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Nabil Ferguenis, pédagogue : «le partenaire social n’est jamais associé aux prises de décisions»

Nabil Ferguenis, pédagogue : «le partenaire social n’est jamais associé aux prises de décisions»

A quelques jours de l’ouverture des écoles primaires, rien n’a encore été annoncé au sujet des mesures retenues pour l’organisation de l’actuelle rentrée scolaire. Le syndicaliste indépendant Nabil Ferguenis, qui a bien voulu répondre aux questions du Jeune Indépendant, regrette le fait que le ministère de l’Education n’associe pas les partenaires sociaux dans ses prises de décision.

Le Jeune Indépendant : Le gouvernement a décidé de fixer la moyenne de réussite au baccalauréat à 9/20. Qu’en pensez-vous ?

Nabil Ferguenis : Nous sommes consternés par une telle décision, laquelle a été prise unilatéralement et sans consultation des éducateurs. Cela met fin au peu de crédibilité qui reste à ce diplôme dans notre pays. A mon avis, la tutelle n’a pas réfléchi aux conséquences d’une telle décision à moyen et à long terme. L’année prochaine, par exemple, on ne pourra pas convaincre les candidats au bac 2021 de repasser à la moyenne de référence de 10/20. Ils n’auront pas tort puisque ayant été touchés par la situation sanitaire en 2e  année et n’ayant pas eu de troisième trimestre. Ils vont au bac avec peu de bases et de moyens.

La date de la rentrée scolaire a enfin été  fixée au 21 octobre pour le cycle primaire et au 4 novembre pour les cycles moyen et secondaire. Pensez-vous que c’est là une bonne décision, notamment avec l’évolution de la situation sanitaire qui n’est pas vraiment stable ?

Le problème réside dans le fait que l’on n’est jamais associé à ce genre de décisions. De plus, cette date n’est pas vraiment adaptée car aucune mesure ne la suit concernant le volume horaire et l’allègement des programmes. L’élaboration d’un emploi du temps acceptable nécessite au moins 15 jours dans la mesure où toute la vie éducative est basée sur la réussite de cet élément, surtout avec les réclamations des enseignants concernant les horaires.

Epuisés par sept mois de vacances forcés, les parents d’élèves sont inquiets quant aux conditions dans lesquelles va se faire la rentrée scolaire. Qu’est-ce que vous en penser ?

Je pense qu’ on peut y remédier grâce à la contribution de tout un chacun, en plus de celle du conseiller d’orientation. Nous avons connu des situations plus compliquées que celle-là, comme l’année du boycott ou encore celle du tremblement de terre de Chlef ou celle de Boumerdès. Ce sont nos enfants et c’est notre rôle de les accompagner comme il se doit, et ce  bien que la tutelle ne nous associe guère à ce genre de décision.

A votre avis, cette rentrée est-elle tout aussi difficile à appréhender pour les enseignants ?

Certainement car avec un passage à 9 de moyenne, cela accentuera  la surcharge des classes dans la plupart des établissements scolaires, sans parler du manque flagrant de moyens aussi bien matériels que pédagogiques.

Le ministère de l’Education a prévu tout un protocole sanitaire. A-t-on vraiment les moyens de l’appliquer sur le terrain ?

Le terrain est une tout autre réalité. Il faut rappeler que le budget des établissements scolaires ne suffit même pas à s’acquitter des charges telles que l’eau et l’électricité, il faut ajouter à cela la surcharge des classes. Par ailleurs, avec des adolescents qui ont tendance à prendre les choses à la légère, il sera difficile de cerner les regroupements pendant les récréations. Concernant le cycle primaire, il est difficile d’y répondre car il faudra une étroite collaboration entre le ministère de l’Education et celui de l’Intérieur sachant que les APC n’arrivent même pas à gérer les camions d’ordures ménagères.

Les parents se posent aussi la question du respect des gestes barrières. Comment faire respecter aux petits enfants le port de bavettes ? Est-ce que chaque élève aura une table à lui seule ?

On attend de voir les décisions du ministère puisqu’on ne nous y associe pas. On n’a pas d’informations à ce sujet.

Cette longue absence des bancs d’école va-t-elle avoir un impact sur les enfants, qui vont avoir du mal à retrouver leurs repères ?

Les enfants sont jeunes, ils peuvent s’adapter aux nouvelles situations. Il suffit d’y aller en douceur. Cela va prendre deux  ou trois semaines et ça ira mieux. C’est notre rôle en tant qu’éducateurs.

Concernant le plan pédagogique, le ministre de l’Education a fait appel aux partenaires sociaux. Comment vont se dérouler les cours ? Le retard va-t-il être rattrapé ? Y aura-t-il des examens de fin de trimestre ?

La solution, la seule à mon avis, c’est de laisser l’initiative aux établissements scolaires de gérer le problème chacun selon sa situation car il y a beaucoup de différences entre les écoles. Certaines ont des classes roulantes, d’autres un surplus de salles. C’est pour cela que la centralisation finira par un échec et un retour à la case départ.

Si la crise sanitaire actuelle venait à perdurer, quelles solutions suggérez-vous ?

On doit revoir les programmes, les alléger,  axer sur les enseignements de base et réduire le volume horaire et régler le problème du poids du cartable. Il faut aussi prévoir les situations délicates en adoptant une fiche de synthèse comme référence pour le passage en cas de seconde vague ou autre situation. En ce moment, on vit au jour le jour. Rien n’est étudié en profondeur. S’il y avait eu une fiche de synthèse pour les terminales, par exemple, on aurait évité cet examen comme les autres pays. Mais rien n’est prévu chez nous.

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