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Energies

Normes anti-méthane de l’UE : « Un report est inévitable », selon l’expert Khaled Boukhelifa

Normes anti-méthane de l’UE : « Un report est inévitable », selon l’expert Khaled Boukhelifa
Khaled Boukhelifa.  

Face à la fronde inédite des géants mondiaux de l’énergie et d’une douzaine d’États membres, l’application de la réglementation européenne anti-méthane prévue pour 2027 vacille. Analyse de Khaled Boukhelifa, ancien directeur général au ministère de l’Énergie, sur un bras de fer qui menace la sécurité énergétique de l’Europe.

La réglementation européenne sur le respect des obligations de déclaration et de vérification des émissions de méthane, qui devrait être appliquée dès 2027, continue de susciter des réactions. En plus des principaux fournisseurs d’énergie, une douzaine d’Etat de l’UE réclament aussi son report, arguant des risques géopolitiques pour l’approvisionnement énergétique.

Interrogé par le Jeune Indépendant, Khaled Boukhelifa, estime que l’UE n’a pas d’autre choix que de différer l’application de cette réglementation au risque de voir surgir un problème d’offre d’ici à la fin de l’année.

A quelque mois de l’entrée en vigueur de la réglementation européenne sur le méthane, élaborée en 2024 et qui devrait être mise en œuvre en 2027, laquelle exige la déclaration et la vérification des émissions de méthane, le débat s’enflamme entre l’UE et les pays producteurs et fournisseurs de gaz. Ces derniers réclament le report de l’application de ces règles, évoquant le motif de l’impossibilité de leur mise en œuvre dans les délais fixés, compte tenu de la complexité de la chose.

Dans une lettre ouverte adressée aux dirigeants de la Commission européenne, du Conseil européen et des Etats membres de l’UE, les principaux fournisseurs de ces pays en énergie, soit les Etats-Unis d’Amérique, l’Algérie, le Qatar et le Nigeria exhortent la partie européenne à prendre des mesures « rapides et nécessaires » afin de clarifier et d’adopter des amendements ciblés au règlement de l’UE sur le méthane. Des amendements qui devraient être précédés par l’adoption d’un mécanisme de « gel du calendrier » de l’UE, afin de donner le temps nécessaire pour développer des méthodologies et des voies de conformité qui conviennent à tous.

Ces pays réclament aussi l’exemption des nouveaux contrats signés pendant que ces ajustements législatifs supplémentaires sont en cours, en plus de la suppression des sanctions pour non-conformité durant cette période de transition.

Selon les signataires de cette lettre, qui mettent en avant les progrès réalisés par les producteurs de l’énergie en consacrant des capitaux importants à la réduction de l’intensité des émissions de méthane, la majorité des fournisseurs de l’Europe de pétrole et de gaz ne peuvent pas respecter les exigences « de mesure, de déclaration et de vérification des émissions de méthane selon le calendrier prescrit ». Ce qui fait que « la quasi-totalité des importations de pétrole de l’UE seront non conformes à cette réglementation à partir de janvier 2027, selon ces pays qui se fient à une analyse sectorielle indépendante et complète. Ils avancent ainsi des impacts « négatifs majeurs » sur l’approvisionnement mais aussi sur les prix.

Des voix au niveau de l’UE se sont aussi élevées pour réclamer la réouverture du dossier. Elles demandent à ce que certaines obligations climatiques imposées au secteur pétrolier et gazier soient reportées de trois ans, évoquant les conséquences sur l’approvisionnement énergétique.

Un état de fait qui place l’UE dans une situation délicate et l’oblige à faire une concession sur la mise en œuvre de ces nouvelles mesures.

Réduction des émissions de méthane : les grands efforts de l’Algérie

Selon Khaled Boukhelifa, l’UE n’a un autre choix que « de différer l’application de cette réglementation ou carrément l’abandonner ». Dans le cas où ce calendrier est maintenu, « ces pays auront des problèmes d’approvisionnement en énergie », et un problème d’offre pourrait surgir d’ici à la fin de l’année. « L’UE n’a d’autre alternative que de revenir sur sa décision », a insisté cet expert, mettant en avant le poids des pays signataires de la lettre ouverte adressée à la Commission de l’UE. Selon lui, c’est le Qatar qui a été le premier pays à dénoncer ce calendrier européen, et ce il y a déjà quelques mois. Le pays avait brandi la menace de bloquer les approvisionnements de l’Europe en GNL si l’UE venait à décider de mettre en œuvre cette réglementation. Les Etats-Unis, l’Algérie et le Nigeria se sont alliés par la suite.

Selon cet expert international, la conformité à cette réglementation européenne nécessite beaucoup de moyens, de la technologie, des équipements de surveillance et un grand financement. Ce qui rend sa mise en œuvre immédiate impossible, a-t-il précisé. L’ancien directeur général au ministère de l’Energie a néanmoins souligné le fait que le méthane est plus dangereux de l’avis des spécialistes, et qu’il constitue un puissant gaz à effet de serre dont l’impact sur le réchauffement climatique est nettement supérieur à celui du CO2.

Il a ainsi affirmé qu’il est dans l’intérêt de tout le monde de réduire ces émissions, bien que cela soit difficile en raison de la complexité de la chose, et de lutter contre le réchauffement climatique.

M. Boukhelifa a, dans cette optique, mis en avant les efforts de l’Algérie, à travers Sonatrach, pour le climat. La stratégie climat de Sonatrach vise, en effet, l’élimination quasi-totale des émissions de méthane d’ici à 2030. Pour y parvenir, l’entreprise déploie un programme technologique intensif pour cartographier les fuites, éliminer le torchage de routine, sachant que le climat est un axe fondamental de la stratégie de Sonatrach.



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