionnelle pour la continuité de l’État et sa stabilité », phrase qui rejoint celle du chef du RND ou du patron du FLN, qui n’avaient pas hésité à croire que cette démarche est une atteinte à une symbolique de l’Etat républicain, à une institution pérenne et supra-partisane.
Mais, parallèlement à ces gesticulations et ces batailles orales, la question des 19 restera encore pendante.

Car, aux yeux des analystes, la seule satisfaction possible à ces « exigences morales » de citoyens algériens, est d’une simplicité déconcertante, celle d’inviter les opposants, les demi-opposants, les récalcitrants et les moins partisans dans une « zerda » politique en présence de Bouteflika himself. Cela est-il possible ? Et pourquoi pas, quand on veut lancer un vaste chantier politique comme la révision de la Constitution, dont on dit qu’elle est imminente ? 

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