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Nationale

Ouyahia compte l’introduire : l’impôt sur la fortune

Ouyahia compte l’introduire :  l’impôt sur la fortune

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia compte instituer un impôt sur les grosses fortunes. Si cette décision venait à être instaurée, ce serait une première dans l’histoire de l’Algérie post-indépendante.

Le gouvernement Ouyahia va instaurer une taxe sur la fortune, une revendication vieille de plusieurs années mais qui n’a jamais été mise en œuvre. Cette fois, l’Etat met les pieds dans le plat et compte « soutirer » de l’argent à ceux qui ont emprunté durant de longues années auprès des banques publiques.

Le Premier ministre, qui l’a révélé hier lors de sa réponse aux sénateurs, ne l’a pourtant pas annoncé aux députés. Pourquoi a-t-il réservé la primeur aux membres du Conseil de la nation ? Est-ce un oubli ou a-t-il agi sous la pression populaire ?

Sans doute a-t-il eu, entre-temps, le loisir de prendre la pleine mesure de la crise économique et des défis qui l’attendent. Toujours est-il que selon Ahmed Ouyahia, le gouvernement compte, dans le projet de loi de finances 2018, instaurer une taxe sur la fortune.

Cette taxe ne sera pas applicable pour 90% des Algériens, a encore ajouté Ouyahia. Si pour le Premier ministre, la préoccupation principale de l’Exécutif est de trouver des solutions permettant de préserver les équilibres financiers majeurs pour éviter le recours à l’endettement extérieur, cette mesure est déjà salutaire en soi. Il faut attendre l’élaboration du projet de loi de finances 2018 pour voir de quoi est réellement capable l’Exécutif.

Mais pas seulement. On le verra Ouyahia concrètement à l’œuvre, lui qui sera obligé d’aller dénicher de l’argent pour relancer une économie qui bat de l’aile, mais juste pour qu’elle continue à fonctionner comme elle est. Ahmed Ouyahia parle de l’impôt sur la fortune pour renflouer les caisses de l’Etat. Et pourquoi pas aussi d’une nouvelle imposition qui frappera les entreprises.

Pourquoi l’Exécutif ne s’attaquerait-il pas en urgence à l’informel qui gangrène l’économie ? Pourtant, le coup en vaudrait bien la chandelle : le poids de l’informel est en moyenne de 45% du produit intérieur brut (PIB), de 37 milliards de dollars selon des estimations données par l’ex-Premier ministre Sellal en 2014, et de 55 milliards de dollars en 2012 d’après une étude du think tank IFRI.

Ne parlons pas de l’évasion fiscale qui, selon des statistiques données il y a trois ans par la commission des droits de l’homme, avoisinerait les 50 milliards de dollars. L’équipe Sellal avait tenté de capter l’argent de l’informel, sans réaliser de grands résultats.

Celle de son successeur ne compte pas elle non plus franchir la ligne rouge, pourtant ce sont autant de niches et de solutions qui auraient pu être explorées. Les mauvaises langues seraient tentées de dire que l’Etat cherche à acheter une bonne conscience auprès des citoyens.

Le patronat, qui a applaudi des deux mains la nomination de Ahmed Ouyahia, jouera-t-il le jeu ou cherchera-t-il à jouer la montre » pour échapper une fois de plus à cette taxe. Car la taxation de la fortune n’était pas à l’ordre du jour en Algérie jusqu’à aujourd’hui. Le ministre des Finances actuel, Abderrahmane Raouya, fut même contre cette mesure à l’époque où il était à la tête de l’administration des impôts.

« Tous les pays qui disposent d’impôt sur la fortune n’attendent pas un rendement important. C’est beaucoup plus pour établir des statistiques qu’autre chose », disait-il à l’époque. « Nous l’avons en Algérie, il s’agit de la caution du patrimoine », a-t-il ajouté.

« En revanche, ce qui est intéressant au niveau de cet impôt, c’est de connaître la fortune de certains et de les identifier », répétait-il. Depuis ces dix dernières années, il s’est développé en Algérie des fortunes colossales.

Ces fortunes sont surtout remarquées dans les secteurs de l’importation, des travaux publics, du bâtiment et de l’agroalimentaire. Mais à l’inverse, cette décision ne manquera pas de provoquer une levée de boucliers de la part des plus grosses fortunes d’Algérie. Selon une récente étude, l’Algérie compterait 4500 millionnaires en euros.

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