Octobre 1973 – octobre 2023 : Face à la normalisation, seule la résistance comme option
Que reste-t-il de la guerre d’Octobre 1973 ? Cinquante ans après, la question palestinienne est plus que jamais à la croisée des chemins. Face à la politique de terrorisme d’Etat israélien, le dossier de la Palestine semble hypothéqué à une éventuelle normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite.
Octobre 1973 était le prélude à Camp David et au traité de paix égypto-israélien, mais dans le feu de l’action, les peuples arabes ont cru que la « victoire » d’octobre allait laver le sentiment d’opprobre né de la défaite de juin 1967, la « Naksa ». Plus qu’un leurre, la guerre d’octobre avait ouvert la voie de la normalisation inaugurée par Sadate dès 1977, mais aussi et surtout elle plantait les grains de générations entières de résistants qui refusent la pax hebraïca.
Cette année-là, le mois d’octobre coïncidait avec le mois du ramadhan, d’où le nom arabe de la guerre de ramadhan ! Les préparatifs entrepris par les armées arabes depuis plusieurs années allaient être confrontés à la réalité du terrain et surtout des défenses israéliennes.
La ligne Bar Lev du côté Est du Canal de Suez était réputée infranchissable. Les Israéliens qui s’apprêtaient à fêter Yom Kippour n’avaient pris au sérieux aucune des alertes qui leur sont parvenus via différents canaux, notamment par le biais d’un responsable arabe de la région.
Le 6 octobre 1973, à 14h heure locale, l’armée égyptienne lance une offensive sur le Canal de Suez, au même moment, l’armée syrienne se lance contre le plateau du Golan occupé. L’état-major israélien est pris au dépourvu, le Premier ministre Golda Meïr et le ministre de la Défense Moshe Dayan n’avaient pas cru, jusque dans la matinée du 6 que quelque chose allait arriver.
Dans la soirée, 60.000 hommes et cinq divisions motorisées égyptiennes sont passé de l’autre côté du Canal sous la conduite du chef d’état-major égyptien Saad Eddine Shazli. Côté syrien, l’offensive est également victorieuse. Les prochains jours seront plus problématiques pour les armées arabes, les israéliens, grâce au pont aérien américain allaient reprendre l’initiative.
La tendance victorieuse des armées arabes durant les premiers jours se transforme en déroute. Mais l’effet psychologique est atteint : les Arabes ont lavé l’affront de 1967. La guerre d’octobre-ramadhan 1973 est une victoire pour les peuples arabes.
La spécificité de cette guerre est d’avoir mobiliser les ressources et les capacités d’autres pays arabes. Les deux belligérants arabes se sont vu épauler essentiellement par l’armée algérienne sur le front égyptien, et l’armée irakienne sur le front syrien.
L’Algérie aux premières loges
Le contingent algérien s’élevait à 2.100 soldats dont 192 officiers, un escadron de bombardiers tactiques Su-7 et un escadron de chasse MiG-21 arrivent aux environs du Canal entre le 9 et le 11 octobre. Une brigade blindée de 150 chars arrive plus tard, ses éléments avancés le 17 octobre, le gros de la brigade le 24 octobre.
L’Etat algérien avait mobilisé tous les moyens pour projeter cette force au Moyen-Orient : les compagnies nationales SNTF, SNTR, CNAN, les camions citernes de la Sonatrach ont été mise à contribution. La marine nationale elle-aussi était mobilisée : le chasseur anti-sous-marin P.651 sous le commandement de Noureddine Bentorki surveillait le Golfe de Syrte en Libye pour prévenir toute incursion maritime israélienne en Méditerranée occidentale.
Mais c’est l’arme du pétrole qui sera la bote secrète des pays arabes. L’OPAEP, l’organisation des pays arabes exportateurs de pétrole décide le 17 octobre 1973 sous la houlette de l’Algérie, de l’Arabie Saoudite, de la Libye et de l’Irak entre autres, de réduire de 5% par mois son débit de pétrole, tant que les États-Unis ne changeront pas leur politique au Moyen-Orient. La veille, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) annonçait une hausse de 17% du prix du brut et une augmentation de 70% des taxes aux compagnies pétrolières.
C’est le premier choc pétrolier. D’octobre 1973 à mars 1974, le prix du baril a quadruplé, passant de 2,59 à 11,65 dollars. Le monde découvre une autre conséquence de ce qui allait être appelé également la 4ème guerre arabo-israélienne : les Arabes peuvent actionner une arme qui fait très mal aux économies occidentales, l’embargo sur les livraisons de pétrole.
Sadate ouvre la voie à la normalisation
Aujourd’hui, 50 ans après cette guerre, quel bilan peut-on faire ? L’Egypte, principal front dans la confrontation avec Israël est sortie de l’équation dès 1975-1976 avec l’acceptation par Sadate de la stratégie du pas à pas de Kissinger et l’amorce de négociations secrètes avec Israël, notamment par le biais du Maroc de Hassan II. La visite du président égyptien à Al-Qods occupée en 1977 sonnera le glas d’une stratégie arabe commune contre Israël. Camp David en 1978 puis l’accord de paix égypto-israélien un an plus tard allait neutraliser la principale puissance arabe dans le voisinage d’Israël.
Un front du refus est constitué en 1978 par l’Algérie, la Libye, l’OLP, la Syrie, l’Irak et le Sud-Yémen pour condamner l’Egypte et toute tentative de normalisation avec « l’ennemi ». La guerre civile libanaise (1975-1991) et la sortie de l’OLP de ses bases au Liban allaient rétrécir la ligne du front. L’intifada palestinienne (1988) ne pourra pas inverser la tendance. L’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 puis l’écrasement de ce dernier par une coalition internationale en 1991 ont donné la main aux Américains pour dicter leur feuille de route
Madrid en 1991 et surtout Oslo en 1993 consacrent l’option de normalisation chez « certains » Arabes, l’OLP en premier lieu. La Jordanie suivra en 1994. Israël ouvre des bureaux de liaison au Maroc, en Tunisie et au Qatar en 1995. La Mauritanie normalisera entre 1999 et 2009. Les Accords d’Abraham sponsorisés par Donald Trump en 2021 aboutiront à la reconnaissance d’Israël par les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan.
L’Arabie Saoudite serait le prochain Etat arabe à normaliser selon les propos de son prince héritier Mohamed Ben Salman. Et les pressions se multiplient pour amener la Tunisie, la Libye, la Mauritanie et l’Irak à emboiter le pas aux « normalisateurs ».
C’est clair, la frénésie de la normalisation inaugurée par l’Egypte de Sadate a ouvert la voie à la banalisation du terrorisme d’Etat pratiqué par Israël à l’encontre des Palestiniens, elle a néanmoins consolidé et plus que jamais l’option de la lutte et du refus du fait accompli américano-israélien.
Les Palestiniens (Hamas, Djihad, FPLP, FDLP), les Algériens, les Syriens et les Libanais (Hezbollah) ont chèrement payés le refus de toute compromission. La plus grande leçon de la guerre d’octobre 1973 en son cinquantième anniversaire c’est que plus que jamais, seule la résistance demeure la vraie solution à l’injustice historique de 1917.