Numérisation en Algérie : Le grand défi de l’interconnexion intersectorielle
Après le lancement de la plateforme « Dzair Digital Services », le président Abdelmadjid Tebboune accentue la pression en fixant un ultimatum d’un mois pour interconnecter les administrations. Entre chantiers techniques, refonte réglementaire et émergence de l’e-citoyenneté, décryptage d’une transition d’envergure avec l’expert Karim Brouri.
L’interconnexion intersectorielle constitue la prochaine frontière de la transformation numérique engagée par les pouvoirs publics. Après l’inauguration du Portail national des services numériques, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fixé un délai strict d’un mois pour accélérer ce processus et fluidifier l’exploitation de la plateforme. Le chef de l’État a également insisté sur la nécessité d’intensifier les efforts, fort du succès et de l’engouement suscités par la mise en service du Centre national des données.
Contacté par Le Jeune Indépendant, Karim Brouri, expert en écosystèmes innovants et technologiques et membre du Comité national chargé des start-ups, estime que cette directive présidentielle s’inscrit dans la continuité d’un vaste chantier de modernisation. Pour lui, la portée de cette décision dépasse de loin la simple mise en ligne d’une plateforme. La transformation numérique de la gouvernance repose avant tout sur une stratégie globale visant à assurer une interconnexion fluide entre les ministères, les administrations et les organismes publics, au bénéfice direct des citoyens et des opérateurs économiques.
Un projet multidimensionnel en pleine maturation
Un tel projet mobilise simultanément des dimensions technologiques, organisationnelles et humaines. Sa mise en œuvre exige structurellement du temps pour former les compétences nécessaires, faire évoluer les méthodes de travail et accompagner la conduite du changement au sein des administrations.
À cet égard, les progrès enregistrés ces dernières années découlent d’un engagement constant de l’État, matérialisé par la création du Haut-Commissariat à la numérisation et par des investissements massifs dans les infrastructures de base. L’inauguration de la plateforme nationale « Dzair Digital Services » — qui centralise les applications gouvernementales — s’insère ainsi dans une dynamique plus large, portée par le déploiement de l’intelligence artificielle, du Cloud, de la cybersécurité et du réseau national de fibre optique. Ces différents chantiers progressent en parallèle et nécessitent un temps de maturation technique avant de porter pleinement leurs fruits. L’instruction présidentielle agit donc comme une impulsion cruciale pour briser les silos administratifs et renforcer la coordination globale.
La révolution numérique ne se résume pas au déploiement d’outils ou d’applications ; elle impose une refonte progressive du cadre juridique. Au fil de l’avancement des projets, certains textes législatifs doivent être révisés ou complétés afin d’encadrer et de sécuriser ces nouvelles pratiques.
L’expert se montre néanmoins confiant car la plateforme nationale est désormais opérationnelle et les services numériques se déploient de manière progressive. Les prochaines étapes s’annoncent déterminantes, en particulier avec l’introduction attendue de l’identité numérique et de la « e-citoyenneté ». Ces dispositifs clés permettront aux usagers d’accéder en toute sécurité aux services publics essentiels comme l’enseignement, la santé, l’état civil ou la sécurité. Au-delà de la simple débureaucratisation, cette transformation est un puissant levier de participation citoyenne. À terme, les outils numériques offriront de nouveaux espaces d’interaction entre les administrés et les collectivités locales, ouvrant la voie à une gouvernance plus participative et transparente.

Sur le terrain de la sensibilisation, l’enjeu a évolué. La jeune génération maîtrisant déjà les outils technologiques, le défi réside désormais dans l’ancrage d’une véritable culture numérique. Cette transition exige notamment une meilleure éducation financière axée sur l’adoption du paiement électronique, ainsi qu’une plus grande formalisation et sécurisation des pratiques commerciales en ligne. Parallèlement, l’accent doit être mis sur la protection contre les arnaques sur internet, le renforcement de la cybersécurité et une lutte active contre le cyberharcèlement.
En fin de compte, le succès durable de cette transition dépendra de l’utilité concrète des solutions proposées. Pour être adoptées en masse, les plateformes doivent répondre efficacement aux besoins quotidiens des Algériens et leur apporter une réelle valeur ajoutée.
L’exemple le plus probant reste la nouvelle plateforme du ministère de l’Enseignement supérieur dédiée à l’orientation des nouveaux bacheliers. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, cet outil oriente les futurs étudiants en fonction de leur profil tout en intégrant les perspectives réelles du marché de l’emploi. Il s’agit d’une approche moderne, centrée sur l’usager, qui consolide à la fois la qualité du service public et la souveraineté numérique du pays.