Le 20 août 1955 précurseur d’un sursaut pour l’indépendance – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Le 20 août 1955 précurseur d’un sursaut pour l’indépendance

Le 20 août 1955 précurseur d’un sursaut pour l’indépendance

La consécration du 5 juillet 1962 fut indéniablement la résultante de faits et d’une série d’événements, dont les acteurs ont été, pour la plupart, des Algériens issus de milieux relativement pauvres. 

Les lendemains du déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954 ont été marqués par plusieurs offensives qui avaient pour cibles les casernes de l’armée et les postes de police. Ces opérations étaient menées dans les quatre coins de l’Algérie, alors sous domination de la France coloniale, notamment dans les Aurès et en haute Kabylie. Plusieurs dizaines d’opérations déclenchaient une réaction en chaîne, contraignant la partie française à réagir.

La répression de l’armée fut alors sans merci et les populations civiles, dans plusieurs régions, se sont retrouvées punies. Des centaines de jeunes, soupçonnés d’avoir pris part aux événements, furent arrêtés et certains injustement exécutés. 

L’année 1955 a aussi marqué un tournant pour la France coloniale. François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, dans une tentative de « remettre de l’ordre », a présenté un programme de réforme pour « la grande colonie du Sud », prônant surtout le recours à la force. C’est ainsi que les premières opérations de l’armée coloniale ont été menées dans les Aurès. Jacques Soustelle, nommé gouverneur général de l’Algérie, prônait, pour sa part, l’intégration, et le gouvernement français instaura en avril l’état d’urgence pour faire face aux opérations du Front de libération nationale et de l’Armée de libération nationale, d’abord en Kabylie, puis dans le Constantinois.

La France se souvenait encore de la révolte à Sétif, Kherrata et Guelma au lendemain de la capitulation allemande, après la chute d’Hitler. Une révolte réprimée dans le sang et qui avait fait plus de 45 000 victimes. Il fallait donc, aux yeux des dirigeants français, étouffer à tout prix l’embryon dans l’œuf.

Ce fut donc un remake en 1955. La répression allait prendre forme et l’étau se resserrait de plus en plus sur la jeune armée de libération, ébranlant, du coup, le moral de la population qui venait à peine de prendre conscience qu’il était encore possible de se soulever contre l’oppresseur et de se libérer définitivement. Avant que l’offensive du 20 août 1955 dans le Nord Constantinois, neuf mois à peine après le déclenchement de la lutte armée, ne vienne marquer un tournant dans la lutte du peuple algérien pour le recouvrement de sa souveraineté.

Une préparation exécutée par des jusqu’au-boutistes, que d’aucuns qualifiaient de salvatrice, fut marquée par l’inattendue opération menée au nord de la troisième plus grande ville et l’une des plus importantes aux yeux de la France coloniale.

En effet, le 20 août 1955, sous la conduite de Zighoud Youcef, des émeutes, soigneusement préparées et auxquelles participaient les couches sociales déshéritées, éclatèrent au nord de ce qui était alors le département de Constantine, pour montrer la capacité politico-militaire du FLN, mais aussi pour prouver la solidarité des combattants algériens avec les autres luttes de la région Nord-Africaine, puisque dans d’autres pays maghrébins, des manifestations éclatèrent le même jour.

A ce moment précis, la Révolution connut un sursaut qualitatif. L’attaque menée par Zighoud Youcef fut une véritable démonstration de force des éléments de l’Armée de libération nationale. L’homme, alors responsable de la wilaya II, avait réussi à ébranler l’armée, qui fut d’ailleurs contrainte à rappeler plusieurs contingents de soldats libérés. 

Le bilan des émeutes fut de 123 morts, dont la moitié d’Européens, mais la répression qui s’ensuivit fut disproportionnée. Plus de 10 000 morts et disparus ont été dénombrés.

L’opération marqua ainsi une étape que les historiens des deux rives qualifient de capitale dans la suite des événements. La répression de l’armée française avait en effet débouché sur des crimes contre l’humanité. Une répression qui fit adhérer davantage la population rurale au combat, désormais admis comme seul moyen de se libérer.

Ce drame marqua aussi de façon irréductible une rupture entre les deux communautés. Les Européens et pieds noirs soutenus par l’armée coloniale d’un côté et la population algérienne, largement acquise au combat de l’ALN et de son bras politique le FLN, de l’autre. 

L’architecte de la révolte

Ainsi, l’histoire retiendra que l’offensive du 20 août 1955 fut un tournant dans la lutte armée contre le colonialisme. 

Né à Condé-Smendou, au nord de Constantine, commune qui porte aujourd’hui son nom, le 18 février 1921, Zighoud Youcef adhéra très jeune au mouvement révolutionnaire, après avoir été contraint, comme ses condisciples algériens musulmans, à quitter les bancs de l’école par les autorités coloniales, d’abord en rejoignant le Parti du peuple algérien (PPA), dont il fut en 1938 le premier responsable à Smendou, avant d’adhérer en 1947 au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).

Il débuta la lutte armée aux côtés de son compagnon et ami Didouche Mourad, alors responsable du Nord-Constantinois, qui devint la Wilaya II de l’Armée de libération nationale (ALN), avant que ce dernier ne tombe au champ d’honneur, au cours d’une bataille contre l’armée française, à Oued Boukerkar, au nord de Constantine.

Zighoud Youcef, âgé alors de 34 ans, reprit le flambeau et se chargea de la direction de la wilaya jusqu’à sa mort, le 25 septembre 1956, dans un guet-apens tendu par l’ennemi à Sidi Mezghiche, dans la wilaya de Skikda. L’homme, que certains historiens qualifient de stratège, n’a pas eu tous les honneurs qu’il mérite. « Je crois que l’histoire n’a pas totalement rendu justice à Zighoud Youcef », dixit Hosni Kitouni, chercheur en histoire.

 L’attaque du Nord-Constantinois portera à l’international la lutte du peuple algérien

Plusieurs opérations avaient été menées par les combattants dès que la décision de mener la lutte armée fut prise, mais l’offensive du 20 août 1955, au nord de Constantine, eut le mérite d’avoir marqué un tournant décisif pour la suite. Au-delà de son aspect militaire, l’opération, menée par Zighoud Youcef, a eu un retentissement qui fit désormais parler de la cause nationale et influa sur la stratégie du combat mais aussi sur les décisions du gouvernement français.

La décision de déclencher la lutte armée, le premier novembre 1954, a mis le système colonial à rude épreuve. D’abord, la diversification des actions des jeunes combattants eut le mérite de mettre la police puis l’armée française dans une posture de défensive. Ensuite, la participation des couches sociales déshéritées, à une sorte de logistique rudimentaire presque improvisée, conforta l’idée que la voie du combat pour la libération était le seul moyen pour se défaire du joug colonial. 

 Le 5 octobre 2007, en visite dans la capitale de l’Est, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, élu cinq mois plus tôt à l’Elysée, a qualifié le système colonial d’injuste par nature, ne pouvant être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation. Il a déclaré au sujet de ces massacres, à l’occasion d’un discours tenu à l’université de Constantine : « Les pierres de Constantine se souviennent encore de cette journée terrible du 20 août 1955, où chacun fit ici couler le sang pour la cause qui lui semblait la plus juste et la plus légitime.

[…] Le déferlement de violence, le déchaînement de haine qui, ce jour-là, submergea Constantine et toute sa région et tua tant d’innocents étaient le produit de l’injustice que, depuis plus de cent ans, le système colonial avait infligé au peuple algérien.

L’injustice attise toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l’intention d’asservir, ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation. »

Malheureusement, le président français a été, quelques mois après, au centre de polémiques qui plongeront dans un climat glacial les relations entre les deux pays, et son discours ne restera que paroles.

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