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Nationale

Nul ne doit oublier la raison de leur assassinat

Nul ne doit oublier la raison de leur assassinat

Cela fait exactement 53 ans, jour pour jour, que Mouloud Feraoun et Ali Hammoutène ainsi que quatre de leurs collègues, en l’occurrence Sadek Ould-Aoudia, Max Marchand, Robert Eymard et Marcel Basseg, ont été froidement assassinés par un commando de l’OAS (Organisation armée secrète) au Centre des services sociaux d’El-Biar (Alger).

Les six martyrs ont reçu exactement 112 balles de pistolet-mitrailleur dans le corps, a affirmé, hier à Tizi Ouzou, le fils de l’auteur de la Terre et le Sang, Ali Feraoun. Le nombre de balles tirées sur les six enseignants est la preuve vivante de l’acharnement et de la furie des tueurs et de leurs commanditaires. La journée d’hier a été marquée à Tizi Ouzou par un vibrant hommage rendu à Ali Hammoutène et Mouloud Feraoun.

Il y eut d’abord, dans la matinée, un recueillement sur les tombes des deux martyrs, à M’douha pour Ali Hamoutène et à Tizi Hibel pour Mouloud Feraoun. Ensuite, une conférence, à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, sur leurs vies et leurs œuvres respectives fut animée par l’écrivain et journaliste Youcef Merahi, Mme Safia Zemerli (enseignante) et Mohamed Hammoutène (pédiatre), qui n’est autre que le fils du martyr Ali Hammoutène. Le hall de l’institution culturelle a été également, un espace d’exposition d’archives, de coupures de presse concernant ce funeste jour du 15 mars 1962 à El-Biar, ainsi que de photos des défunts et autres témoignages. 

Cet espace a également servi de stand de livres proposés à la vente. Sur l’un des rayons étaient exposés justement, entre autres, Réflexions sur la guerre d’Algérie, livre-journal d’Ali Hammoutène ; la Terre et le Sang ; Lettres à ses amis ; l’Anniversaire ; Journal concernant Mouloud ; Feraoun. Le livre intitulé les Idées médiologiques de Mouloud Feraoun, de Mehenni Akbal, figurait également sur le rayon.

Concernant la cérémonie de recueillement à M’douha à la mémoire d’Ali Hammoutène, il convient de relever qu’il y avait foule Ould Ali El-Hadi, directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou et non moins premier responsable de la maison de la Culture Mouloud-Mammeri et le théâtre régional Kateb-Yacine, Ali Feraoun, fils aîné de l’écrivain, ainsi que d’autres personnalités du monde culturel des proches parents du défunt, dont le journaliste du quotidien national d’information, Horizon, le fils du défunt, Ali Hammoutène, les cousins germains du martyr, Rahim et Mohamed-Saïd étaient tous présents.

Celui-ci, aujourd’hui âgé de 93 ans et moudjahid, a fait un témoignage émouvant sur le martyr Ali Hammoutène. « Durant ces années de feu, a dit Da Mohand-Saïd, je cachais les armes et les explosifs dans le garage de mon cousin Ali avant de les livrer, au moment venu, aux moudjahidine ». 

Quand da Mohand-Saïd a été arrêté par les parachutistes lors de la bataille d’Alger, le martyr Ali Hammoutène lui conseilla vivement de résister à la torture. L’assistance et l’armement psychologiques de feu Ali Hammoutène ont été bénéfiques pour Da Mohand-Saïd. En effet, en dépit des terribles tortures subies de la part des parachutistes ne pipera mot sur les secrets qu’il détenait.

Même la tête sanguinolente d’un agent du FLN dans les mains d’un parachutiste fléchir Da Mohand-Saïd. Rahim Hammoutène, officier de l’ALN et ex-futur cadre de la nation n’a pas fait évoqué dans les mêmes termes et avec la même émotion, son cousin, feu Ali. Pour sa part, le journaliste Rachid Hammoutène a demandé que personne n’oublie les hommes et les femmes qui ont donné leur vie pour l’indépendance du pays. 

Quant à Ali Feraoun, après avoir annoncé que les six martyrs avaient été tués de 112 balles de pistolet-mitrailleur, a avoué que, depuis ce funeste jour, « la joie et le bonheur n’ont jamais été au rendez-vous dans notre maison ». A l’instar de Rachid Hammoutène, Ali Feraoun a vivement plaidé pour que personne n’oublie celles et ceux qui se sont sacrifiés pour que le peuple algérien retrouve sa liberté et sa dignité. 

La cérémonie de recueillement à M’douha a été grandiose même si, hélas, l’ONM a brillé par son absence. Espérons que c’était un simple oubli et que cela ne se reproduire pas l’avenir. Notons qu’une fois la cérémonie de M’douha terminée, les manifestants ont pris la direction de Tizi Hibel, dans la commune d’Aït Mahmoud, daïrad’Ath Douala.

Là aussi, la foule fut nombreuse à se recueillir sur la tombe de l’auteur des Jours de Kabylie, et sur laquelle fut inscrite cette épitaphe : « N’est-ce pas qu’il était bon et généreux, lui qui souffrait de la misère des autres, lui qui était prêt à mourir pour les autres et qui est mort si stupidement ». Nous devons relever qu’à côté de la tombe de feu Mouloud Feraoun figurent celles de sa femme Dahbia, née le 27 juillet 1923 et décédée le 25 décembre 2008, de sa fille Malika, née le 26 juin 1952 et décédée le 30 septembre 1982 à l’âge de 30 ans, et de son frère Idir, né le 20 octobre 1919 et décédé le 18 mars 1986. Un citoyen de Tizi Hibel, le nommé Youcef Dehiles, avait 14 ans en 1962. Il a déclaré au Jeune Indépendant qu’il se souvenait parfaitement du jour de l’enterrement de Mouloud Feraoun. 

« Il y avait une grande foule le jour de son enterrement, il y avait aussi de nombreux militaires français ce jour-là, dont la mission était de surveiller le déroulement de la mise en terre du défunt », souligne notre interlocuteur. Et d’ajouter : « Le corps de Mouloud Feraoun était criblé de balles. En l’emportant vers le cimetière pour l’enterrer, le corps sans vie dans le cercueil dégoulinait toujours de sang. »

Questionné enfin sur les personnages et les lieudits mentionnés dans ses œuvres littéraires, Youcef Dehiles a déclaré que ces personnages ont existé et que les lieudits en question aussi. C’est le cas de l’appellation d’Ighil Nezamn. C’est en fait un champ qui se trouve à quelques encablures seulement du village de Tizi Hibel.

Les Feraoun y sont encore nombreux. Par ailleurs, Ighil Nezman est l’ancienne appelation du village de Tizi Hibel. Autrement dit, Mouloud Feraoun s’était inspiré de la réelle topographie de son village et de ses alentours pour écrire ses œuvres.

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