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Op-Ed

Novembre, la double rupture

Jean Paul Sartre écrivait, au lendemain des Accords d’Evian, à propos de l’occupation française de l’Algérie : « Personne n’ignore aujourd’hui que nous avons ruiné, affamé, massacré un peuple de pauvres pour qu’il tombe à genoux. Il est resté debout. »
Cet avoeu du philosophe n’a été possible qu’après que d’authentiques algériens aient décidé de couper les jarrets au colonialisme.

Le 1er novembre 1954 a consacré une double rupture : celle avec l’ordre établi depuis 1830 par un colonialisme français abject, inhumain et prédateur, et celle avec les illusions de l’assimilation, l’égalité des droits, le militantisme politique pour l’accession à l’indépendance par des moyens pacifiques.

Les massacres du 8 mai 1945 ont d’ailleurs sonné le glas de l’action pacifique. Les révoltes successives, depuis le débarquement de Sidi Fredj, avortées ou ayant tourné à l’avantage de l’occupant avaient conforté chez beaucoup l’idée, largement répandue par les assimilationnistes, que le recours aux armes en vue de chasser la France, la puissance de l’Otan, était une chimère ou une vue de l’esprit.

Mais durant la nuit de la Toussaint, des militants nationalistes ont tranché le nœud gordien, prenant un chemin de non retour avec comme unique leitmotiv : l’Indépendance. Autrement dit, pour le Front de libération nationale (FLN) qui a jeté la révolution dans les bras du peuple, (selon la vision chère à Mohamed Boudiaf), rien ne pouvait, désormais, détourner les nationalistes de leur entêtement à vivre libres et indépendants.

L’humiliante débâcle des généraux français à Dien Bien Phu la même année, et le déclenchement d’un vaste mouvement d’autodétermination en Afrique et en Asie, avaient convaincu le FLN qu’il était temps de forcer le destin et que la France n’était pas à l’abri d’une défaite militaire en Algérie, en dépit de sa puissance de feu et des soutiens qu’elle a accumulés dans les rangs des cortèges de vendus, nourris par des intérêts étroits et par l’illusion de son invincibilité.

Depuis, la France coloniale, appuyée par une armée voulant laver l’affront que lui a infligé le redoutable Général Giap, et dotée, par la gauche au Parlement, des pouvoirs spéciaux, une sorte de quitus, de chèque en blanc, à révélé sa hideuse entreprise de haine dirigée contre les civils pendant sept ans. Décapitations, exécutions sommaires, torture, viols, enfumades, massacres collectifs, bombardements au napalm, camps de concentration ont été, entre autres, œuvres « civilisationnelles » subies par les Algériens durant la lutte armée.

La guerre d’Algérie a fini, ainsi, par démasquer à jamais le colonisateur français. Un colon qui est resté le même depuis les sanguinaires Maréchal Bugeaud, les généraux Saint-Arnaud, , Cavaignac et Randon. Les généraux Challes, Salan, Jouhaud ou Zeller et leurs subalternes, Massu, Bigeard ou Aussaresses n’ont été que les dignes héritiers des premiers génocidaires qui ont mis pied à terre sur les plages algériennes. Leur folle entreprise à vouloir réduire la révolte légitime algérienne s’est traduite par une inévitable défaite. Mais c’était surtout la faillite d’une logique arbitraire, raciste et jusqu’au-boutiste visant à maintenir, à jamais, l’Algérie sous leurs bottes.  Cette faillite de ces généraux fanatiques de l’Algérie francaise est incarnée par un déferlement de haine lorsque 197 attentats ont été commis par l’OAS à Alger le 19 mars 1962, le jour de la conclusion des Accords d’Evian suivis du putsch avorté en vue de maintenir la France de Papa.

Les Algériens ont payé alors une lourde facture. Mais, ils n’étaient pas les seuls à être convaincus de la justesse de la cause. Des français tels Fernand Yveton, Maurice Audin, Maurice Laban, Henri Maillot, Pierre Chaulet, ou autres membres du réseau Jeanson, portés par leurs idéaux de justice, ont vite fait leur choix au détriment de leur patrie ou leur petit confort d’européen. 

Ce sont néanmoins ces idéaux qui, aujourd’hui, donnent à penser que la France a aussi fait faillite sur le plan de la morale. Le discours actuel en France, dans la scène médiatico-politique, est largement dominé par la haine, l’exclusion et le racisme. C’est cette hideuse posture qui a valu à la France d’être chassée de toutes ses colonies.
 

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