Numérisation et IA à l’université : comment l’Algérie inspire l’Afrique au sommet de Dakar
Alors que la prestigieuse université sénégalaise célébrait six décennies dédiées au savoir, les mutations de l’intelligence documentaire ont réuni experts et universitaires. Entre le déploiement de l’école de Sidi Abdallah et la numérisation massive portée par l’OPU, la vision stratégique algérienne s’est affirmée à Dakar comme un levier majeur de coopération Sud-Sud.
Placé sous le signe de l’innovation, ce 60e anniversaire de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar a été marqué par un colloque international d’envergure. Chercheurs et experts de l’information s’y sont réunis pour explorer l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les bibliothèques.
L’IA est désormais au centre des enjeux du futur. Entre l’évolution des attentes des usagers et la transformation des métiers, la problématique que rencontre la bibliothèque de demain est intimement liée à l’avenir qui se dessine pour la documentation universitaire à l’ère du numérique.
Un pilier du rayonnement académique africain
La célébration du soixantième anniversaire de la Bibliothèque universitaire (BU) de l’UCAD représente, pour la communauté académique sénégalaise, une étape clé pour penser le rôle stratégique de l’institution dans la circulation des savoirs. Depuis soixante ans, cet établissement ne se contente pas d’être un lieu d’étude : il s’impose comme un moteur d’excellence et d’innovation qui guide les chercheurs et forge l’avenir de l’institution.
À cette occasion, le ministre sénégalais de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, a rendu un vibrant hommage à la BU. S’exprimant comme un pur produit de l’UCAD, il a salué en elle « un pilier fondamental de la rigueur académique et du savoir ».
Les acteurs académiques soutiennent avec vigueur la nécessité d’un financement durable pour les structures documentaires, garant de l’indépendance intellectuelle du Sénégal. Dans cette optique, le recteur de l’UCAD, le Pr Alioune Badara Kandji, a souligné que « la Bibliothèque universitaire constitue un pilier fondamental, assurant le rayonnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, du Sénégal et de toute l’Afrique ».
La célébration a également été marquée par un cours inaugural magistral animé par la professeure Ramatoulaye Diagne Mengue, portant sur « l’IA et la Société ».

Dans son exposé, elle a analysé l’impact de l’intelligence artificielle sur tous les domaines, et en particulier sur les relations humaines. L’événement a été rythmé par plusieurs interventions sur des thématiques telles que l’humanité numérique, la littératie algorithmique, les livres physiques face aux livres algorithmiques, ou encore les livres électroniques à l’ère de l’IA, mais aussi par des conférences dédiées aux écrits de Cheikh Ahmadou Bamba.
De la bibliothèque traditionnelle à l’intelligence documentaire
Présente lors de ce colloque international, l’Algérie était représentée par Mme Rima Rouibi, maître de conférences à l’École nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI) d’Alger. Il s’agissait non seulement de s’associer à cet anniversaire, mais aussi de présenter l’expérience algérienne dans la numérisation et l’introduction de l’IA dans les processus des BU nationales. En un mot : exposer ce modèle comme un exemple à suivre pour le continent.
La conférence du Dr Rima Rouibi a mis en exergue la philosophie de l’Algérie en matière de démocratisation du savoir, autrement dit, « le savoir pour tous » via une numérisation globale touchant tous les établissements universitaires du pays. Plusieurs exemples de bibliothèques universitaires ont été présentés, à l’instar de celle de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.

Mme Rouibi a également mis en relief les efforts du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) qui, via le Cerist, offre une panoplie de bases de données référentielles pour tous les chercheurs (enseignants et étudiants), ainsi que le logiciel Syngeb. De plus, le MESRS assure une formation cyclique (tous les six mois) aux bibliothécaires et aux techniciens sur le modèle de la bibliothèque numérique. L’objectif est de mettre au diapason les 1 000 bibliothèques universitaires réparties sur les 117 universités que compte le territoire national.
Dans son exposé, elle a rappelé le rôle de l’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle (ENSIA) de Sidi Abdallah pour accompagner les transformations au sein de l’espace universitaire, à travers notamment le modèle qu’elle a développé pour alimenter tout le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
Lors des débats, les académiciens et universitaires sénégalais ont tenu à saluer la plateforme numérique des revues algériennes ASJP, qui leur permet d’accéder au fonds documentaire et scientifique produit par l’élite universitaire algérienne.
Les efforts de l’OPU au cœur des ambitions africaines
Une véritable référence en matière de publication universitaire s’est imposée lors des échanges : l’Office des publications universitaires d’Alger (OPU). Au cœur des mutations numériques de l’Algérie d’aujourd’hui, l’OPU a le potentiel de devenir le socle des transformations africaines dans le domaine de l’édition académique.
Lors du colloque, l’Office a été cité en exemple de réussite pour la numérisation de plus de 120 000 documents. À ce propos, la bibliothèque digitale Iqraa a été évoquée comme une référence du progrès numérique universitaire. Le Dr Rouibi a présenté ces efforts comme un modèle hybride encourageant la recherche scientifique dans tous les domaines.
La participation de l’Algérie à cet événement à l’UCAD s’avère une opportunité précieuse pour renforcer la coopération stratégique entre Alger et Dakar dans le domaine de la recherche et de l’édition du livre universitaire. C’est aussi une affirmation claire de la dynamique scientifique des chercheurs algériens et du rôle de premier plan que l’Algérie entend jouer dans le partage et le rayonnement de la recherche à l’échelle continentale.