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Mohamed-Saïd-Mazouzi sort «J’ai vécu le pire et le meilleur»

Mohamed-Saïd-Mazouzi sort «J’ai vécu le pire et le meilleur»

J’ai vécu le pire et le meilleur est un livre qui apportera sans aucun doute de l’eau au moulin des historiens spécialisés dans l’histoire contemporaine algérienne. Son auteur n’est autre que Mohamed-Saïd Mazouzi, l’homme qui a été condamné à perpétuité par le régime colonial français pour avoir osé remettre en cause sa politique et son autorité.

Du haut de ses 91 ans, Mohamed-Saïd Mazouzi a toujours la lucidité d’un jeune homme. Cette lucidité a suscité l’admiration de plus d’un, jeudi dernier, à l’occasion de la vente-dédicace de son livre dans l’espace de la petite salle de la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. A propos du contenu de « J’ai vécu le pire et le meilleur », le nonagénaire n’en pipera mot.

Devant un parterre de moudjahidine, parmi lesquels se trouvaient Ouali Aït-Ahmed dit « Si Ouali », Amar Azzouz, Ouamar Belhadj, de journalistes et de jeunes curiosités scientifiques, l’auteur apportera toutefois un éclairage important sur un fait historique qui a eu lieu le 23 mai 1945 sur l’actuelle RN72 au lieudit « Haga », à quelque 2 km environ avant l’entrée de Tigzirt-sur-mer.
C’est cet événement d’ailleurs qui a valu à Mohamed-Mazouzi une condamnation à perpétuité par le tribunal du régime colonial français. 

Ce jour-là, 23 hommes armés du PPA (Parti populaire algérien) avaient tendu une embuscade au bachagha A. A. La voiture à bord de laquelle celui-ci se trouvait en compagnie du chauffeur et d’une autre personnalité, une fois arrivée à hauteur des hommes armés et embusqués, fut arrosée au pistolet-mitrailleur. Devant le feu nourri des tireurs, le chauffeur perdit le contrôle de son véhicule lequel fit une embardée pour se renverser sur le bas-côté de la route.

En dépit du feu nourri, les occupants du véhicule s’en sortirent indemnes. Dans sa conférence de jeudi dernier, Mohamed-Saïd Mazouzi a déclaré n’avoir pas participé à cet attentat.
« Certes, j’étais au courant de la décision d’exécuter cette opération bien avant le jour « J » ; j’ai même assuré la prise en charge des hommes devant commettre cet attentat, mais je n’ai tout de même pas participé à cette opération commando », a précisé l’auteur du livre. Il expliquera aussi les raisons de cet attentat dirigé contre le bachagha A. A.

Le conférencier a fait une corrélation intime entre cet attentat et les événements sanglants du 8 mai 1945.

Des Sénégalais et des Marocains pour réprimer le 8 mai 1945
Toujours à la lumière des déclarations de Mohamed-Saïd Mazouzi, il a été reproché à la personnalité ciblée par l’attentat de « Haga » d’avoir mis sur pied des milices pour réprimer et humilier les Algériens. Mazouzi a également indiqué que les autorités coloniales avaient mobilisé des Sénégalais et des marocains lesquels se sont montrés particulièrement « féroces et inhumains » contre les Algériens.

Ces groupes armés sénégalais et marocains, selon le conférencier, se sont payés par le butin qu’ils ont réussi à se faire. Mohamed-Saïd Mazouzi parlera des nombreuses arrestations opérées par l’autorité coloniale en Kabylie juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

A Makouda, sa région natale, il y eut plus de 200 arrestations. Mohamed-Saïd Mazouzi parlera également des conditions de son arrestation et de son procès qui n’aura lieu, à cause de la méfiance et de la mésentente entre les autorités militaires et civiles de cette France coloniale, que durant l’année 1952.

Son arrestation a été décidée et opérée par l’autorité militaire laquelle a eu lieu en 1945. Au moment de l’armistice, la cour de cassation n’avait pas encore tranché la question de savoir qui avait autorité à faire le procès des auteurs de l’attentat. La réponse sera donnée 7 ans plus tard, c’est-à-dire en 1952. Mohamed-Saïd Mazouzi apprendra à l’assistance qu’il sera jugé par le tribunal de Blida qui le condamnera à purger sa peine à la prison de Chlef (Orléansville durant la présence française en Algérie).

Concernant son séjour en prison, le nonagénaire à la grande lucidité n’en dira presque rien. Il dira seulement que le militantisme et la pratique politique y étaient fortement présents et que « l’annonce du déclenchement de la guerre de libération nationale a suscité en moi beaucoup de fierté et de joie ».
C’est le moudjahid Ouamar Belhadj, emprisonné à partir de 1958, qui apportera son témoignage sur le rôle et l’action de Mazouzi durant son séjour en prison.

« Etant proche de l’infirmerie, Si Moh-Saïd s’arrangeait toujours pour avoir des médicaments qu’il mettait à la disposition de ses codétenus qui en étaient dans le besoin », soulignera cet intervenant qui précisera que lui-même avait bénéficié des grands soins médicaux de Mazouzi, car en entrant en prison, il était presque une loque humaine. 

L’assistance, notamment les jeunes, apprendra qu’à la libération du pays, Mohamed-Saïd Mazouzi occupera d’abord les fonctions de fédéral à Tizi Ouzou avant d’être nommé préfet (wali) de Tizi-Ouzou. Plus tard, il occupera des fonctions ministérielles, et ce jusqu’à la retraite. Ouali Aït-Ahmed dira aussi que c’est un honneur pour lui d’avoir travaillé sous l’autorité de Mohamed-Saïd Mazouzi.

D’autres moudjahidine prendront également la parole pour souligner ses grandes qualités. A noter enfin que c’est lors des débats que l’assistance apprendra que les auteurs de l’attentat du 23 mai 1945 à « Haga » (Tigzirt) étaient au nombre de 18, comme elle apprendra aussi que c’est Mohamed-Saïd Mazzoui qui sera chargé par feu Houari Boumediene pour prendre langue avec feu Kateb Yacine afin de lui dire qu’il pouvait écrire mais ne devait pas trop parler.

« Feu Kateb Yacine, que je connaissais bien, était, certes impulsif, mais était d’une grande honnêteté », a témoigné l’auteur de « J’ai vécu le pire et le meilleur ». Il ajoutera également qu’en l’informant du message du président de la République, l’auteur de Nedjma rira jusqu’aux larmes.

Quant à cette recommandation adressée à feu Kateb Yacine de se contenter seulement d’écriture, elle a été motivée, selon les dires du conférencier, par les nombreux rapports et plaintes adressés au président Houari Boumediene sur ses déclarations jugées intempestives. 

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