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Culture

One-man-show de Bouchta Saïdoun: « Je voulais devenir un homme »

One-man-show de Bouchta Saïdoun: « Je voulais devenir un homme »

La vie du marseillais Bouchta Saïdoun est multiple. Commis de cuisine, enquêteur et directeur de casting,… Le comédien franco-algérien adapte son livre “Je voulais devenir un homme” en one-man show. Joué à la Divine Comédie, à Paris (France) “Sois un homme mon fils”, mis en scène par un homme de théâtre marseillais, Richard Martin, a ému avec humour, tendresse et poésie, déclarent des spectateurs à la sortie de la représentation.

Noir complet. Dès les premières secondes de la pièce “Soit un homme mon fils”, un univers particulier se dégage. Bouchta y grime sa mère, une daronne marseillaise qui dirige son petit monde. Fils d’immigrés algériens, Bouchta et ses 12 frères et sœurs connaissent les premiers HLM de la banlieue nord de la cité phocéenne. “On était dans des constructions pour le retour aux colonies, indique le comédien. On vivait dans un camp et on se posait la question de savoir quand on allait partir. Tout petit, j’ai pris conscience qu’on était à part dans la société. On n’était pas des français ! ”

Une ambiance de débrouille avec la CAF notamment, des liens familiaux forts et surtout la mosaïque d’une France diversifiée (noirs, arabes, berbères, gitans, espagnols, italiens, etc..). Une époque pas si lointaine où la circoncision était pratiquée par un rabbin et où son ami Luis se retrouve, malgré lui, sans prépuce. “On vivait les uns avec les autres. J’ai des frères de lait marocains, espagnols,… C’est à l’image de Marseille et de la Méditerranée. Chacun apporte sa tradition, sa recette, etc… Mon père travaillait sur des chantiers et rentrait KO à la maison. De plus, on se moquait d’eux quand on allait à l’école car ils ne savaient pas lire et écrire.”

Aux mains de l’Education Nationale, Bouchta sent déjà que sa famille ne ressemble pas au modèle français. “Les écoles étaient près des HLM, des lieux où on atterrissait des bidonvilles. Pour les professeurs, on était cramés. J’étais devancé par 10 frères et sœurs. Quand je suis arrivé dans la cour, on me disait “Les Saïdoun, ils en ont fait combien encore cette année ?” (rires)”

Après une impossibilité d’évoluer dans la mode, Bouchta se retrouve dans les voies de garage techniques où il ne peut développer son côté artistique. “Ces formations se déforment. Tu fais ça pour ne pas crever de faim et avoir un salaire.”

Différent en France, Bouchta l’est aussi en Algérie. Un des voyages se révèle être celui du mariage forcé avec une fille qu’il ne connaît pas. “On allait à la maison pour les vacances tous les étés. Ma mère faisait la queue pour des sacs de ciment. Elle a essayé de marier mes sœurs mais sans y arriver. Du coup, on m’a marié mais j’étais déjà “divorcé au premier regard” (rires)”

Au cœur de cette souffrance abordée avec humour, Bouchta évoque la volonté de correspondre à un modèle en place. “On a dû se construire une identité. En France, on était ceux qui devaient partir et revenir au pays. En Algérie, on n’aimait pas la fragilité, la féminité. On était dans une image de virilité qui ne correspond pas à la réalité. Il fallait que la femme soit soumise et que l’homme entre dans ce canevas.”

Que ce soit en Algérie ou en France, Bouchta revient sur la difficulté de nos sociétés à exprimer ou à montrer les sentiments. “L’amour, ce sont des gestes, des regards, des parfums. Or, nous sommes dans une société où cela doit être caché. A défaut d’avoir de l’amour, il reste l’humour. Pour ne pas pleurer, on en rigole avec l’humour méditerranéen.”

Avec sa gouaille, Bouchta Saïdoun va enchaîner les jobs. Enquêteur pour les documentaires de Yamina Benguigui, il devient aussi fixer, directeur de casting, acteur de figuration, petits rôles,… Une voie qui va le mener au théâtre pour raconter son histoire d’amour universel avec la pièce “Sois un homme mon fils”.

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