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Nationale

Mesures aux profits des opérateurs et des commerçants: Des satisfactions et des attentes

Mesures aux profits des opérateurs et des commerçants: Des satisfactions et des attentes

La batterie de mesures adoptées récemment en Conseil des ministres, visant à prêter main forte aux opérateurs économiques, a eu la satisfaction de nombre de chefs d’entreprises.

Il s’agit notamment du gel de paiement des charges financières et fiscales, ainsi que de l’instruction aux établissement financiers de procéder à l’évaluation « objective » des pertes subies suite à la crise sanitaire du Covid-19, qui sévit depuis presque cinq mois. Toutefois, les patrons estiment que l’administration devrait être plus « active » et ferait montre de plus de souplesse dans l’application des mesures « urgentes ». Ils recommandent aussi des aides financières sous forme de prêts bancaires pour « rafraichir » les trésoreries à sec.

A ce propos, le président de la désormais Confédération Algérienne du Patronat Citoyen (CAPC) ex-FCE, Mohamed Sami Agli, s’est dit « satisfait » des dernières mesures engagées par le Gouvernement.
Il y voit une volonté de la part des pouvoirs publics de préserver le tissu économique à travers l’accélération de la mise en œuvre desdites décisions. Ces mesures, ajoute-t-il, traduisent la compréhension de la réalité des entreprises fragilisées et s’inscrivent dans l’accompagnement que nombre d’entités économiques demandent, afin de leur permettre d’échapper à une disparition certaine. Elles montrent aussi que l’on accorde une place nodale aux entreprises devant être la locomotive de l’économie du pays.

Sur la situation des entreprises, M. Agli a rappelé que la précarité de l’économie nationale ne date pas d’aujourd’hui et que les entreprises ont connu en 2019 « une année blanche », due à la crise politique que traversait le pays, à laquelle la crise mondiale actuelle vient en rajouter une couche. « Jusqu’au mois de juin, il y a eu un esprit de solidarité entre les patrons et les employés afin de surmonter la crise économique sans recourir au licenciement et à la fermeture définitive des entreprises. Mais à un moment donné, la situation est devenue vraiment intenable », explique le président de la CAPC.
Il a souligné que les PME (petites et moyennes entreprises) sont les plus impactées par les incidences socioéconomiques de la pandémie du Covid-19. ” Et c’est difficile d’avancer des chiffres qui traduisent réellement l’ampleur des pertes engendrées” dira t il, signifiant que le secteur des bâtiments, du tourisme et celui des services figurent parmi les plus touchés.

M. Agli a qualifié « d’importante » la rencontre tenue d’il y a deux semaines entre le Gouvernement et les partenaires socioéconomiques, car cela a été, de son avis, un espace de débat et de concertation et permet à la prise de décision d’obéir à une logique bilatérale. « La mise en place d’une commission mixte en est la preuve et les dispositions adoptées à cet effet en sont le fruit », renchérit-il.
Affichant d’entrée de jeu la résolution de son organisation de rompre avec l’ancien ordre économique, à commencer par la dénomination de l’organisation patronale adoptée le 22 juillet dernier, M Agli considère que cette démarche s’avère incontournable si l’on veut repêcher et relancer l’économie sur des bases saines.

Il a par ailleurs mis en avant les attentes des chefs d’entreprises quant à la vision des pouvoirs publics concernant le modèle économique à adopter et, en préalable à toute mesure, la garantie de la sécurité juridique de l’environnement de l’investissement et l’éradication de la bureaucratie. Sur l’implication des établissements financiers dans le nouveau processus d’accompagnement des opérateurs économiques, le président de la CAPC a exprimé sa satisfaction, estimant qu’ils étaient complètement absents durant cette crise.

Prise de conscience 
Même soulagement a été constaté chez les membres du Cercle d’Action et de Réflexion autour de l’Entreprise (CARE) par rapport aux mesures en question.

Contacté par le Jeune Indépendant, Nadhir Laggoune, membre du CARE a indiqué que depuis deux semaines, les choses changent et une prise de conscience par le gouvernement et les plus hautes autorités de la gravité de la situation est perceptible. Nous nous réjouissons de constater que le rapport d’étape du Premier Ministre comporte une batterie de mesures qui nous semblent pouvoir répondre aux attentes des entreprises. « Nous aurions préféré, toutefois, que cette prise de conscience arrive plus tôt et qu’elle s’inscrive dans un cadre global annoncé d’avance », estime M. Laggoune.

Le corédacteur du plaidoyer pour la sauvegarde de l’entreprise algérienne a indiqué que l’enquête initiée par le CARE avait été lancée environ un mois après la décision de confinement. « Elle n’intègre que les décisions connues à ce moment-là et qui sont restées inchangées, c’est à dire le report des déclarations G50 et CNAS au 30 juin. Durant cette période la grande majorité du tissu économique était à l’arrêt et les mesures gouvernementales très insuffisantes. Le doute, le découragement et un sentiment d’abandon avaient envahi les esprits des opérateurs économiques », précise-t-il encore.

Cependant, M. Laggoune a fait savoir que beaucoup de chefs d’entreprises ont été choqués de se voir exiger des pénalités de retard lors du dépôt et paiement des G50 le 20 juillet dernier. C’était la preuve flagrante, dit-il, du découplage entre l’administration qui n’avait reçu aucune instruction de souplesse envers les entreprises et le pouvoir politique qui envoie des messages rassurants aux opérateurs économiques. « Il y a de quoi devenir schizophrène, quand vous êtes chef d’entreprise qui essaie de se maintenir à flot, de payer ce qu’il peut des salaires et des charges, de s’acquitter de ses impôts dans une période où l’activité est nulle depuis plus de quatre mois et qu’aucune aide n’est annoncée ni mise en place », déplore-t-il.

Mesures insuffisantes 
« Quand vous perdez 60 à 70% de votre chiffre d’affaires du fait de l’arrêt de votre activité depuis près de cinq mois, le report des charges fiscales et parafiscales est bénéfique, mais il reste largement insuffisant car les trésoreries des entreprises sont à sec. Nous attendons avec impatience la mise en œuvre du train des mesures préconisées par le Premier Ministre et la commission mixe mise en place », enchaine le membre du CARE.

Pour ce qui est des solutions possibles et des priorités permettant la remise en selle des entités économiques, M.Laggoune a relevé qu’elles ont besoin de recevoir rapidement de l’argent frais afin qu’elles puissent redémarrer et amortir une partie des pertes subies. Cet argent frais devra prendre plusieurs formes : des aides aux entreprises obligées de s’arrêter complètement et des prêts bancaires à taux zéro garantis par l’Etat pour toutes les entreprises.

« L’inactivité pendant plusieurs mois et l’obligation de paiement des salaires et des charges fixes (loyers, assurances, télécommunications, etc…) a vidé la trésorerie des entreprises. C’est comme un corps vivant qui est épuisé, il a besoin d’urgence d’une perfusion d’éléments nutritifs sous peine de décès. Pour l’entreprise, le risque de faillite n’est plus une hypothèse lointaine mais une réalité imminente », a-t-il-expliqué.

Plusieurs pays ont mis en place ce dispositif à un niveau pouvant aller jusqu’à 25% du chiffre d’affaires de l’année antérieure, ajoute-t-il, non sans souligner la nécessité apparente de l’intervention de l’Etat en décrétant un moratoire sur les loyers, afin de faire partager le fardeau de la difficulté entre les entreprises et les bailleurs.

Enfin, l’Etat ainsi que toutes les grandes entreprises doivent, insiste-t-il, débloquer tous les règlements en suspens afin d’injecter des liquidités au niveau des petites et moyennes entreprise.

Pour rappel, le 19 juillet dernier, le CARE a rendu public des résultats d’une enquête nationale destinée à valider les actions « urgente et immédiates » requises pour préserver les entreprises et par ricochet de l’économie nationale.

L’enquête qui a été effectuée auprès de 181 chefs d’entreprises a montré que 56% des répondants ne sont pas en mesure de remplir leurs obligations fiscales et parafiscales mensuelles. Seulement 15 % des enquêtés ont répondu par l’affirmative.
Sur le plan monétaire, 61% des entreprises éprouvent un besoin « urgent » en financement et 40% sont engagées dans des crédits bancaires avec des échéances de paiement immédiates.

Le CARE a lancé cette enquête après l’élaboration, en février dernier, d’un plaidoyer pour la sauvegarde de l’entreprise algérienne en collaboration avec une quinzaine d’organisations patronale et associations professionnelles. Le document qui s’étale sur plus de 40 pages suggère une batterie d’actions dites « urgentes et immédiates » en vue de repêcher les entités économiques en souffrance. 

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