Crise du football algérien : le cri d’alarme de Djamel Rachedi
Constat amer, critiques cash et appel vibrant à une révolution structurelle car la maison du football algérien va mal est nécessite une thérapie de choc. Dans un entretien accordé au quotidien sportif InfoSport, paru dans sa livraison de ce dimanche, la figure emblématique du journalisme sportif algérien, Djamel Rachedi, livre une analyse sans concession sur la crise de gouvernance au sein de la Fédération Algérienne de Football (FAF), le marasme persistant de la formation locale et les dérives financières d’un championnat national à bout de souffle.
L’échec de la sélection nationale à s’imposer durablement au sommet n’est que la partie visible d’un iceberg bien plus profond. À ce sujet, l’ancien rédacteur en chef de la rédaction sportive de l’agence APS, considère que le problème ne réside pas uniquement sur le terrain, mais s’enracine profondément dans les hautes sphères décisionnelles du football algérien.
Le recrutement du sélectionneur bosniaque Vladimir Petkovic illustre parfaitement cette gestion approximative et dépourvue de toute vision à long terme, a fait savoir M. Rachedi. Privé d’un cahier des charges rigoureux et exigeant dès son arrivée, le technicien s’est retrouvé parachuté dans un environnement dont il ne maîtrise ni la langue, ni la culture, ni les complexités des réalités sociologiques locales. Comme l’a souligné M. Rachedi, cette absence totale de communication et d’immersion culturelle a très vite montré ses limites tactiques et humaines, laissant une équipe nationale orpheline d’une identité collective forte et d’un projet de jeu véritablement défini.
Au-delà du staff technique, c’est le fonctionnement structurel même de la Fédération Algérienne de Football qui se retrouve vertement pointé du doigt. Entre laisser-aller institutionnel et manque flagrant de compétences, a affirmé l’ancien chef de bureau de l’APS à Rome, les instances fédérales semblent totalement incapables de piloter une stratégie sportive cohérente et ambitieuse. Le lien vital entre les sélections de jeunes et l’équipe première est aujourd’hui totalement rompu, a déploré M. Rachedi.
Alors que des structures privées comme l’académie du Paradou démontrent brillamment l’existence d’un vivier exceptionnel de talents, a rappelé l’ex-dirigeant du Mouloudia d’Alger, le système fédéral échoue systématiquement à intégrer ces pépites dans un cursus national unifié et structuré. Privé de vision sur le long terme, de programmes de formation rigoureux pour les spécialistes locaux et d’un véritable travail de fond à la base, le football algérien continuera inexorablement de gaspiller ses générations dorées, mis en garde M. Rachedi.
Selon lui, le malaise général s’étend également au niveau domestique, où la réalité économique du football local frôle désormais l’absurde. Le championnat national est devenu le théâtre d’une surenchère financière totalement injustifiée, a estimé M. Rachedi, en évoquant des salaires astronomiques dépassant les deux milliards de centimes octroyés à des joueurs n’ayant même pas le niveau requis pour la scène internationale.
Comme l’a martelé M. Rachedi, qui s’est converti en consultant sportif, cette folie dépensière profite avant tout aux intermédiaires et aux agents véreux, au détriment direct de la qualité du spectacle offert, de l’intégrité de l’arbitrage et de la modernisation indispensable des infrastructures.
Pointant enfin du doigt des calendriers hachés en permanence et un temps de jeu effectif famélique sur les pelouses, le football national fonce tout droit dans le mur sans l’intervention d’un grand coup de balai et l’instauration d’une refonte intégrale du système moribond actuel, a conclu M. Rachedi.