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Nationale

Nuit blanche à Alger : la folle ivresse du bac

Nuit blanche à Alger : la folle ivresse du bac
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Des klaxons de la place du 1er-Mai aux larmes partagées devant les lycées historiques de Sidi M’hamed, la capitale s’est embrasée à l’annonce des résultats du baccalauréat. Récit d’une nuit suspendue entre l’euphorie des admis, la résilience des ajournés et les sommets décrochés par les cracks de la capitale.

Une nuit d’euphorie, de soulagement et, parfois, de cruelle déception. La capitale n’a pas fermé l’œil à l’annonce des résultats du baccalauréat. Des quartiers populaires aux grilles des établissements scolaires, le même ballet immuable : des scènes de joie improvisées, des embrassades étouffées par les larmes, le strident concert des youyous et le vacarme libérateur des klaxons. Une nuit blanche où chaque destin bascule.

Le boulevard Aïssat-Idir s’est transformé, de la soirée jusqu’au lendemain matin, en un véritable chaudron d’émotions. La place du 1er-Mai s’est embrasée au son des chants et des fumigènes qui déchiraient le ciel algérois. C’est ici, dans ce poumon de la capitale, que battait le pouls de l’événement.

Au cœur de Sidi M’hamed, la tension était palpable entre les murs des lycées historiques El-Idrissi et Ibn Nass. Pour mesurer l’intensité des émotions qui ont balayé le boulevard Aïssat-Idir et la rue Mohamed-Mada, il faut rappeler le prestige de ces institutions.

D’un côté, le lycée El-Idrissi s’impose comme une pépinière de talents. Situé à deux pas de la Maison du Peuple (UGTA), cet établissement a formé des générations de hauts cadres de l’État, de médecins et de figures culturelles, conjuguant excellence scolaire et ancrage populaire. La pionnière Fadéla M’Rabet y a enseigné ; l’icône de la chanson kabyle, Idir, y a décroché son précieux diplôme. À quelques mètres de là, le lycée Ibn Nass lui fait écho. Deux bastions qui n’ont rien perdu de leur superbe.

Devant El-Idrissi, les familles s’effondrent en larmes de soulagement. Amine, admis en Langues étrangères avec 16/20, confie : « Quand j’ai vu mon résultat sur l’écran, j’ai tout de suite pensé à l’avenir. Pour quelqu’un issu d’une famille modeste mais très instruite, les études sont le seul ascenseur social. Décrocher mon bac ici est une immense fierté. Nos professeurs nous ont poussés au bout de nous-mêmes. Cap sur l’interprétariat ! »

Même délivrance pour Meriem (filière Lettres et philosophie, 14/20) : « La barre était haute, El-Idrissi exige une rigueur quotidienne. Mais en découvrant ma moyenne, j’ai oublié toutes les nuits blanches de l’année. Mon rêve d’université se réalise enfin. »

À quelques pas, l’ambiance est tout aussi électrique devant Ibn Nass. Riad, admis en Techniques mathématiques (option Génie civil) avec 15/20, savoure : « Nous avons une tradition scientifique exigeante ici. Les sujets de cette année demandaient une concentration extrême. Ce résultat est une libération. On reprend le flambeau des anciens. » Dans la cour, Inès, majeure de sa promotion en Mathématiques avec un impressionnant 18/20, garde les yeux fixés sur l’horizon : « En maths, la moindre erreur se paie cash. Cette moyenne récompense un an de sacrifices. Prochaine étape : l’École nationale polytechnique. »

La dignité face à l’échec
Parce que le baccalauréat sait aussi se montrer impitoyable, le trottoir a vu naître des traumatismes discrets. Mais à Alger, la déception engendre souvent la résilience.

Sofiane, candidat en Sciences expérimentales, a échoué d’un souffle avec 9,65/20. Le regard bas mais la voix ferme, il témoigne : « Il ne m’a presque rien manqué. C’est un coup dur quand tout le monde fête sa réussite autour de toi. Mais la rue algéroise nous apprend à encaisser. Dès cette semaine, je me remets au travail. Ce n’est qu’un contretemps, je l’aurai l’année prochaine. »

Lina, ajournée en Langues étrangères avec 9,80/20, refuse elle aussi de baisser les bras : « Les larmes ont coulé, je ne le cache pas. Échouer si près du but, ça fait mal. Mais El-Idrissi forge le caractère. Je vais analyser mes erreurs pour que l’année prochaine, ce soit notre tour de faire la fête. Je veux devenir journaliste et écrivaine, et rien ne m’arrêtera. »

Si la wilaya d’Alger n’a pas réussi à se hisser dans le top 5 national en termes de taux de réussite global, elle a brillé par ses individualités d’élite. La capitale squatte littéralement le podium des meilleures moyennes du pays, s’offrant deux des trois premières places nationales.

La deuxième place nationale revient ainsi à Yakine Nasrallah, élève du prestigieux Lycée des mathématiques de Kouba, avec la note stratosphérique de 19,21/20. Elle est talonnée sur la troisième marche du podium par Zineb Douaa Soual, scolarisée à l’établissement privé El-Massir (El-Achour), qui décroche un brillant 19,16/20 en filière Sciences expérimentales. De quoi consoler la capitale et clore en beauté une nuit historique.



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