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Op-Ed

Monsieur De Gaulle, nous avons compris !

Monsieur De Gaulle, nous avons compris !

Ce français que nous aimerions tant haïr […] car pour beaucoup d’Africains, la notion d’un continent partagé est désormais plus émotionnelle que réelle. C’est qu’à la barrière de la langue qui sépare les Afriques «francophones», «anglophones» et «lusophones» s’ajoutent les diversités ethniques et religieuses.

Je dirais même que le cœur de l’Afrique bat en Europe car à chaque fois qu’on voulait trouver une réponse aux problèmes africains, il fallait se référer à l’Europe. Citons le cas de l’Allemagne pour la Libye, la France pour le Mali. Même les ambassadeurs européens peuvent faire le point de situation en Afrique, pour preuve la réaction de l’ambassadrice de la Suède vis-à-vis des derniers évènements au Soudan. Il fallait aux Africains une voix qui viendrait de loin pour les aider à se comprendre sur leur propre continent, qu’elle vienne de Paris, de Londres, de Lisbonne ou de Madrid.

Ce qui est encore plus grave et plus humiliant, c’est que plus de 50 ans après les indépendances, les dirigeants africains n’ont pas fait le moindre effort pour faire revivre des langues nationales propres à chaque pays. Cet état de fait a-t-il été dicté par un choix de conservation du butin de guerre qu’est la langue, ou par mépris des langues autochtones ? Ceci est la question que j’adresse aux auteurs qui ont essayé de “catastropher” le sort de l’Afrique sans la France, en pensant que les Africains ne pouvaient et ne peuvent parler une autre langue que le français car leurs langues maternelles sont confinées à la tribu uniquement. Le hic, c’est que ce sont les Africains eux-mêmes qui ont contribué au panégyrique de la langue française.

De plus, dans leur discours, les auteurs de cette pensée insistent inéluctablement sur le fait que la France ne peut prétendre à l’universalité sans le concours des pays africains. Ils soulignent aussi que sans l’implantation séculaire et l’attachement des Africains à cette langue, les conséquences seraient graves et immédiates pour la francophonie, et surtout le français, lequel serait relégué à une langue en voie d’élimination par la langue anglaise.

Ce serait un grand coup de tonnerre dans le ciel bleu-blanc-rouge.

Si l’on se réfère au concept de M. Malek Bennabi (historien algérien), un peuple ne peut être colonisé s’il ne présente pas de facteurs favorables à des prémices morales. Alors que dire de vingt ou trente pays qui présentent tous des symptômes et sont programmés à être colonisés à jamais !

La visions de l’Union africaine
J’ai le sentiment que la France est comme un âtre incandescent qui, même le feu éteint, continue à brûler sous la cendre et peut se rallumer au moindre souffle de vent. Ce vent, ce sont les conflits ethniques qui poussent les gouvernements à appeler au secours «notre seigneur et maître» la France, laquelle ne va pas tourner le dos à une proposition alléchante qu’est un retour sur le continent à la demande enchantée des Africains. Il n’y a qu’à regarder, par exemple, ce qui se passe au Tchad, au Mali et en Libye, sans ajouter ce qui se fait réellement au sud-est du continent. Vient s’ajouter le problème du franc CAFA pour réaliser l’ampleur de l’achèvement de vouloir ou de pouvoir se séparer de la France.

La vision de l’Union africaine pour 2063 est de devenir une Afrique intégrée, prospère et en paix, gérée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène internationale. Un continent intégré, politiquement uni et fondé sur les idéaux du panafricanisme et la vision de la renaissance de l’Afrique. Oui, effectivement, ce sont des dogmes rhétoriques prononcés par le conseil du continent et qui stagnent dans l’esprit de la vision parce que le concept de stratégie n’est pas compatible avec la situation africaine.

Les Africains font appel à la France parce que c’est elle seule qui peut les comprendre et qui les a compris. Oui, parfaitement. La preuve : que faire de tous ses jeunes étudiants, de tous ses employés et chômeurs sans l’intervention de la France. Certains pays essayent de les retenir mais sans espoir car le reniement du continent s’est installé sans équivoque.

La France revient avec tous les honneurs, aidée en cela par le parapluie ou plutôt le parasol culturo-linguistique représenté par des organismes qui font un travail de sape et viabilisent le terrain pour ce retour, tels que le CECR ou l’Alliance africaine, qui travaillent en parallèle pour la pérennité de la présence française en Afrique.

L’identité africaine annihilée par la France
L’identité africaine a été purement et simplement annihilée par la France car comment expliquer ou justifier les discours faits en français par les Présidents Senghor et Bourguiba lors de leur passage à l’ONU ? Le seul chef d’Etat africain qui a osé inverser la donne a été notre président défunt Houari Boumediène, qui a voulu donner l’exemple et la preuve que sur le continent africain, on parlait aussi d’autres langues. En effet, depuis ce jour (en 1974) l’arabe est une langue officielle au siège des Nations unies.

Mais soyons honnêtes, l’Afrique est-elle prête à s’affirmer seule, sans l’aide d’autres puissances mondiales ? Peut-elle penser et communiquer africain ? Peut-elle seulement rêver d’une Afrique unie et autonome ?

La réponse est catégorique et sans appel : c’est NON pour la simple raison que, et je cite pour cela l’ancien ministre des Affaires étrangères américain Henry Kissinger, «l’Afrique n’a pas encore d’adresse ni de numéro de téléphone». Ce qui veut dire que nous sommes et serons les éternels inconnus.

En définitive, je peux dire, Monsieur De Gaulle, que ce sont les Africains qui sont devenus addicts au français et qui ne peuvent plus s’en passer. Car si nous voulons nous réapproprier nos langues maternelles, nous serons très vite engloutis par les langues anglophones, francophones ou hispanophones, mondialisation et globalisation obligent.

Ce n’est plus la colonisation qui nous met dos au mur mais une force déferlante qu’aucun pays africain n’est en mesure de combattre : la technologie, tel un ogre, a avalé tous les petits, épargnant les plus coriaces.

Malika Gueddim
Doctorante à l’université de Lorraine – Metz – France

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