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Nationale

Ouyahia offre le Sénat à Saâdani

Ouyahia offre le Sénat à Saâdani

Beaucoup d’observateurs craignait le pire autour de cette guéguerre qui a complètement paralysé le fonctionnement du Conseil de la nation. Une bataille qui a commencé dès l’annonce officielle des résultats des élections sénatoriales fin décembre dernier.

Les deux partis, le FLN et le RND, clamaient la victoire, le premier revendique 45 sièges, voire 46, alors que le second estime qu’il a obtenu 43 sièges contre 40 pour le FLN, puisque quatre candidats du vieux parti se sont présentés sous la casquette d’indépendants, après avoir été écartés par la direction politique et les primaires qui ont eu lieu en novembre 2015.

La guerre des mots et des déclarations a pris une autre tournure quand le Conseil constitutionnel annonça officiellement que c’est le RND qui a obtenu la majorité relative avec 43 sièges contre 40 pour le FLN, estimant que sur le plan légal et éthique, les quatre ou cinq sénateurs fraîchement élus, même s’ils sont des cadres du FLN ou militants de souche, ont brigué ce mandat sous l’étiquette d’indépendants.

C’est ce détail qui va permettre au RND de s’accrocher à sa revendication initiale de prendre deux postes de vice-président contre un pour le FLN et deux pour le tiers présidentiel, selon les dispositifs du règlement intérieur du Conseil de la nation et son fonctionnement. En plus de cette revendication, le RND voulait prendre également la présidence de plusieurs commissions.

Alors qu’on s’attendait à un accord et une acceptation des résultats, Saâdani se rebiffe et ordonne à ses représentants de refuser cet ordre établi. Des déclarations furent lancées, parfois avec mots durs. Depuis, le FLN ne cesse de dire qu’il est le parti majoritaire dans toutes les institutions, estimant que les quatre sénateurs indépendants des wilayas de l’est du pays ont rapidement rejoint leur parti.

Mieux, le surprenant vainqueur du siège de la wilaya de Mostaganem, apparenté au parti El Fadjr de Benbaibèche, décide lui aussi de tourner casaque pour rallier son vieux parti.

C’est ce nouveau nombre qui fait bomber le FLN. Il exige ainsi, lors de la constitution du bureau du Sénat et des commissions, la part belle. Une bataille qui paralysa la deuxième chambre parlementaire, alors qu’elle s’apprêtait avec l’APN à voter le projet de la révision constitutionnelle dans deux semaines au plus tard.

Même Bensalah n’y pouvait rien, en dépit des tractations et des négociations secrètes pour trouver un terrain d’entente et calmer les esprits.

Le RND brandit la loi, alors que le FLN évoque la réalité. Récemment, un haut responsable du RND a estimé que le FLN est favorable au « nomadisme politique », puisqu’il revendique l’appartenance de 4 ou 5 sénateurs, alors que la Constitution qu’il s’apprête à voter interdit tout nomadisme ou retournement de veste politique, notamment lors des mandats.

La plupart des partis politiques avaient salué cette innovation dans le projet de révision, estimant que ce nomadisme a beaucoup nui à la pratique politique dans notre pays, et créé un malaise éthique et moral à l’endroit des électeurs qui lui donné leur confiance à un élu en lui confiant un mandat. Certains avaient parlé de trahison et appelé l’Etat à sanctionner ces « nomades » en imposant la déchéance du mandat, comme le réclamait le PT de Hanoune.

Dans cette bataille, Saâdani s’est montré ferme et a instruit ses partisans de ne pas céder d’un pouce sur cette question, annonçant dans une récente rencontre que le FLN est le parti majoritaire au sein du Sénat, quoi qu’on dise ailleurs.

Profitant de ces enchères politiques avec la proximité du vote par voie parlementaire du projet de la révision constitutionnelle et l’imminence de la convocation des deux chambres par le président de la République, Saâdani continue à exiger deux postes de vice-président et la responsabilité de trois commissions (des affaires juridiques, l’agriculture et l’éducation).

Finalement, il aura fallu attendre un geste de la part d’Ouyahia qui a décidé de faire une concession de taille, Désormais, le RND détient un seul siège de vice-président et seulement deux commissions (le culture et le développement local).

Le conflit a été dénoué sur intervention du patron du RND, qui a demandé au président du Sénat, Bensalah, de mettre fin au blocage de son institution, en composant le nouveau bureau dans les plus brefs délais. Des informations font état d’une réunion samedi ou dimanche prochain des trois groupes parlementaires pour la constitution du bureau du Sénat et l’installation des commissions.

En tous les cas, l’épisode de cette bataille de coulisses entre les deux grands partis de la mouvance présidentielle augure à l’avenir d’une autre bataille électorale et politique. Avec la « guerre froide » qui s’est installée durablement, on peut penser que le fragile partenariat « stratégique » entre les deux partis risque d’éclater à tout moment et d’exploser bien avant les législatives de 2017. 

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