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Nationale

Mustapha Mekideche au JI: «L’accord tarifaire avec l’UE nécessite un report »

Mustapha Mekideche au JI: «L’accord tarifaire avec l’UE nécessite un report »

A quelques jours de la date butoir de l’entrée en vigueur de la Zone le libre-échange entre l’Algérie et l’Union Européenne, l’accord d’association signé entre les deux parties, en 2002 à Valence en Espagne, est encore une fois remis en question. Dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant, l’expert en économie Mustapha Mekideche livre son point de vue sur cet accord, mais surtout plaide sur la nécessité de reporter le démantèlement tarifaire, prévu pour le 1er septembre, compte tenu des conditions économiques du pays, qualifiées de tendues.

Le Jeune Indépendant:
L’accord d’association avec l’UE alimente le débat ces jours-ci, faisant même réagir le président de la République qui a demandé au ministre du Commerce une évaluation de l’accord. Jugé défavorable pour l’Algérie, la question de la réévaluation de l’accord est plus que jamais posée. A votre avis, une remise à plat de cet accord est –t-elle nécessaire ou suffit-il uniquement de revoir et supprimer certaines dispositions pénalisant l’Algérie, à l’instar de l’article 34 sur la compensation ?

Mustapha Mekideche : A mon avis, c’est une remise à plat de l’accord dans son architecture et dans son contenu dont il s’agit. Car cet accord de libre-échange, à l’épreuve des faits, n’est pas seulement déséquilibré mais structurellement asymétrique. C’est ce que les juristes appellent un accord d’adhésion. C’est comme celui que vous signez, quand vous assurez votre automobile ; il n’y avait rien à négocier.
Par ailleurs, j’ai lu les évaluations de l’accord commandé à un cabinet conseil par la Commission européenne qui concluent évidemment, quant à elles, aux insuffisances et retards de la partie algérienne.
Dans tous les cas, cet accord ratifié en 2002 et mis en vigueur en 2015 a aggravé le gap économique et commercial entre mon pays et l’UE. A titre d’illustration entre 2005 et 2017, les exportations de l’UE vers l’Algérie ont été de 283 milliards de dollars et celles de l’Algérie vers l’UE de 12 milliards seulement. Mieux que cela, lorsque l’Algérie en pleine crise budgétaire et en déficit commercial, avait mis en place, en 2018, un dispositif de protection de son économie par principe de sauvegarde, l’UE voulait interférer dans des décisions souveraines. Vous voyez bien qu’il y a de la place pour faire autre chose dans un espace géopolitique, qui a besoin de sécurité et de « prospérité partagée », mais avec d’autres instruments plus appropriés, ou alors avec cet instrument profondément remanié pour répondre aux défis complexes auxquels doivent répondre les deux rives de la Méditerranée. D’ailleurs, les approches étroitement mercantilistes sont épuisées, y compris au sein de l’UE.

LJI : Si on opte par la négociation de certains articles, avons-nous le temps de le faire, surtout que la Zone de libre-échange entrera en vigueur, tel que prévu par l’accord, ce 1er septembre ? Ou avons-nous perdu beaucoup de temps pour le faire, ignorant ainsi les avis et recommandations des spécialistes ?

Mustapha Mekideche : Vous savez que nous avons déjà obtenu en 2017, un premier report de trois ans. Les conditions économiques actuelles tendues, dans lesquelles se trouve le pays, rendent encore plus requis un autre report pour ajuster cet accord aux quatre éléments nouveaux suivants : l’élargissement de l’UE qui est intervenu entre temps, la protection des industries émergentes du fait de l’extinction de notre rente pétrolière, l’affaiblissement de l’OMC, et enfin du nouveau paradigme économique après COVID-19.
J’ajouterai un dernier élément, mais majeur dans nos relations économiques avec l’UE. Nos clients européens gaziers n’ont pas hésité à remettre en cause nos contrats à long terme gaziers fiables au profit de ceux du marché spot, en avançant l’argument des mutations dans les marchés internationaux du gaz. Ce même argument pour la révision de cet accord finalement injuste peut leur être opposé également.

LJI : Avec le démantèlement tarifaire, peut-on présager « une catastrophe » pour l’économie nationale déjà fragilisée, d’autant que cette mesure, outre les pertes qu’elle causera davantage au trésor public, menacera la production nationale ?

Mustapha Mekideche : Vous avez parlez de catastrophe, il me semble exagéré et l’Algérie a connu d’autres crises plus aiguës, avec des potentiels de résilience variables comme en 1986, 1999, 2014 et 2020 par exemple. J’ai la faiblesse de croire, comme l’ont exprimé les partenaires sociaux en Algérie, que ce démantèlement tarifaire sera reporté au moment où partout dans le monde les protections tarifaires reviennent en force.

LJI : L’Union Européenne doit-elle changer sa vision de l’Algérie, en considérant le pays comme un partenaire et non pas uniquement un marché pour sa marchandise ?

Mustapha Mekideche : Absolument, l’UE devra changer sa vision vis à vis de l’Algérie, car la géopolitique internationale de 2020 n’est pas celle de 2005, y compris en Afrique, qui émerge en tant que nouvel espace productif avec ses propres ressources humaines et naturelles, donc en tant que nouvel espace autonome continental de libre-échange. C’est dans cette perspective notamment que l’Algérie devra relire cet accord d’association avec l’UE. 

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