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Nationale

Mohamed-Tahar Ouali : «Le paramètre psychologique est ignoré»

Mohamed-Tahar Ouali : «Le paramètre psychologique est ignoré»

Le Pr Mohamed-Tahar Ouali, expert en science pédagogique, a grandement crié haro samedi à l’occasion d’une conférence qu’il a animée à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou autour du thème : « Les différentes étapes de l’éducation en Algérie ».

Ce rendez-vous éminemment scientifique, initié par l’Association des enfants de moudjahidine, a permis au conférencier de retracer l’histoire de l’enseignement en Algérie à partir de 1833 à ce jour, et ce en mettant en corrélation l’idéologie véhiculée à travers ce processus pédagogique, c’est-à-dire les différents objectifs ciblés par les différents pouvoirs politiques en place.

Devant un parterre composé essentiellement de la grande famille éducative, le Pr Mohamed-Tahar Ouali a pu mettre en lumière beaucoup de zones d’ombre ou tout simplement des passages d’histoire de notre pays inconnus du large public.

Le conférencier mettra effectivement l’accent sur le rôle joué par l’autorité religieuse française à l’endroit du peuple algérien.
Dans ce cadre précis, il sera mis en évidence la volonté de l’ordre colonial de provoquer une rupture entre les Algériens et leur identité naturelle qu’est l’islam pour embrasser le christianisme, car c’était là la meilleure occasion pour le colonisateur de rester « éternellement possesseur » de l’Algérie.

Le conférencier parlera longuement du rôle joué par le célèbre archevêque d’Alger, Charles Martial Lavigerie (31 octobre 1825 en France – 26 novembre 1892 à Alger), dans sa quête de dépersonnalisation du peuple algérien.

Dans cette optique, les pères blancs, les jésuites et bien d’autres ségrégations religieuses chrétiennes recueilleront des enfants algériens, des orphelins notamment, pour leur assurer un enseignement chrétien. Dans certains cas, ce seront des enfants abandonnés, voire arrachés à leurs familles, qui seront pris dans le giron de la chrétienté.

C’est l’archevêque Lavigerie qui eut l’idée de construire deux villages à El-Tarf pour y placer ces enfants algériens. Après leur formation éducative, ils étaient mariés selon les préceptes du christianisme.

Ainsi, beaucoup d’Algériens, sans pourtant en être responsables, sont devenus chrétiens et Français. A l’école des pères blancs de Bologhine, les étudiants en théologie étaient tenus d’apprendre obligatoirement, en sus de la langue française, l’arabe et le kabyle, car dans les régions arabophones d’Algérie, les discours sur la chrétienté étaient faits en arabe et en Kabylie en amazigh.

Dans la logique cartésienne de Lavigerie, les populations algériennes devaient absolument comprendre les principes de la chrétienté. Par conséquent, la meilleure façon d’atteindre cet objectif était de leur parler dans leur langue maternelle.

Le Pr Mohamed-Tahar Ouali informera l’assistance que les textes des langues, le français notamment, étaient tirés de l’Evangile.
Au cours de la grande famine de l’année 1867, beaucoup d’enfants algériens ont été recueillis par les pères blancs et les jésuites alors que les adultes n’ont pas bénéficié de secours alimentaires.

L’ordre colonial français, selon le conférencier, a même souhaité, voire provoquer d’une façon délibérée, un taux de mortalité élevé d’Algériens, et ce dans l’espoir d’assurer l’équilibre démographique entre Français et Algériens, voire plus de Français. Concernant l’étape 1958 – 1962, le conférencier assurera que l’enseignement donné aux enfants algériens était surtout assuré par des militaires français, souvent des appelés.

S’agissant de la période 1962 -1975, la priorité était la construction des écoles pour pouvoir assurer un enseignement pour tous. En revanche, la période allant de 1980, année de la mise en application de la loi sur le système fondamental datant du mois d’avril 1976, jusqu’à 2003, le conférencier la décriera vivement.

De même concernant la période allant de 2003 à 2015, voire à ce jour. Le Pr Mohamed-Tahar Ouali dira que l’aspect psychologique sera complètement « ignoré » par ceux qui sont chargés d’élaborer les programmes scolaires. Le concept de « palier » sera explicité par le conférencier en le cadrant dans un élément temporel de trois années.

Il expliquera également le phénomène de l’alternance entre la croissance mentale et physique chez l’enfant qui, justement, s’effectue en trois ans, d’où ce principe retenu par les psychologues et qui est repris par les pédagogues. « Il se trouve, hélas, que ce principe scientifique et universel a été complètement ignoré dans notre pays », a regretté le conférencier.

Dans le cycle primaire, il est mis en évidence un palier de trois ans, un autre de deux ans et un autre encore d’une année. « C’est complètement ubuesque ! », s’est indigné le Pr Mohamed-Tahar Ouali. Le conférencier ne manquera pas également de manifester un doute sur le positivisme des dernières réformes apportées par notre ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit.

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