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Nationale

Mégalopole africaine : La Transsaharienne, un corridor économique majeur

Mégalopole africaine : La Transsaharienne, un corridor économique majeur
Un facteur d'intégration économique

Avec un taux de réalisation global dépassant les 90 % sur son axe principal Alger-Lagos, la Transsaharienne amorce sa mutation stratégique. Invité de la Radio nationale, le secrétaire général du comité de liaison du projet, Mohamed Mohamedi, a détaillé les avancées techniques, le basculement vers un système multimodal et l’ambition de désenclaver durablement le Sahel en connectant le cœur de l’Afrique aux ports de la Méditerranée.

Selon M. Mohamedi, l’axe principal de la transsaharienne est aujourd’hui quasiment achevé, atteignant un taux de réalisation de plus de 90 %. S’exprimant hier sur les ondes de la Radio nationale, il a précisé qu’en Algérie, la route est entièrement opérationnelle d’Alger à Tamanrasset, tandis que des opérations de maintenance sont en cours, notamment entre Tamanrasset et In Guezzam. Au Niger, la section reliant la frontière algérienne à Massaka est très avancée et devrait être finalisée cette année, permettant ainsi la continuité de l’axe jusqu’au Nigeria, où les infrastructures routières sont déjà largement achevées et proches du standard autoroutier.

La transsaharienne devrait ainsi devenir prochainement pleinement opérationnelle sur son axe Alger–Lagos, a résumé M. Mohamedi. Ce dernier a également abordé l’avancement des travaux au niveau des branches secondaires du projet, à l’instar de la liaison Ghardaïa–Gabès, qui est entièrement opérationnelle et s’appuie sur un réseau tunisien de 699 km « en excellent état ». En revanche, l’axe reliant le Sud algérien à Bamako nécessite encore environ 400 km de travaux, un chantier pour lequel le comité est actuellement mobilisé afin de rechercher des financements.

Il y a aussi la liaison Niger–Tchad, qui fait encore « face à des défis » mais qui enregistre des avancées notables, notamment grâce au soutien de l’Algérie qui accompagne la réalisation de deux tronçons au Tchad, a souligné M. Mohamedi. Selon lui, au-delà de sa dimension purement routière, la transsaharienne est conçue comme un puissant outil d’aménagement du territoire et de désenclavement des régions sahariennes. Elle permet notamment de connecter des pays enclavés tels que le Mali, le Niger et le Tchad aux ports méditerranéens algériens, réduisant ainsi les délais d’acheminement des marchandises de plus de deux semaines, avec un impact direct sur la baisse des coûts logistiques et l’efficacité des échanges.

Une logique d’intégration complémentaire

Cette logique d’intégration est également renforcée par des connexions complémentaires, notamment l’axe Tindouf–Zouerate, long de 840 km, qui ouvre une perspective stratégique vers l’Afrique de l’Ouest, en particulier le Sénégal et les pays de la sous-région.

Selon le même responsable, la transsaharienne s’inscrit désormais dans une vision plus large de développement des infrastructures, intégrant également des projets ferroviaires et logistiques. M. Mohamedi a ainsi mis en relief les connexions envisagées avec les futures lignes ferroviaires reliant le nord de l’Algérie au sud du pays, jusqu’à Tamanrasset, voire au-delà vers le Niger, visant à créer un système de transport multimodal performant, combinant la route, le rail et des plateformes logistiques modernes.

Sur le plan technique, M. Mohamedi a souligné que les États membres disposent d’une expertise homogène. Le comité de liaison est composé d’ingénieurs et d’experts en travaux publics issus des pays membres, dont plusieurs ont été formés en Algérie. Cette homogénéité permet, selon lui, « l’application de normes techniques communes et facilite la cohérence des infrastructures sur l’ensemble du réseau ».

Dans la même optique, M. Mohamedi a rappelé que la transformation de la transsaharienne en corridor économique constitue désormais l’objectif central du projet. Des études menées en 2009 et en 2021 ont confirmé la viabilité de cette évolution. Elles ont été suivies en 2022 par une réunion ministérielle sectorielle cruciale, regroupant les départements des travaux publics, des finances, des transports et du commerce. Cette transition implique la mise en place d’un cadre de coopération renforcé entre les États, une harmonisation des réglementations et des procédures, ainsi qu’une coordination intersectorielle accrue incluant le transport, le commerce et la logistique, dans le but de rendre le transit plus fluide, plus rapide et plus compétitif à l’échelle régionale.

Plusieurs partenaires financiers

S’agissant du financement, M. Mohamedi a précisé que la transsaharienne bénéficie de l’appui de plusieurs partenaires financiers internationaux, notamment la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds saoudien, le Fonds koweïtien, ou encore la Banque islamique de développement (BID). L’Algérie, la Tunisie et le Nigeria ont financé une grande partie des travaux sur leurs fonds propres, tandis que le Mali, le Niger et le Tchad s’appuient davantage sur les bailleurs de fonds internationaux. Dans ce sens, le rôle du comité reste central pour donner une dimension authentiquement régionale aux projets afin de faciliter leur éligibilité aux financements et leur mise en œuvre.

Au cœur de ce grand dessein continental, le désenclavement des territoires constitue un objectif structurant. La route transsaharienne est pensée comme un catalyseur de développement économique, favorisant l’implantation d’activités vitales le long de son tracé, telles que des centres logistiques, des infrastructures de repos et des zones d’investissement. Comme le rappellent les responsables du projet : « là où passe la route, passe le développement ».

Lancé au début des années 1960 dans le cadre des programmes de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), le projet de la transsaharienne a vu la création de son comité de liaison en 1966 par quatre États fondateurs : l’Algérie, le Mali, la Tunisie et le Niger. Le Nigeria puis le Tchad ont rejoint par la suite cette initiative pionnière.

Par ailleurs, M. Mohamedi a indiqué que le Comité de liaison de la route transsaharienne se réunira de nouveau avant la fin de l’année à N’Djamena, au Tchad. Cette prochaine session de haut niveau sera consacrée à la mise en œuvre opérationnelle du programme de transition vers le corridor économique intégré et à la structuration définitive des organes de coopération entre les États membres.



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