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Culture

MEMC à Alger : la Méditerranée électro se met au diapason

MEMC à Alger : la Méditerranée électro se met au diapason

La Mediterranean Electronic Music Conference (MEMC) prend ses quartiers au Jardin d’Essai d’El Hamma à Alger, trois jours durant, rassemblant artistes et acteurs de l’industrie musicale traitant des enjeux de la scène électronique. Le troisième et dernier jour, qui culmine avec la cérémonie de clôture, se tient aujourd’hui, samedi. Entre panels, rencontres professionnelles et performances, l’événement se veut un espace propice à la promotion des échanges, de manière à favoriser la montée en puissance de cet écosystème musical en Méditerranée.

Placée sous le patronage du ministère de la Culture et des Arts et organisée par Floodz Agency, en partenariat avec l’Union européenne (UE) en Algérie, la manifestation ambitionne, à en croire les indications diffusées par le comité d’organisation, de créer un espace structuré de réflexion, de réseautage et de partage d’expériences autour de l’industrie musicale, en priorité électronique, de sorte à dépasser la simple logique festivalière pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur les industries musicales, la mobilité des artistes et les nouvelles techniques créatives, en réduisant les disparités structurelles qui freinent encore les acteurs du bassin méditerranéen concernés, avec un accent particulier sur l’Algérie. Cette conférence réunit ainsi les professionnels du secteur en lien avec les enjeux de la scène électro.

À cette occasion, l’ambassadeur de l’UE en Algérie, Diego Mellado Pascua, a déclaré, en préambule de cette manifestation : « Nous sommes une ambassade et nous représentons une institution diplomatique, mais avant toute chose, nous représentons ici l’Europe ». Par conséquent, « nous cherchons constamment à créer des liens et des connexions entre l’Europe et l’Algérie », a-t-il précisé.

« La Méditerranée est juste là, derrière nous. D’un côté, vous avez l’Algérie, et de l’autre, l’Europe, avec une scène de musique électronique très riche. Et tout cela nous rapproche énormément », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Je trouve que vous avez pu le voir aujourd’hui, nous avons parlé de technologie, nous avons parlé de culture, et ce sont des domaines que nous avons en commun ». En effet, « je pense que nous allons tous nous y retrouver. Nous allons parler un langage commun, celui de la musique, et celui de la technologie. Et ce langage nous rassemble, il rassemble les Européens et les Algériens, sans aucun doute », a-t-il soutenu.

De ce point de vue, est mise en avant la vocation stratégique de la conférence, à savoir  l’établissement d’un pont entre les différentes rives de la Méditerranée. Par le truchement de panels, de showcases et de rencontres professionnelles, l’événement se veut, insiste-t-on, un accélérateur culturel et économique, à l’heure où la région méditerranéenne, berceau de la civilisation, connaît une évolution notable des pratiques culturelles. Ainsi que l’indiquent les porteurs du projet, il existe un réel besoin de créer des espaces crédibles, en mesure d’accompagner ces transformations et d’anticiper les mutations futures de l’industrie musicale.

Au fait, Alger la Blanche a été choisie pour accueillir cette première édition en raison de sa position historique de carrefour culturel. La capitale algérienne s’impose, à l’évidence, comme un terrain propice aux échanges artistiques et aux expérimentations contemporaines. Le choix du Jardin d’Essai du Hamma n’est d’ailleurs pas anodin. Soit une manière de rappeler en substance que l’innovation artistique ne naît pas ex nihilo ; elle s’inscrit en droite ligne avec certains héritages culturels ancestraux.

Entre traditions revisitées et effervescence underground

Le premier panel de la conférence, intitulé « Préserver la tradition par l’innovation électronique », s’inscrit précisément dans cette logique de passerelle entre mémoire musicale et création contemporaine. Animé avec brio par le modérateur Karim Tedjani, ce panel a réuni plusieurs figures de la scène électronique, à l’image de Safy Boutella, Sofiane Saidi, Idriss D, Rslane et A.K.M (aka 3abdelkader), dans l’optique d’explorer de nouvelles formes de réinterprétation des patrimoines sonores nord-africains.

En cette circonstance particulière, le compositeur, arrangeur et musicien de jazz algérien Safy Boutella, considéré comme l’un des pionniers des fusions musicales modernes en Afrique du Nord, a soutenu avec aplomb que la musique traditionnelle était « bien ancrée et que c’était précisément pour cette raison qu’il fallait la titiller ». Il a ajouté qu’il « dialoguait couramment avec elle » et que, lorsqu’il l’écoutait, elle lui donnait envie de la sublimer tout en respectant son âme. Selon ses dires, « la musique traditionnelle devait être bousculée, sans aucune gêne ».

Les discussions ont été suivies d’une performance live de Sofiane Saidi. Un second panel, consacré à « La scène underground : image de marque et visibilité », a également rassemblé de nombreux intervenants issus des univers artistiques. Parmi eux figuraient, outre Idriss D et Rslane, Faël Raw, Hichem Salhi, Upsilon9ic, Walid Triki et Silvia DCS4. La journée s’est ensuite prolongée par un moment d’échange entre artistes et participants, préalablement au lancement des « MEMC Sessions », une série de performances DJ live programmées de 21h à 2h du matin, animées par Astro Deepak, Fnky et Mirololja.

Le programme de la journée d’hier s’est articulé autour de plusieurs temps forts. Le panel 03, consacré à la « Gestion de carrière musicale dans un contexte complexe », a réuni Baloo Chxxou, Fnky, Idriss D et Silvia DCS4. La programmation s’est poursuivie avec une performance live de Must Rousnam, avant de laisser place au panel 04, dédié au « Tourisme sonore : musique, villes et expériences de voyage ». Ce panel a réuni AMINE Ali Pacha, Baloo, Chakib L, Hichem Salhi, Rslane, Walid Triki de même que plusieurs professionnels de l’hospitalité. La journée s’est clôturée par un meet & greet organisé, avant de se prolonger en soirée avec les MEMC Sessions – DJ live, programmées de 21h00 à 02h00. Cette dernière séquence a notamment réuni Timo Maas, Idriss D et Rslane.

Une dernière journée riche en activités

Au programme de la journée d’aujourd’hui, de 14h00 à 15h15, le panel 5, intitulé « Digital Pulse : le pouvoir de l’émotion en musique électronique », réunira Baloo HKM, Bad-ri Zouani, Safy Boutella de même que Timo Maas, autour de cette thématique. Il sera suivi d’une session de questions-réponses de 15h15 à 15h30, permettant d’approfondir les échanges entre intervenants et public. La programmation se poursuivra de 15h30 à 16h00 avec une performance live portée par Faël Raw et A.K.M.

De 16h30 à 18h00, une master class consacrée à la production musicale sera animée par Studio Lucena, offrant un espace d’apprentissage et de partage autour des techniques de création sonore. La journée se clôturera par la MEMC Closing Session, programmée de 18h00 à 21h00, réunissant Adel Picasso DJ, Bad-ri Zouani, Chxxou et Hichem Salhi, dans une séquence finale dédiée à la célébration et à la clôture de cette édition.

En conclusion, la MEMC tend à poser les jalons d’un réseau méditerranéen de coopération artistique et professionnelle autour de la musique électronique. En filigrane, la conférence met en lumière les transformations d’une scène musicale longtemps marginalisée dans plusieurs pays de la région, mais qui gagne, progressivement et avec force, en visibilité et en reconnaissance. Entre héritages locaux, modernité, technologies numériques et aspirations internationales, la musique électronique méditerranéenne cherche sa propre voie, à la croisée des influences et des territoires.



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